La Dame En Noir


De fait, le fantasticophile se retrouve très vite en terrain connu. Outre les codes traditionnels inhérents au film de maison hantée, c’est tout un héritage de l’esthétique gothique qui est ici entretenu. Loin d’être une tare à l’aune d’une direction artistique qui n’offre aucune rupture avec le passé du genre, James Watkins voit là l’occasion de rendre hommage autant au cinéma expressionniste qu’à la beauté du technicolor d’antan. Aussi n’est-il pas rare de constater l’émergence de couleurs chaudes dans des environnements privilégiant par ailleurs les jeux d’ombres et de lumières plus angoissants, dans les extérieurs ou au détour de vitraux. On se surprend alors à se remémorer les oppositions de teintes d’un Frankenstein s’est échappé, la chaleur accueillante et humaine de la demeure du baron dissimulant l’intérieur, très scientifique, d’une pièce se faisant reflet de l’âme de son occupant. Pouvoir profiter de quelques couleurs en pleine ghost-story fait plaisir, à une époque où même les comédies se contrefichent parfois d’embellir leurs atours.
Avec sa production-design classieuse et sa lumière jouant habilement des contrastes, La dame en noir s’est parée de ses plus belles influences pour contourner l’incapacité manifeste de son histoire à susciter la peur. Non sans éviter de rares moments drôles sans le vouloir (l’apparition du cocher dans le brouillard), James Watkins semble vouloir faire oublier en permanence les enjeux du film à son spectateur, à l’image d’un début de film où se dessine une certaine ostentation de l’effet (le son, saturé de bruits et de cris en tous genres). D’excès, il en est également question dans les séquences d’angoisse pure, au gré des balades de Radcliffe dans cette immense demeure que l’on pense connaître depuis des lustres. Le réalisateur britannique prend son temps, presque trop, mais peut compter sur un montage brillant, apte à maintenir l’équilibre entre les plages silencieuses et celles où cette chère dame en noir viendra déranger son hôte. Et pour une fois, si jump-scares il y a et aussi prévisibles peuvent-ils être (et Dieu sait qu’ils le sont), ils participent d’un intérêt tout particulier de Watkins envers eux. Même si parfois créés au gré d’effets de montage faciles, il est toujours agréable de voir la caméra croiser une entité et non l’inverse, être surpris par un rapide changement de focus ou avoir notre regard dirigé vers un bord du cadre pour finalement voir surgir l’effet prévu de l’autre côté de l’image (chose que James Wan faisait récemment à une ou deux reprises et de très belle façon, dans Insidious).

Mais qu’en est-il alors de ce récit si élégamment mis en scène ? Pas grand-chose en réalité. Toute adaptation qu’il soit, La dame en noir reste cruellement prisonnier de ses références aussi diverses que nombreuses (on y retrouvera aussi bien Les innocents que L’orphelinat, tout autant les classiques du film de fantômes américain que japonais…), et ne cherche clairement pas à les contourner. Sans non plus se diriger vers un choc des cultures façon La légende des sept vampires d’or (dernier film de la Hammer s’intéressant à Dracula et tout à fait sympathique au demeurant), il y avait dans ce melting-pot d’inspirations peut-être plus profond à tirer que l’apparat minimaliste de thématiques maintes fois exploitées. Parallèlement à la longueur bienvenue de séquences citées plus haut, celle, plus gênante, de la plongée du héros dans le marais, semble montrer que James Watkins en était lui aussi conscient. Sa volonté d’intensifier émotionnellement les passages les plus marquants du script, quitte à rallonger ceux-ci pour expédier les moins intéressants en la matière (le final), reste louable. Assez en tout cas pour faire passer cet excès de zèle pour un traitement visuel des plus pertinents, et offrir à la Hammer un joli retour sur le devant de la scène fantastique.
Réalisation : James Watkins
Scénario : Jane Goldman
Production : Hammer films production…
Bande originale : Marco Beltrami
Photographie : Tim Maurice-Jones
Origine : Royaume-Uni / Canada / Suède
Titre original : The woman in black
Date de sortie : 14 mars 2012
NOTE : 3/6



Si la Hammer revient sur le devant de la scène et est promise à un avenir glorieux (étant donné le succès commercial), je ne suis pas forcément très enthousiaste avec La dame en noir. Je te rejoins sur le visuel du film, particulièrement soigné, mais jamais la mise en scène – aussi belle soit-elle, n’arrive à transcender un scénario trop classique pour convaincre. On pense aisément à L’Orphelinat, Les Autres ou The Ring, soient trois films qui traitent avec plus de succès le thème de la malédiction ou des fantômes. Certaines scènes ont beau être marquantes (l’introduction, d’une froideur dérangeante), au final on ressort déçu que le fond ne s’accorde pas avec la forme.