Wolverine : Le combat de l’immortel

REALISATION : James Mangold
PRODUCTION : 20th century Fox
AVEC : Hugh Jackman, Tao Okamoto, Rila Fukushima
SCENARIO : Mark Bomback, Scott Frank
PHOTOGRAPHIE : Ross Emery
MONTAGE : Michael McCusker
BANDE ORIGINALE : Marco Beltrami
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Action, Super-héros
TITRE ORIGINAL : The Wolverine
DATE DE SORTIE : 24 juillet 2013
DUREE : 2h06
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Wolverine, le personnage le plus emblématique de l’univers des X-Men, est entraîné dans une aventure ultime au cœur du Japon contemporain. Plongé dans un monde qu’il ne connaît pas, il doit faire face au seul ennemi de son envergure, dans une bataille à la vie à la mort. Vulnérable pour la première fois et poussé au bout de ses limites physiques et émotionnelles, Wolverine affrontera non seulement l’acier mortel du samouraï mais aussi les questions liées à sa propre immortalité.

Alors que Marvel redresse doucement mais sûrement le niveau de qualité de ses productions avec Iron Man 3, serait-il possible que la Fox amorce le même mouvement avec Wolverine : Le Combat De L’Immortel ? Les deux projets ont en commun de faire suite à un opus fort peu apprécié malgré leur succès commercial. Chacun tente d’intégrer des éléments appartenant à un cycle particulier de leurs bandes dessinées d’origine (la série Extremis pour Iron Man, le périple japonais imaginé par Chris Claremont et Frank Miller pour Wolverine) dont le potentiel fut ardemment défendu par leurs interprètes principaux (Hugh Jackman a commencé à soumettre l’idée durant le tournage de X-Men 2). Des acteurs qui renouent pour l’occasion avec des réalisateurs les ayant déjà dirigés et appréciant fortement leur travail. Au final, la conjoncture semble plutôt appréciable et tendrait à confirmer que le sympathique X-Men : Le Commencement n’était pas un cas isolé. Toutefois, il convient de noter que cette disposition résulte d’une série d’imbroglios pas forcément très glorieux. Initialement, Wolverine ne devait pas marquer les retrouvailles de Jackman avec Mangold une décennie après Kate & Leopold, mais avec Darren Aronofsky. Le réalisateur de The Fountain quittera le projet suite à des problèmes familiaux. Le scénario de Christopher McQuarrie déjà en partie remanié par Aronofsky est repris par Mark Bomback et Scott Frank. Les réécritures conduisent notamment à revoir la chronologie des événements. L’histoire initialement conçue pour se situer entre le premier spin-off sur Wolverine et le premier X-Men est alors déplacée après L’Affrontement Final. La configuration est donc loin d’être idyllique et le film également. Mais à l’instar du long-métrage de Shane Black, il y a un certain degré de qualité qui fait fi des innombrables anomalies de la production.

Comme l’auteur de Kiss Kiss Bang Bang, Mangold ne travaille pas avec une marge de manœuvre phénoménale. Il ne faut donc clairement pas s’attendre avec Wolverine : Le Combat De L’immortel à un spectacle d’une originalité folle et empoignant vigoureusement la figure du super-héros. La production reste formatée et parsemée d’idées simplement débiles. L’intrigue est ainsi marquée par un manque d’intérêt quasi-total. La finalité de la machination dont fait l’objet Logan est d’une telle évidence qu’il est presque embarrassant que le script n’essaie même pas de s’en démarquer. De la même manière, l’un des moteurs majeur du récit (Logan perdant son pouvoir de régénération) n’a finalement guère d’influence sur la manière de conter l’histoire. Là où cette nouvelle mortalité devrait avoir une incidence sur ses agissements et ses capacités, il n’en est rien. On parle souvent du bon vieux cliché du héros infatigable poursuivant sa route alors qu’il a dix balles dans le buffet. Et bien, on en a ici l’illustration littérale. Celle-ci ne poserait en soit pas de problème si l’amoindrissement du héros n’était pas un élément si central dans l’histoire. Une absence de réflexion limite plus excusable que certaines idées clairement pensées et, elles, radicalement foirées. Au sommet de celle-ci, on trouvera l’inclusion du personnage de Jean Grey. Si on prend toujours plaisir à voir Famke Janssen à l’écran, sa participation se montre particulièrement de mauvais goût avec des apparitions hasardeuses et desservant finalement le parcours émotionnel de Logan.

Pour autant, le film comprend son lot d’intentions et même de concrétisations. Le seul fait de situer l’action au Japon a le mérite de donner une saveur particulière au spectacle si classique proposé. On pourra certes reprocher une peinture se basant sur des archétypes millénaires. Mais cette délocalisation offre matière à un certain renouvellement culturel et iconographique. D’ailleurs, si le scénario ne se prive pas pour verser dans les codes d’honneur et de respect, les scènes d’action tentent d’exploiter le plus possible ces possibilités. Au rang de celles-ci, on trouvera une poursuite avec des yakuzas où Logan est protégé en hauteur par un archer, un combat sur le toit d’un train lancé à 500 km/h et un duel contre le samouraï d’argent constitué d’un exosquelette de trois mètres de haut. Ces séquences attirent moins la sympathie pour leur cachet spectaculaire que pour leur contenu. Par rapport à la politique de la surenchère, ces scènes d’action apparaissent plutôt simples. Leur caractère jubilatoire naît de l’habileté avec laquelle elles sont construites. Il est ainsi regrettable que le découpage ne soit pas toujours à la hauteur, Mangold semblant une fois de plus complètement perdu dès que tout bouge un peu trop vite. Il n’en ira bien sûr pas de même pour les scènes de dialogues et leur aspect plus posé. Si le film fait la part belle aux tunnels de dialogues, ceux-ci font preuve là aussi d’un soin de fabrication arrivant à les rendre captivants. Plus que limitée narrativement, une scène comme celle du bar arrive pourtant à faire preuve de maestro et crée une tension par son sens de l’installation et du crescendo. Dans ces moments, on sent bien que c’est le réalisateur de Copland aux manettes.

Ce sens de la fabrication (qui atteint son sommet dans la formidable scène d’ouverture) est un peu tout ce qui fait le film et marque son incapacité à dresser un portrait d’ensemble. Comme expliqué plus haut, la mortalité nouvelle de Logan ne change pas grand chose au récit. Là était pourtant son cœur. En disposant de la possibilité de périr, le personnage doit plus que jamais saisir l’importance de sa vie et de ses actes. Les affrontements desquels il pouvait aisément devenir victorieux peuvent devenir des impasses mortelles. De ce fait, le sens de ses combats doit être plus que jamais compris et assumé par le personnage (tout a un sens, comme lui explique Mariko). Au final, cela ne fait que renforcer son caractère héroïque. Wolverine reste dans le mode, peu apprécié par les aficionados, d’humanisation du super-héros. Néanmoins, tout aussi sous-exploitée soit-elle, l’histoire compose avec cette optique et ne la pose pas juste comme caution d’exigence. On rejoint de nouveau Iron Man 3 tentant de véritablement creuser le rapport entre l’humain et le super-héros malgré des impératifs bas du front à respecter.

Potentiellement très excitant, Wolverine se montre alors un divertissement tout juste plaisant. Mais il porte en son sein les promesses que le genre peut encore faire des éclats.

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