Terminator 3 – Le soulèvement des machines

REALISATION : Jonathan Mostow
PRODUCTION : Intermedia Films, Toho-Towa, Pacific Western, Warner Bros, Columbia TriStar Films
AVEC : Arnold Schwarzenegger, Nick Stahl, Claire Danes, Kristanna Loken, David Andrews, Mark Hicks, Mark Famiglietti, Earl Boen
SCENARIO : John D. Brancato, Michael Ferris, Tedi Sarafian
PHOTOGRAPHIE : Don Burgess
MONTAGE : Neil Travis
BANDE ORIGINALE : Marco Beltrami
ORIGINE : Allemagne, Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon
GENRE : Action, Science-fiction, Thriller
DATE DE SORTIE : 6 août 2003
DUREE : 1h49
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Dix ans ont passé depuis qu’un Terminator venu du futur a réussi à empêcher le Jugement Dernier. Désormais âgé de 22 ans, John Connor vit dans l’ombre, sans foyer, sans travail, sans identité. Mais les machines de Skynet parviennent à retrouver sa trace : ils envoient alors dans le passé le T-X, un nouveau modèle de Terminator quasi-invulnérable à l’apparence féminine, pour éliminer le futur leader de la résistance humaine. Un autre Terminator, le T-101, est venu protéger la vie de John Connor. Avec l’aide de Kate Brewster, une jeune vétérinaire qui deviendra la femme de John dans le futur, l’homme et la machine vont alors mener une lutte acharnée contre le T-X. De l’issue de ce combat dépendra le futur de l’humanité…

La coutume veut qu’à partir du moment où le capitaine quitte le navire, plus personne ne doit être présent dessus pour éviter le naufrage. C’est un peu ce qui se passe dans le 7ème Art, en particulier lorsqu’une franchise en or se voit lâchée par son créateur et laissée à l’état de chair fraîche pour des producteurs-vautours en manque d’idées. A première vue, ne serait-ce qu’au vu d’une réputation peu glorieuse, Terminator 3 semble avoir coché toutes les cases pour incarner ce cas d’école, mais ne pas trop s’y fier quand même. Certes, le projet fut une sacrée galère de production, et ce malgré le triomphe planétaire de deux films n’ayant jamais perdu leur aura d’œuvres cultes. On pourrait citer le fait que James Cameron, satisfait de son travail et occupé sur d’autres projets, n’avait pas forcément envie d’en rajouter une couche sur l’univers qu’il avait lui-même mis en place. On pourrait aussi évoquer la ténacité des anciens pontes de Carolco (Mario Kassar et Andrew Vajna) à vouloir prolonger la franchise dans un but purement commercial – leurs déclarations à l’époque tendent à le prouver. On pourrait enfin s’en tenir à cette hypothèse d’une séquelle forcée, conçue pour coïncider plus ou moins avec les débuts de la campagne d’Arnold Schwarzenegger pour le titre de gouverneur de Californie (de là à envisager le film comme un tract bien calculé, il n’y a qu’un pas). Mais qu’importe : même si l’ombre écrasante des deux modèles de Cameron jouera toujours en sa défaveur, T3 honore la saga et ne mérite en aucun cas son image de chewing-gum pyrotechnique sans relief.

Polémique, T3 l’est sur bien des aspects. On ne cachera pas que son principal sujet de reproche concerne son scénario, limité pour beaucoup à une répétition basique des péripéties de T2, avec un ton parodique en lieu et place d’un chapelet de nouvelles ramifications à l’intrigue initiée par Cameron. Or, comme on l’évoquait déjà à propos du second volet, multiplier les variations spatiotemporelles sur une ligne narrative déjà limpide – Cameron n’avait pas cherché à faire compliqué – n’était pas sans risque, menaçant de faire couler la saga par l’abus d’enjeux révisionnistes ou de l’encombrer de scènes superflues visant le banal remplissage de trous narratifs. La stratégie adoptée pour ce troisième volet, tout à fait similaire à celle mise en place par Cameron douze ans plus tôt, était clairement la bonne. Il s’agit là encore d’opérer un véritable reloaded de l’opus précédent en installant un trouble sur le redéploiement des enjeux, un peu à la manière d’un modèle T-800 sans cesse évolué par l’ajout de nouvelles fonctions (celui-ci devient ici le T-850). Et là où le second film délaissait la sècheresse et la hargne de son prédécesseur au profit du lyrisme grand public et de la fable cyber-philosophique, T3 se devait donc de choisir une nouvelle voie.

Sans surprise, ce sont la parodie et l’autodérision qui sont ici de rigueur, équilibrant ainsi la simplicité brutale de l’opus n°1 – de la destruction pure avec la chair et l’acier en guise de matières dévastatrices – avec une redéfinition quasi décomplexée des enjeux de l’opus n°2 – une Amazone cybernétique à grosse poitrine prend ici le relais du T-1000. Une pure stratégie de mise en abyme, qui n’est pas sans rappeler l’étonnant travail scénaristique effectué par Robert Zemeckis sur Retour vers le futur 2, et un choix idéal pour conserver intacte la logique bouclée de la saga sans en trahir l’esprit alarmiste (plus la saga avance, plus elle acquiert un relief de SF dépressive). Le tout avec un Schwarzenegger plus lucide que jamais à 56 ans, jouant ici avec malice de son statut d’Action Man voué à finir à la casse (« Je suis un modèle obsolète », l’entend-on dire dans une scène). Autant dire qu’au final, la surprise n’en est que plus forte.

Confier la réalisation au très doué Jonathan Mostow était aussi un excellent choix. Avec seulement deux suspenses oppressants au compteur (Breakdown et U-571) et un talent évident de conteur attaché à se lancer des défis sans jamais chercher à se la jouer visionnaire, il apparaissait même comme le mieux placé pour reprendre le flambeau de James Cameron et activer cette reprogrammation décomplexée des enjeux de la saga. Fidèle à lui-même, Mostow s’approprie donc le mastodonte T3 avec un art désarmant du low-profile, enfilant les scènes d’action décoiffantes comme des perles sans pour autant tâcher son découpage par des plans trop saccadés ou une surenchère d’action illisible. Certes, on sortira du film en gardant en mémoire cette course-poursuite démesurée entre une voiture et un camion de chantier (où Mostow prend un pied pas possible à ravager trois quartiers de Los Angeles en à peine dix minutes) et ce plan puissamment iconique du T-850 chargeant plusieurs voitures de flics à la mitrailleuse avec le cercueil de Sarah Connor sur l’épaule, mais la lisibilité y est autant mise en valeur que la structure d’une pure série B destructrice, sans lyrisme ni pause-pipi.

A partir de là, et au vu d’un scénario qui se construit un rythme de croisière optimal pour mieux révéler son véritable enjeu lors d’une scène finale en tous points prodigieuse, le cinéaste a donc tout le champ libre pour retravailler la mythologie Terminator à sa guise. Sur ce point-là, tout comme James Cameron lui-même mettait un point d’honneur dans T2 à retravailler la matière de son film culte par l’ajout de clins d’œil diaboliques, Mostow s’en donne à cœur joie, équilibrant ici la citation furtive et la parodie assumée avec un vrai brio, et ce dès l’apparition des deux cyborgs. En effet, tandis que le T-850 nous rejoue le débarquement inaugural de T2 en sortant cette fois-ci non pas par l’entrée d’un bar à motards mais par la porte dérobée d’un dance-bar à Chippendales (et gare à ne pas se tromper de lunettes avant de prendre la route !), son adversaire, le T-X, prototype féminin au physique ultra-sexy, surgit ici au beau milieu de la vitrine d’un magasin de vêtements de luxe (son apparition fait d’ailleurs fondre les mannequins comme le T-1000 en son temps).

Ce nouveau vilain sans chromosome Y est sans conteste l’attraction n°1 de ce troisième épisode : si elle ne réussit pas à faire oublier Robert Patrick dans T2, le top-model Kristanna Loken injecte au T-X une froideur quasi équivalente, doublée d’un potentiel cartoonesque qui renvoie fissa le T-1000 à sa chaîne de fabrication – voir son aisance pour modifier son look ou pour commander à distance plusieurs véhicules de police sur un boulevard. C’est aussi elle qui, hélas, offre au film son principal défaut : des effets spéciaux pas toujours très peaufinés, qui vont même jusqu’à friser la laideur suprême dans certaines scènes (le combat dans les toilettes est à moitié désastreux). Pour le reste, entre le caméo rapide d’un docteur Silberman toujours aussi flippé, une mythologie laissée en arrière-plan au profit d’une simplification des enjeux (en gros : sauver le père de l’amie de John Connor, devenu le responsable du projet Skynet) et des personnages (Nick Stahl et Claire Danes jouent ici des rôles passifs, attachés à suivre malgré eux un destin déjà tracé), et une liquidation sans appel de la métaphysique du second opus, tout dans T3 évoque le stade final d’une saga qui épure et concentre dans une même bulle tout ce qu’elle avait précédemment mis en place, histoire de s’avancer en douceur – et en ligne droite – vers une conclusion que l’on espérait définitive.

Cette conclusion, Mostow réussit à la concrétiser de la façon la plus évidente possible et, fidèle à la logique de boucle narrative propre à la saga, n’essaie en aucun cas de s’en servir comme d’une pirouette censée prophétiser une ou plusieurs suites. Opus sombre et crépusculaire derrière son apparence de gros joujou jouissif, T3 démarre sur la fuite motorisée de John à travers les routes et achève sa course à la survie sur une note triste, bloquant celui-ci dans un bunker en compagnie de sa future épouse, incapable d’empêcher le Jugement Dernier et acceptant ainsi son destin de sauveur de l’humanité. Une issue fatale qui infirme – tout en les validant – les espérances de Sarah Connor lors du final de T2, boucle la saga en un cercle narratif d’une cohérence absolue, et selon la logique campbellienne, achève d’élever le T-850 au rang de mentor sacrificiel (son stade avancé lui permet ici d’appréhender et d’assimiler les comportements humains). En cela, il peut sembler juste d’estimer que la saga Terminator aurait dû s’arrêter là. Mais le destin en a décidé autrement. Plus que quelques jours à attendre avant de vérifier si l’attendu – et redouté – Terminator Genisys peut nous donner tort et nous rassurer sur le destin de la saga.

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