Sucker Punch

REALISATION : Zack Snyder
PRODUCTION : Legendary Pictures, Cruel and Unusual Films, Warner Bros. Pictures, Lennox House Films
AVEC : Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone, Vanessa Hudgens, Jamie Chung, Carla Gugino, Scott Glenn
SCENARIO : Zack Snyder, Steve Shibuya
PHOTOGRAPHIE : Larry Fong
MONTAGE : William Hoy
BANDE ORIGINALE : Tyler Bates
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Fantastique, Action, Thriller
DATE DE SORTIE : 30 mars 2011
DUREE : 1h50
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Bienvenue dans l’imaginaire débordant d’une jeune fille dont les rêves sont la seule échappatoire à sa vie cauchemardesque… S’affranchissant des contraintes de temps et d’espace, elle est libre d’aller là où l’entraîne son imagination, jusqu’à brouiller la frontière entre réalité et fantasme… Enfermée contre son gré, Babydoll a toujours envie de se battre pour reconquérir sa liberté. Combative, elle pousse quatre autres jeunes filles – la timorée Sweet Pea, Rocket la grande gueule, Blondie la futée, et la loyale Amber – à s’unir pour échapper à leurs redoutables ravisseurs, Blue et Madame Gorski – avant que le mystérieux High Roller ne vienne s’emparer de Babydoll. Avec Babydoll à leur tête, les filles partent en guerre contre des créatures fantastiques, des samouraïs et des serpents, grâce à un arsenal virtuel et à l’aide d’un Sage. Mais ce n’est qu’à ce prix qu’elles pourront – peut-être – recouvrer la liberté…

La mauvaise nouvelle, on la gardera sous silence pour la révéler calmement à la toute fin de cette critique. La bonne nouvelle, c’est que Sucker Punch tombe à point nommé pour régler le cas Zack Snyder une fois pour toutes. Cinéaste-geek autoproclamé ou auteur boursouflé, on va enfin pouvoir trancher. Depuis qu’il s’est attiré un certain respect pour avoir su faire du remake casse-gueule de Zombie un gros spectacle gore aussi brillamment réalisé que dénué de prétention, Snyder partait à la conquête d’Hollywood. Au point d’imposer, dès le succès des adaptations ciné de 300 et de Watchmen, un style désormais reconnaissable en trois points : une photo surléchée et surchargée en filtres divers, un montage ultra-cut censé donner à chaque plan la dimension d’une orgie survoltée, une grosse dose de musique tonitruante (si possible avec de célèbres tubes remixés) qui perfore les tympans à défaut de savoir faire autre chose. Le reste, à savoir la création d’un univers crédible et une mise en scène laissant au spectateur le soin de l’investir avec sa propre perception des choses, tout ça, le bonhomme semblait n’en avoir rien à faire. Et si l’on souhaitait y voir la naissance d’un véritable auteur maniériste, capable de digérer les influences de ses modèles et de se réappoprier les images pour jouer avec leurs codes, rappelons qu’il n’est pas le seul (Brian de Palma et Tarsem Singh sont déjà passés par là) et qu’il est loin d’être le meilleur (répétez la parenthèse précédente).

Pour autant, soyons honnêtes : en adaptant non sans risque Watchmen (alias le pavé cultissime d’Alan Moore), Snyder avait démontré de sérieuses capacités de filmeur, donnant aux meilleurs moments du film une réelle dimension mythologique, une mélancolie sous-jacente mettant au premier plan la problématisation du statut du super-héros, et une vraie faculté à extraire l’esthétique du clip pour la tirer vers le haut sans limiter son film à une vague démonstration de savoir-faire. On était donc tout disposé à croire que le bonhomme puisse rivaliser avec les plus grands s’il transcendait ces quelques espoirs en laissant de côté ses démons récurrents. On était d’autant plus impatient que la bande-annonce de ce cinquième film, assez démente, ne laissait filtrer que peu d’indications sur ce dont il était question. Et on était très alléché à l’idée de découvrir un long-métrage pour une fois conçu dans ses moindres recoins par ses propres soins (c’est son premier scénario original), qui plus est avec les promesses d’un spectacle dantesque à destination des geeks les plus bornés. Reste qu’entre temps, on a vu le film.

Si Sucker Punch était attendu, c’est clairement parce qu’on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Comme avec la plupart des oeuvres au statut culte trop vite intégré, on pouvait s’attendre à une claque ou à une déception, c’est certain. Mais assister à un tel degré de néant relève du foutage de gueule pur et simple, surtout de la part d’un cinéaste comme Zack Snyder. De son horrible scène d’exposition jusqu’à la dernière seconde du générique final, en passant par la mise en scène et la production design, tout semble avoir été confié ici à un fanboy au tempérament dépressif, sans doute trahi par une enfance difficile, et qui, après avoir chopé quelques jouets dans une vieille mallette qui prenait la poussière au grenier, se serait dit que, pour oublier la réalité, autant s’amuser avec tout ce qui lui tombe sous la main. En gros, pour oublier les horreurs du monde réel, autant faire fonctionner l’esprit. Mais ça, c’est pour plus tard. Dans un premier temps, nous voilà embarqués dans un terrifiant voyage immobile au coeur d’un terrifiant asile d’aliénés, dirigé d’une main de fer par un gardien sadique et une psychiatre adepte de méthodes assez particulières (confier ce rôle à Carla Gugino n’était d’ailleurs pas l’idée du siècle). C’est dans ce contexte terrifiant que débarque une jeune ingénue, contrainte par son sinistre beau-père à subir un long traitement de choc, avec, au bout du voyage, une lobotomie magouillée à grands coups de liasses de billets verts.

En moins d’un quart d’heure, le décor est planté, les situations sont établies, les personnages sont caractérisés, et nous, on tombe des nues : en misant tout sur une esthétique indigne de celle d’un mauvais clip de Marilyn Manson et sur des ralentis interminables qui ne font que surligner pesamment ce que l’on comprend en un tiers de seconde, Zack Snyder pervertit d’entrée tout ce qui pouvait jusque-là être intéressant dans son style. Le plus embarassant, c’est que sa mise en images se limite ici à une succession de séquences pesantes et déplaisantes qui, au sens littéral du terme, font carrément figure d’agression : à l’instar de sa pauvre héroïne, enfermée dans un lieu sinistre qui suinte la mort, la violence et le mal-être à chaque coin de couloir, voilà que le spectateur se retrouve contraint de subir un « traitement » qui va tester la résistance de ses cinq sens. A tout prendre, c’est surtout la vue et l’ouïe qui en prennent pour leur grade : outre un visuel agressif, aussi moche que numérisé sans conscience, et qui refilerait presque la nostalgie des copies granuleuses, il faudra se farcir un choix musical aussi aberrant qu’assourdissant, qui, lorsqu’il ne se traduit pas par du badaboum sonore, se contente d’empiler les remixages de célèbres tubes (« We will rock you » de Queen, « Sweet dreams » d’Eurythmics…) et quelques curiosités sans intérêt (que vient faire Björk dans cette galère ?).

Pour autant, ce n’est même pas avec sa dramaturgie que Snyder parvient à relever la barre, loin de là. Son scénario, entièrement bâti autour d’une idée de départ très mal exploitée (on y reviendra plus bas), ne prend jamais le temps de donner la moindre cohérence à son univers et élabore des arcs narratifs d’une rare pauvreté. Quant aux personnages, tous maquillés comme chez Baz Luhrmann et caractérisés de façon binaire, contentons-nous de préciser qu’ici, les gentils sont juste de pauvres victimes soumises aux contraintes et aux sévices de méchants super vilains qui ont tous le mot « salaud » tatoué sur les couilles, en particulier un beau-père qui se contente de multiplier les rictus (quelle subtilité !) et le gardien-tenancier incarné par Oscar Isaac, tellement vicieux et sadique derrière son look de mac super classe qu’il finit par devenir sérieusement irritant. Extrêmement désagréable en raison de son extrême violence et de son pessimisme surligné toutes les cinq secondes, Sucker Punch ne devait alors son échappée belle qu’à partir du moment où l’héroïne (Emily Browning, très fade) et ses quatre nouvelles copines décident de se lancer dans une évasion plus que risquée. Une évasion qui, belle audace, déroule chacune de ses étapes successives comme autant de parenthèses où les cinq prisonnières laissent gambader leurs esprits dans des univers fantasmagoriques à forte dimension référentielle.

Sauf que là encore, c’est le drame : non content de ne créer aucun lien narratif entre le réel et le fantasme (hormis le temps d’un dénouement final assez schématique), Snyder crée surtout de véritables cassures injustifiées dans son propre script. Un exemple : dans le réel, les quatre filles doivent dérober un plan de la prison pendant que la cinquième distrait tout le monde en dansant (on ne verra jamais la danse en question), et dans l’imaginaire, les voilà surarmées dans des tranchées lorraines en train de dérouiller des zombies nazis jusqu’à arracher une carte au trésor à un traître (quel rapport ?!?). Si l’objectif reste à chaque fois le même (en gros, trouver un objet), son illustration fantasmagorique est en revanche dénuée de toute cohérence, et se contente de recycler une imagerie cinéphile sans aucun rapport avec l’action du monde réel. Sans oublier le vieux briscard (pauvre Scott Glenn) qui, à chaque fin de speech sur la mission à effectuer, nous récite son petit conseil énigmatique sans intérêt. Bon, certes, c’est clair que, le temps d’une séance, ça peut faire son petit effet de voir cinq jeunes actrices, fringuées comme des amazones et lardées de cuir moulant, en train de dézinguer tout ce qui bouge à grands coups de sabre ou de flingues, et plus encore quand l’une d’elles, à savoir Vanessa Hudgens (vous savez, la brune de High School Musical…), semble avoir pris le relooking badass pour une forme moderne d’émancipation. Mais avec un montage incohérent et illisible, on déchante fissa. Et après un combat minable face à un dragon numérique et des samouraïs surnaturels, voilà que survient le clou du spectacle : une fusillade dans un train où les héroïnes affrontent des robots, et où la succession de mouvements improbables, collés les uns aux autres en un faux plan-séquence, donne naissance à l’une des pires scènes d’action jamais vues sur un écran. Un jeu vidéo grandeur nature ? Oui, sauf que l’interactivité est au niveau zéro : le seul qui s’amuse ici, c’est le réalisateur.

Reste ensuite la grande question : de quoi parle réellement le film ? On l’aura très vite compris : derrière cette idée d’un imaginaire qu’il va s’agir d’investir pour transcender les contraintes du réel, Sucker Punch voudrait une fois de plus célébrer la puissance de l’esprit sur l’immobilisme d’une réalité dominée par les règles et les apparences. Or, pour ce qui est d’aborder frontalement la thématique du libre-arbitre, Zack Snyder ne développe aucun argument nouveau (faute d’inventivité) et ne réussit jamais à construire un quelconque point de vue (faute d’un scénario qui part dans tous les sens). Du coup, pour la démarche soi-disant « auteuriste » que certains ne manqueront pas de voir là-dedans, on peut passer son chemin. Pire encore : si le but était d’opposer le réel et le virtuel en deux univers distincts et contradictoires, difficile de savoir pourquoi Snyder a choisi de les rendre tous les deux équivalents d’un point de vue esthétique, repassant sans cesse ses plans d’une bonne couche de ripolinage numérique et donnant à chaque scène la désagréable allure d’une cinématique de jeu vidéo mal branlée. Avec ce parti pris insensé, le film conserve la même dimension unilatérale et procure du coup un ennui pressant. Quant à cette idée d’un imaginaire extrait d’un imaginaire lui-même ouvert dans la réalité, autant revoir Inception pour mesurer à quel point l’exploration des rêves imbriqués, si elle est incarnée avec intelligence, peut devenir une immersion particulièrement délicieuse.

Au bout du compte, on aurait voulu croire que Zack Snyder pouvait progresser avec talent sur une route toute tracée, mais ce monumental échec lui donne définitivement la prestance d’un tâcheron immature, même pas capable de surfer allègrement sur la pente de la connerie régressive comme Michael Bay a su si bien le faire. Pour son prochain coup, on attendra autre chose qu’un banal discours sur l’émancipation et le libre-arbitre, enrobé d’un emballage clinquant et horripilant. En cela, la voix off finale achève de nous mettre le coup de grâce : pour résumer la morale pseudo-anarchiste du truc, la seule personne qui peut refuser les règles et qui peut se battre pour sa liberté, c’est vous, parce que votre imagination, en plus d’être toujours plus forte que la réalité, est synonyme de pouvoir absolu. Par corollaire, et sans vouloir verser dans la démagogie, on pourrait dire la chose suivante : la seule personne qui possède le droit de s’épargner deux heures de torture sur pellicule, c’est vous, chers spectateurs, parce que vous avez les cartes en main et que vous avez le droit de manifester votre colère si un film a réussi à vous mettre dans cet état. On aura beau reconnaître que l’activité de critique ciné puisse être vue par certains comme une sorte de réflexion constructive et argumentée, mais on vous assure qu’après s’être tapé ce genre de daube, ça devient plus un défouloir qu’autre chose… Ah oui, encore une chose : la mauvaise nouvelle, c’est que le film n’est pas bon.

19 Comments

  • Comme tu le sais, je ne suis absolument pas d'accord avec toi et ce, sur tous les points que tu énumères ;)

    Tout d'abord, je n'ai jamais trouvé le film agressif, que ce soit au niveau visuel ou sonore. J'ai au contraire adoré son visuel, totalement fou et plutôt superbe et ses nombreuses reprises qui correspondent parfaitement à l'univers du film. Niveau interprétation, je n'ai pas grand chose à redire. J'ai trouvé les cinq héroïnes très convaincantes et tout à fait crédibles. Les univers qu'elles se créent sont visuellement à couper le souffle et sont tous hyper divertissants et originaux. Qu'il n'y ait pas de liens directs avec les objets cherchés n'est pas une chose qui m'a gêné en soi puisque ces filles s'inventent un monde parallèle, où c'est elle qui décide, alors ça ne m'a pas dérangé. "Quant aux personnages, tous maquillés comme chez Baz Luhrmann" j'espère que c'est pas négatif car Moulin Rouge est mon film préféré alors attention ;)

    Ensuite le scénario, qui fait visiblement débat. Faussement simpliste ou juste ridicule ? Fausse simpliste assurément car le film est bien plus profond que ce qu'il ne laisse croire. Je te conseille de lire quelques interprétations sur internet (si ce n'est déjà fait) qui sont bien trouvées et qui donnent vraiment envie de revoir le film.

    Donc je suis totalement conquis par Sucker Punch, visuellement époustouflant et doté de scènes d'action absolument incroyables. J'ai d'ailleurs hâte de découvrir le DVD où il y aura 18 minutes de scènes d'action supplémentaires.

  • Je me permets d'intervenir. A vrai dire, j'en ai un peu marre de lire DANS TOUTES LES CRITIQUES POSITIVES "le film est plus profond que ce qu'il ne laisse croire". Est-ce que toi par exemple, tu saurais me dire en quoi c'est le cas ? (affirmation que je n'ai vu développée nulle part).

    Et je ne parle pas d'interprétation farfelue, juste ce qui est dans le film, pas dans les fantasmes de ceux qui veulent à tout prix trouver une justification au fait d'avoir aimé (on peut aimer un film con, ce n'est pas interdit). Voilà, simple interrogation… :)

  • Pour réagir aux propos de Que-du-frisson, je précise que ce n'est pas parce qu'un film laisse des portes ouvertes qu'il est forcément "profond". La profondeur se calcule avant tout par la dramaturgie de l'histoire, sa narration et ce que le film tend à illustrer ou à évoquer à travers sa mise en scène. Ce qui, à mes yeux, était le cas de films comme PAPRIKA ou INCEPTION, traitant eux aussi du thème des rêves imbriqués, et ce de façon beaucoup plus intelligente.

    Après, le fait que des forums se créent pour proposer des interprétations, cela fait bien longtemps que je ne m'intéresse plus à ça. Il n'y a qu'à voir tout ce qui est souvent supposé à propos des films de Lynch ou de Kubrick pour s'apercevoir que c'est surtout une perte de temps. Et puis, dans SUCKER PUNCH, les "trous" du script sont placés à des endroits-clés de la narration, ce qui me donne l'impression que le réalisateur s'est bien arrangé de donner à son film une vraie cohérence : de cette manière, c'est un peu facile de dire "le film a un sens, celui que vous lui donnez" et d'adhérer à la chose.

  • Merci de me donner l'occasion de commencer à nouveau ma réponse ;)

    Oui, je maintiens, le scénario est plus profond que ce que la plupart des gens pensent. Il y a plusieurs niveaux de lecture et je suis d'accord, le premier (le plus évident) peut sembler simpliste. Des filles utilisent leur esprit pour se libérer d'un monde où l'homme est maître. Dans leur imaginaire, elles combattent toutes sortes de créatures et doivent retrouver des objets pour passer au "niveau suivant". Jusque là, rien de bien novateur et profond, je te l'accorde. Sauf qu'il y a quelques scènes et phrases qui font que ça ne peut pas s'arrêter là. Voilà donc une interprétation (dans les grandes lignes) et je conseille à ceux qui n'ont pas vu le film d'arrêter ici la lecture. Donc, le personnage de Babydoll n'existe pas. Il est un ange (cf début) de Sweet Pea, seul personnage réel de l'histoire. Voici quelques exemples qui me font penser ça : le film s'ouvre avec en voix off, Sweet Pea qui explique le truc sur les anges, qui sont là pour nous défendre mais que nous nions leur existence. Sweet Pea est en train de se faire soigner par la méthode à la polonaise il me semble lorsque nous la voyons pour la première fois. Le docteur lui explique qu'il faut qu'elle se libère, que c'est ELLE qui contrôle le monde qu'elle se créée. Visiblement, elle va prendre cette thérapie très au sérieux. Si Sweet Pea est là, c'est parce qu'elle a tué (sûrement accidentellement) sa soeur et qu'elle ne veut pas l'accepter (ainsi, si nous voyons Baby Doll tuer sa soeur en début du film, il s'agit en fait de SP) et Rocket n'est qu'une projection de sa soeur disparue. Ainsi, lorsque celle-ci meurt, SP accepte enfin sa mort, la thérapie fonctionne. Ainsi, SP arrive à s'en sortir au final et lorsque nous voyons Babydoll se faire lobotomiser, il s'agit de Sweet Pea qui s'imagine sous les traits de son ange. Voilà donc une interprétation possible, mais je suis partagé entre celle-ci (qui n'est pas personnelle, mais que je trouve très crédible et tout à fait plausible) et une autre : dans celle-ci, c'est Baby Doll qui existe et Sweet Pea qui n'existe pas. SP serait une représentation mentale que se fait BD, ce qui explique pourquoi nous voyons BD se faire lobotomiser à la fin. Celle-ci va essayer de rassembler les objets pour s'évader (en couchant avec les détendeurs des objets dans le premier niveau, en dansant devant eux dans le deuxième et en combattant dans le troisième) mais elle n'y arrivera pas. Au moment de se faire lobotomiser, elle se sent libre (d'où sa réaction juste avant) et après sa lobotomie, repart dans ses fantasmes (d'où la présence du sage/vieillard et de Sweet Pea, ces deux anges).

    Ce sont des interprétations possibles au film qui montrent que Sucker Punch a plusieurs niveaux de lecture et que chacun choisira celui qu'il préfère. Je vais le revoir pour la troisième fois demain, on verra bien, peut-être aurais-je une illumination sur l'histoire du film ;) En tout cas, ces nombreuses critiques sur le scénario de Sucker Punch ne sont pas vraiment justes, mais les goûts et les couleurs, c'est une chose qu'on ne change pas :)

    Cela peut sembler trop gros, tu penses peut-être que ces interprétations ne sont que des fantasmes de personnes qui veulent à tout prix trouver un sens cacher au film, peut-être. Mais je trouve ça trop crédible et trop bien fait pour que ce ne soit pas intentionnel de la part du réalisateur.

  • Désolé, j’avais dit « dans les grandes lignes » mais je me suis visiblement emballé :p

  • RedRoss Says

    "Un exemple : dans le réel, les quatre filles doivent dérober un plan de la prison pendant que la cinquième distrait tout le monde en dansant (on ne verra jamais la danse en question), et dans l’imaginaire, les voilà surarmées dans des tranchées lorraines en train de dérouiller des zombies nazis jusqu’à arracher une carte au trésor à un traître (quel rapport ?!?)."

    Euh, juste pour qu'on soit clair sur un point… Tu as l'air d'avoir assimilé ce que je vais te dire vu que tu parles de rêves imbriqués mais quand même, là on ne dirait pas.

    La fille est à la base dans un genre d'asile, où des mecs la viole, et pour s'évader de ça, elle s'imagine dans un bordel où elle s'invente une quête avec quelques autres bonnasses. Puis elle s'évade à nouveau de cet imaginaire-là en rêvant qu'elle combats des tas de trucs très laids. On est d'accord là-dessus ? En tout cas tu caractérises les scènes qui se passent dans le bordel comme appartenant au "réel", ce qui n'est pas le cas.

    [break] (la classe les Inrocks !!)

    Pour donner mon avis sur le film, j'ai été carrément scotché par le talent visuel du bonhomme durant la scène d'introduction, que je trouve sublime. Sans la moindre parole, juste avec des images, le mec te raconte une histoire. Le problème c'est qu'après ça parle, et effectivement le scénar est minable. En plus ça pu le fond vert, du coup sa mise en scène n'a plus aucune limite et ça m'impressionne nettement moins.

    Enfin le film m'a quand même surpris. Je m'attendais à avoir la gerbe devant un visuel outrancier et à relativement supporter le scénar, finalement ça a été l'inverse ^^ Non mais sérieux, le coup de la résistance au viol vécue comme un combat et tout, faut arrêter les connerie. Avec un pur sujet de cinoche comme point de départ, le mec trouve le moyen de te sortir la métaphore la plus relou du monde.

    D'ailleurs j'ai trouvé la morale de fin – en plus d'être aussi ridicule que les apparitions du mec qui l'édicte – carrément de mauvais goût. C'est genre "fais-toi violer, encaisse des kilomètres de b*** jour après jour, des heures durant… Tu t'en fous, tu peux penser à autre chose. (Et tu peux même penser à autre chose en pensant à autre chose !)".

    Bref, film très décevant, mais faut avouer que malgré quelques longueurs, j'ai pas vraiment eu le temps de m'ennuyer non plus. Au point où on en est, c'est toujours ça de pris.

  • Réponse à RedRoss :

    Les scènes dans le bordel ne sont évidemment pas le "réel", mais une dérivation du réel, ce qui me laisse à penser que ce qui se passe dans cet univers schématise ce qui se passe dans la réalité tout en lui donnant l'envergure d'une "fiction".

    Après, oui, on est bien d'accord sur l'interprétation à donner au film, mais le problème, c'est que, même si j'ai souhaité prendre le monde du bordel comme le niveau central du film (histoire de comparer avec le monde imaginaire), le film ne donne au final aucune idée précise de ce qu'est le "réel" du film (ou le "niveau 0", si on veut). Souviens-toi du tout premier plan du film : une salle de théâtre, un rideau qui s'ouvre, un travelling autour d'un lit qui se trouve sur la scène, et hop on n'est plus au théâtre. Le réel du film serait-il en fait un simulacre ? Et du coup, où le film se situe-t-il pendant toute sa durée ? Et comment croire à un "réel" quand l'image est ripolinée à grands coups de filtres et de retouchages numériques, et ce pas uniquement dans les scènes d'action ? En cela, le film est sacrément problématique sur ce qu'il souhaite aborder. C'est en cela que je le trouve totalement vain et insignifiant.

    Et d'accord avec toi sur la morale finale : ton interprétation est un peu directe, mais ce n'est pas du tout faux.

  • Réponse à Que-Du-Frisson :

    Je ne peux que répéter ce que je disais dans ma précédente réponse à ton com : les manières d'interpréter le film en fonction de ses portes de sortie injustifiées ne m'intéressent pas, et je n'ai pas toujours envie, en allant voir un film, de passer mon temps à chercher de comprendre le sens du scénario après avoir vu le film. Je préfère quand le sens m'échappe parce que le film fait naître des sensations imperceptibles qui me font travailler et qui me restent gravées dans la tête (j'en profite pour citer à nouveau David Lynch, qui travaille à plein régime sur ce style de mise en scène).

    • Pour ce que tu dis sur les mondes imaginaires, je ne suis pas d'accord. Pour moi, l'hôpital psychiatrique est clairement identifié comme appartenant au monde réel, de par son aspect visuel, en total opposition avec les deux autres mondes (terne, gris, de plus, dans le monde réel, l'héroïne n'ouvre pas la bouche, elle se sent coincée, et c'est seulement quand son fantasme prend le dessus ru la réalité qu'elle ose s'exprimer).

      Après je trouve toujours intéressant qu'un scénario ne nous donne pas toutes les clés nécessaires pour totalement le comprendre et, même si je comprend ton argument, j'aime tout autant ce genre de film. Ce genre où on a un film qui apparaît comme simple mais qui est en fait plus complexe que ça. C'est le contraire d'un Inception par exemple qui n'a pas de niveaux de lecture plus évidents que d'autres, il faut absolument suivre pour être certains de comprendre quelque chose. Ici, on peut faire le choix : voir un film comme un délire visuel jouissif et décomplexé qui ne se soucie pas vraiment d'un scénario original, ou une oeuvre profonde est touchante sur la conscience de soi, de son imaginaire, de ses possibilités d'existence. Personnellement, je vois le film comme un mélange de ces deux idées, un délire visuellement éblouissant qui n'oublie pas de nous scotcher grâce à son super scénario.

      • En fait, si je ne classe pas INCEPTION dans la même catégorie que SUCKER PUNCH, c'est parce que le film de Nolan aborde des concepts scientifiques et philosophiques assez complexes dans un premier temps, mais offre des lignes de fuite quasi infinies par sa mise en scène (à la fois fluide et épurée) et ses enjeux dramatiques (où tout est dit en filigrane au lieu d'être purement évaporé du script). En plus, bien que le film soit complexe, on finit par se rendre compte qu'il n'est pas intéressant de saisir le scénario du film : il s'agit d'une immersion totale dans des rêves imbriqués qui se répondent magistralement les uns aux autres. Tu l'auras compris, je ne retrouve jamais ça dans le film de Snyder.

        Après, je comprends totalement ton point de vue, mais en matière de "délire visuel jouissif et décomplexé", là encore, on va être en désaccord, puisque je n'ai ressenti aucun plaisir devant ce film, et encore moins quoi que ce soit de décomplexé, étant donné le pessimisme poids lourd qui parcourt le scénario.

  • RedRoss Says

    Réponse à Guillaume Gas :

    Ouhla, c'est faire beaucoup trop d'honneur à ce film que de se poser toutes ses questions. De toute évidence elles n'ont même pas effleuré l'esprit de Snyder. D'ailleurs je trouve ta conversation avec Que-du-frisson2 presque suréaliste ^^

    Et les mots que je mets sur la conclusion du film sont peut-être un peu directs oui, mais en même temps si l'on résume le film, en clair, la fille se fait violer pendant 1h45. Je trouve ça carrément poisseux.

    Bref, on est d'accord ;-)

  • Réponse à Redross et Guillaume Gas

    Oui, c'est vrai que le film est pessimiste et noir (vis-à-vis du destin tragique de l'héroïne) mais seulement si on s'en tient au tient au deux premiers mondes. Après, lors des quatre scènes de combats (hormis le final de la dernière) je n'ai rien trouvé de bien pessimiste et je parlais de ces scènes en disant "action jouissive et décomplexée". Après, la noirceur du film m'a surpris mais je n'ai pas trouvé ça trop lourd.

    Quand à notre conversation que Redross qualifie de surréaliste : je comprend ce que tu veux dire. La première hypothèse vis-à-vis du scénario n'est pas personnelle mais m'a tellement secoué que je suis retourné voir le film, histoire de voir par moi-même si tout ça colle. Et pour dire la vérité, je trouve que les nombreux détails qui ponctuent le film sont bien trop explicites (une fois qu'ils sont compris bien sûr) et trop liés les uns aux autres pour que cette théorie ne soit qu'une pure invention. Après, je suis d'accord avec celle qui dit que la fille se fait violer du début à la fin, et si c'est le cas, la morale du film n'est pas pour moi "faites-vous violer, rien de grave votre esprit vous libère" mais plutôt "chacun à les forces pour se battre et se sortir d'une situation inconfortable". Un peu moralisateur, certes, mais je ne m'arrête pas la dessus, j'ai trop pris mon pied avant :)

  • Ellinoa Says

    "Retrouvez l’avis des autres membres de Courte-Focale dans nos Avis En Bref."

    Où ça ?

  • Tu détestes le film, y a pas photo. Mais comptes-tu néanmoins t'intéresser à la version longue, disponible sur le blu ray ? D'après ce que j'ai pu lire, elle permet au film d'être plus clair et lui apporte une nouvelle profondeur, notamment en ce qui concerne l'énigmatique final. Qui sait, cette nouvelle version te plairas peut-être…j'ai bien dit peut-être ;)

  • Réponse à Que-du-frisson :

    En fait, j'ai entendu dire que les trente minutes supplémentaires n'apporteraient rien de nouveau au film, et que ce ne serait en rien une version "unrated" comme certains l'auraient fantasmé.

  • Alors je viens à l'instant de la terminer. Sur les 17 minutes en plus, une partie est en effet attribuée aux scènes de combats, notamment celle dans les tranchées (plus de zombies dégomés) et celle avec les trolls (deux bonnes minutes de combats dans la cour du château, contrairement à la version salle où elles rentraient directement). Ensuite, c'est la scène du cabaret qui est rajoutée au début du film (celle qu'on voyait dans le générique). Mais l'ajout le plus fondamental est une conversation entre le high roller et baby doll dans le deuxième monde (du cabaret donc) où celui-ci doit lui prendre sa virginité. On comprend facilement pourquoi les producteurs n'en ont pas valu, c'est bien sombre comme fin. Pourtant, elle semble indispensable et on comprend vraiment pourquoi, juste après la lobotomie, le high roller dit "vous avez vu comment elle m'a regardé ?". Il y a avec cela quelques ajouts dans le film, pas indispensables mais toujours savoureux qui mettent des images à ce que nous supposions (comment Sweet Pea obtient la robe qu'elle porte durant le final par exemple). Bon après, si tu n'as pas aimé le montage salle, il y a peu de chances que tu adores celui-ci, mais il apporte encore plus de profondeur à cette histoire passionnante. Et en blu ray, je t'assure que ça décoiffe (en VO en tout cas) :)

  • Ah et j'oubliais, depuis le début le film pour sortir en PG-13. On ne peut pas parler de version unrated en effet, ce ne sont pas quelques ajouts sanglants qui changeront grand chose. Il y a juste un petit rajout dans l'introduction (injustement coupé) rendant plus crédible la mort de la soeur. Mais après, ça reste du PG-13, mais franchement, c'est aussi bien comme ça.

  • Ah, voilà un débat intéressant. Et je précise avant tout que je n’aime pas du tout le film. Néanmoins, je trouve qu’à chaque fois, avec Snyder, les détracteurs y vont beaucoup trop forts. C’est pourquoi je prends toujours un malin plaisir à défendre ce cinéaste (que je n’aime pas, pourtant, à part « L’armée des morts ».
    Mais tout d’abord, voilà pourquoi je n’aime pas le film. Car le concept du rêve dans le rêve, je n’ai aucun problème avec. Seulement, ici, on te fait bien comprendre que le rêve (même si c’est un rêve dans le rêve, on est d’accord) n’est justement qu’un rêve. Donc, le résultat, c’est que les scènes d’actions, bah on s’en fout. Qu’elle soit bien réalisées ou pas, on sait que ce n’est qu’un rêve, dont, en plus, on ne connait pas les clés, donc difficile d’avoir peur pour elle ou quoi que ce soit d’autres. Un gouffre de plusieurs mètres ? Bah, on s’envole. Et là, tu te dis « ah ok, elles peuvent voler ». Il n’y a qu’à la fin où les niveaux s’imbriquent réellement mais c’est trop tard, il aurait fallut les imbriquer d’avantage dès le début.
    Après, je n’aime ni l’esthétique, ni la musique non plus, mais je ne juge pas ses aspects qui finalement sont totalement subjectifs, et entrer dans un débat sur les goûts et les couleurs, à quoi bon ?
    Par contre, oui, effectivement, pour le scénario, je suis entièrement d’accord avec Que-Du-Frisson, il y a bien plusieurs niveaux de lecture. Et je m’en étais fais une interprétation assez similaire que lui lors de ma sortie de la salle, même si je n’ai pas trouvé ça profond pour autant, mais tout de même intéressant. Et personnellement, je ne trouve pas ça plus con qu’Inception, désolé Guillaume :) Mais ce n’est pas le lieu pour parler de cette insulte à la SF qu’est le film de Nolan (roooh, ça va, je fais exprès de chercher la petite bête, là).
    Bon, au risque de me répéter, je n’aime pas le film, mais de là à dire que la mise en scène est illisible, par contre, je me dis What The Fuck ? La mise en scène chez Snyder, au-delà de son absence concrète d’ambition ou même de goût est, et a toujours été d’ailleurs, parfaitement lisible, dans ce film comme dans les autres. Et d’ailleurs, il y a tout de même un plan de malade en terme de mise en scène dans le film (qui est le seul que j’ai vraiment aimé), c’est le plan-séquence où elles se maquillent devant des miroirs que la caméra traverse. Un plan tout aussi virtuose que porteur de sens pour le coup.
    Je termine une fois encore en répétant que je n’aime pas le film, mais c’est vrai qu’à chaque fois qu’un Snyder sort, j’hallucine de voir la haine avec laquelle il est descendu ou l’ardeur avec laquelle il est, au contraire défendu. Comme si l’appréciation de ce cinéaste était forcément du tout ou rien.

  • « Donc, le résultat, c’est que les scènes d’actions, bah on s’en fout. Qu’elle soit bien réalisées ou pas, on sait que ce n’est qu’un rêve, dont, en plus, on ne connait pas les clés, donc difficile d’avoir peur pour elle ou quoi que ce soit d’autres. »

    Surement la phrase avec laquelle je suis le plus en désaccord. Oui, les filles fantasment un monde rêvé, mais elles sont à l’origine de ce fantasme, ainsi, même dans ce monde imaginaire où elles ont des pouvoirs elles sont en danger. Si on part du principe que dans le vrai monde, elle se fait violer, dans le deuxième elle danse et dans le troisième, elle combat des monstres, alors si quelque chose cloche sur le troisième, c’est qu’il s’est passé quelque chose sur les deux premiers. C’est un effet domino en somme qu’illustre le dernier monde où tout ne se passe pas comme prévu.

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