Le hobbit – La désolation de Smaug

REALISATION : Peter Jackson
PRODUCTION : New Line Cinema, MGM, WingNut Films
AVEC : Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Orlando Bloom, Evangeline Lilly
SCENARIO : Philippa Boyens, Peter Jackson, Fran Walsh, Guillermo Del Toro
PHOTOGRAPHIE : Andrew Lesnie
MONTAGE : Jabez Olssen
BANDE ORIGINALE : Howard Shore
ORIGINE : Etats-Unis, Nouvelle-Zélande
GENRE : Héroic Fantasy, Aventure, Adaptation
DATE DE SORTIE : 11 décembre 2013
DUREE : 2h41
BANDE-ANNONCE

Synopsis :Les aventures de Bilbon Sacquet, paisible hobbit, qui sera entraîné, lui et une compagnie de Nains, par le magicien Gandalf pour récupérer le trésor détenu par le dragon Smaug.

En revenant sur l’écriture du Seigneur Des Anneaux, Jackson et ses collaborateurs n‘hésitent pas à considérer Les Deux Tours comme l’épisode le plus ardu. A contrario de la linéarité du premier épisode, ce second volet employait une structure éclatée en plusieurs intrigues. La tâche est rendue d’autant plus compliquée en raison de sa position centrale dans la trilogie. Le deuxième opus doit trouver l’équilibre entre ce qui a été raconté et ce qui le sera à l’avenir. Logiquement, les mêmes difficultés s’appliquent à La Désolation De Smaug. A l’instar d’Un Voyage Inattendu trouvant des échos dans La Communauté De L’Anneau, le deuxième épisode de la trilogie du Hobbit puisera ses solutions dans les mécanismes précédemment expérimentés. Du recyclage, mais du recyclage mûrement réfléchi et perfectionné… à une exception près. Car si son contenu fait preuve d’un brio certain (on y reviendra), les entournures de l’œuvre sont elles étrangement peu convaincantes. La Désolation De Smaug est ainsi l’épisode qui négocie le moins habilement sa place dans la franchise. Introduction et conclusion paraissent en effet pour le moins bancales. Si la discussion en flashback entre Gandalf et Thorin permet de reposer les enjeux d’Un Voyage Inattendu et ceux à venir, on peut s’étonner d’une telle facilité d’exposition de la part de Jackson (surtout comparativement à l’ouverture coup-de-poing des Deux Tours).

L’introduction est toutefois moins problématique que la conclusion donnant le sentiment de s’interrompre au beau milieu d’une scène. Il y a pourtant eu jusqu’à présent un soin pour que chaque film offre un semblant de résolution. L’intrigue reste dans un état de suspension et doit se poursuivre mais des objectifs intermédiaires ont été atteints. Les fins mettaient l’accent sur le sentiment que des étapes ont été franchies. Au-delà de l’effet d’annonce des dernières images, Un Voyage Inattendu se concluait par exemple sur la décision définitive de Bilbo de participer à l’aventure et son acceptation par la troupe des nains. Le spectateur n’était pas abandonné sur la seule impression qu’il devra repayer une place de cinéma un an plus tard pour connaître la suite. Rien de tel donc dans La Désolation De Smaug. Si un aspect de l’histoire est bien arrivé à son terme (la conquête de la montagne solitaire), celui-ci est totalement laissé à l’abandon au profit d’un cliffhanger béat digne de celui du récent Hunger Games II. Entre ses deux extrémités, le film s’avère heureusement un spectacle total.

De manière prévisible, La Désolation de Smaug est dans la parfaite continuité d’Un Voyage Inattendu. Ainsi, Les thématiques initiées se poursuivent. L’intrigue explore toujours le rapport entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. L’approche est largement reliée à une mise en scène jamais avare en jeux d’échelles. L’utilisation des perspectives et de la composition atteint d’ailleurs un niveau d’étourdissement tenant de l’inédit (la confrontation avec Smaug en constituera le summum). De même, les histoires au sein de l’Histoire ont toujours leur place à l’image de la prophétie qui pèsera sur le destin des habitants de Lacville. C’est d’ailleurs l’histoire d’un nouveau personnage qui introduira dans les premières scènes le nouvel axe de cet épisode. Si Beorn semble inutile au premier abord (il devait initialement servir à conter la bataille de la Moria avant que cet élément important ne soit replacé dans le premier film), le récit de sa vie met en exergue la sensibilité spécifique de l’opus. Beorn fait partie d’un peuple capable de se transformer en animaux. Réduits en esclavage par les orcs, ses congénères furent tous tués et il est aujourd’hui le dernier représentant de sa race. Sans que personne n’agisse ou même ne s’en émeuve, l’espèce fut exterminée. La Désolation De Smaug ne parle au bout du compte que de cela, d’un mal prospérant dans l’ombre sans personne pour l’en empêcher.

« Nous avons été aveugles et notre aveuglement a permis à notre ennemi de revenir » déclare Gandalf. À cet effet, La Désolation De Smaug devient la peinture d’une Terre du milieu privilégiant le statu quo face à une menace pourtant palpable. Les elfes de la forêt noire ne repousse les araignées géantes que de leurs territoires avant de boucler leurs frontières. Le maire de Lacville est insensible à la misère de son peuple criant famine et se satisfait de la situation actuelle. Naturellement, l’importance des enjeux est également bousculée. La quête des nains ne devient plus juste la récupération de leur royaume mais également un moyen d’empêcher Smaug de rejoindre les rangs ennemis. Forcément, l’ambiance n’est plus la même que dans le conte bon enfant d’origine. Une évolution qui était pourtant absolument nécessaire et justifiant les innombrables ajouts au récit. Comme le déclarent Jackson et Boyens dans les appendices d’Un Voyage Inattendu, il convient de remettre le roman dans son contexte d’origine. Lorsqu’il écrit Bilbo Le Hobbit, Tolkien est encore loin d’avoir parcouru l’intégralité de la terre du milieu. L’écriture ne prend pas en considération des éléments qui auront toutes leur importance par la suite. Le plus emblématique reste l’anneau unique. Son utilisation dans Bilbo Le Hobbit devient problématique après les révélations du Seigneur Des Anneaux. Comment se permettre de passer outre son influence maléfique quant on sait ce que Frodon subira lorsqu’il en sera le porteur. De fil en aiguille, ce type de réflexion établit l’obligation d’augmenter le récit d’origine. Un souci de cohérence qui, au-delà de son pragmatisme, finit ainsi par mettre en exergue le propos susmentionné.

Nécessité devient ainsi qualité. Il va de soi que de tels rajouts auraient risqué de déséquilibrer le récit et d’alourdir le rythme. Jackson préférant toujours en faire trop que pas assez, on pourrait effectivement considérer que l’adaptation est au bord de la noyade. Mais justement, plus que le souci de rythme, la gestion des différents personnages et sous-intrigues bénéficie d’une écriture pour le moins brillante. On pourrait même considérer qu’on est face à un sérieux perfectionnement depuis le début de la franchise. La Désolation De Smaug revendique ainsi une approche musicale finalement guère éloignée (toutes proportions gardées) de ce que les Wachowski et Tykwer ont accomplit sur Cloud Atlas. La structure use ainsi de principes d’échos et de consonances. Plus que de sauter d’un personnage à l’autre pour maintenir l’avancement du récit avec dynamisme, les transitions conjuguent les effets de chaque scène et renforcent leurs impacts émotionnels. Bilbo manipule l’anneau alors que nous enchaînons sur la forteresse de Dol Guldur où se terre Sauron. Smaug se pavane en déclamant qu’aucune lame ne peut le transpercer tandis que Bard transporte la flèche qui pourra détruire le dragon. Bilbo s’enfonce dans la salle du trésor d’Erebor pendant que Gandalf lui-même s’aventure dans les profondeurs de Dol Guldur. Quant à la terreur de Bilbo avant d’y pénétrer, elle se raccorde avec la douleur, physique cette fois, de Kili empoisonné par les orcs. Les exemples sont innombrables et offrent un spectacle d’une fluidité exemplaire. On pourra certes parfois critiquer certains choix (la romance entre Tauriel et Kili, annonciatrice de la future alliance des peuples) mais ceux-ci sont compensés par leurs conjonctions entre eux.

C’est cette même fluidité qui gouverne la mise en scène emballant d’exceptionnels morceaux de bravoures avec une limpidité et une énergie incommensurable. Combien de cinéastes se seraient en effet avoués vaincus avec la séquence d’évasion en tonneaux ? Cette haletante course-poursuite ne cesse d’alterner entre trois groupes de personnages constamment en mouvement. Pour autant, la scène est d’une parfaite clarté dans son déroulement et sans sacrifier la vélocité de l’action (Jackson pousse d’ailleurs très loin le degré de violence et d’humour noir de son divertissement PG-13). A voir cela, on s’imagine sans nul doute quel extraordinaire moment risque d’être la bataille des cinq armées dans le prochain épisode. Nul doute que celui-ci contiendra encore son lot de virtuosité et de surprises en conclusion de la franchise.

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