Annecy 2023 : Four Souls of Coyote et La Sirène

L’animation a cette particularité de pouvoir parler du monde à travers une forme qui se libère de la réalité. Le festival d’Annecy nous a offert cette année deux films aux choix visuels ambitieux mais aux résultats bien différents.

Four Souls of Coyote, une belle surprise au festival d’Annecy 2023

Lauréat du prix du jury, Four Souls of Coyote fut assurément une des belles surprises de cette édition. En s’inspirant de légendes indiennes, Aron Gauder voudrait nous mettre en garde contre les dangers du capitalisme et du péril écologique. Mais attention, nous ne sommes pas ici face à un donneur de leçon. S’il opte pour la forme du conte, ça n’est pas avec un goût du moralisme. C’est avant tout parce qu’il sait qu’en l’utilisant bien, la liberté de ton du conte permet de délivrer des enseignements avec une grande sagacité. Four Souls of Coyote se veut ainsi un long récit chronologique de la création du monde. En raison de ses références, le déroulement conteste une logique biblique trop implantée dans nos esprits. On imagine souvent qu’à l’origine, le monde était parfait et que les hommes ne s’en sont pas montrés dignes. Ce serait eux qui auraient généré, par une série de catastrophes, le monde actuel. Ainsi, seule la plus sévère repentance pourrait nous délivrer. Four Souls of Coyote conçoit les choses différemment.

Dans le long-métrage d’Aron Gauder, le cycle de la vie ne cesse d’évoluer. Il se fonde en grande partie sur la rivalité entre le créateur et le coyote. Si l’appétit insatiable de ce dernier cause bien des torts, il n’est pas pour autant possible d’en effacer les conséquences. Ses actions introduisent dans le monde le meurtre, la mort et la reproduction. Mais le cycle de la vie va dépasser la malveillance de ses actions originelles et trouver une beauté dans son développement. Le film pousse à accepter le changement pour créer une vie meilleure. Certes, il ne nie pas la part d’ombre de l’être humain. Après tout, c’est parce que le créateur rejette la créature façonnée par le coyote que la société occidentale émerge – une société pervertie et sans âme. Au contraire, c’est par vanité qu’il accepte ces autres enfants créés à son image. De même, le créateur peut céder à la colère et libérer sur le monde un feu destructeur. Feu qui permettra également aux hommes de se réchauffer. Four Souls of Coyote nous dépeint le monde comme un lieu reposant sur un équilibre précaire. Mais après tout, n’est-ce pas le lot de tout équilibre ? Sa fin nous laisse alors avec l’espoir que nous saurons faire ce qu’il y a de mieux pour vivre ensemble.

La Sirène, quand l’animation met en scène une ville assiégée

La Sirène marque la première incursion de la réalisatrice Sepideh Farsi dans le domaine de l’animation. Lors du WIP consacré il y a quelques années au projet, l’équipe expliquait que ce choix avait surtout été fait en raison d’une reconstitution historique trop coûteuse pour un tournage en live. Il est sûr que c’est cet aspect qui impressionne le plus dans le film terminé. En voulant célébrer la résistance de la population, Farsi retranscrit avec une belle ampleur le siège d’Abadan au début des années 80. En couplant cette ambition à des partis pris graphiques forts, elle ne lésine pas pour retranscrire la violence des bombardements et des confrontations armées. Il faut dire que le film déborde également d’énergie, et ce, dès sa scène d’ouverture musicale. Elle ne lâche rien pour captiver le spectateur. Malheureusement, cette histoire de passage à l’âge adulte se heurte à un problème de taille : son animation. Les choix visuels finissent en effet par peser sur l’animation de ses personnages. Ceux-ci se révèlent désespérément rigides et manquent de vie. Cela finit par écorner notre immersion dans le film et laisse un goût d’inachevé.

>> Retrouvez le film en salles le 28 juin 2023 ! <<

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