Prometheus

REALISATION : Ridley Scott
PRODUCTION : 20th Century Fox, Scott Free Productions, Dune Entertainment
AVEC : Michael Fassbender, Charlize Theron, Noomi Rapace, Idris Elba
SCENARIO : Damon Lindelof, Ridley Scott, Jon Spaihts
MONTAGE : Pietro Scalia
PHOTOGRAPHIE : Dariusz Wolski
BANDE ORIGINALE : Marc Streitenfeld
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Science-fiction
DATE DE SORTIE : 30 mai 2012
DUREE : 2h03
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

“J’ai toujours voulu faire un Alien V ou VI où on saurait d’où ils venaient, pour y aller et répondre à la question “qui sont ils ?”. Mars est trop proche. Ils ne peuvent donc pas être des dieux de la guerre. Mais en théorie, dans mon esprit, il s’agissait d’un porte-vaisseaux, un véhicule de guerre d’une civilisation. Les œufs étaient la cargaison, essentiellement des armes… une sorte d’immense forme bactériologique d’une guerre biomécanique.”

Ces paroles, le réalisateur Ridley Scott les prononce en 1999 lorsqu’il enregistre le commentaire audio pour la première édition DVD de son second long-métrage. Elles appuient bien sûr la visite du Derelict, mystérieux vaisseau extraterrestre abandonné qu’une partie de l’équipage du Nostromo visitera à ses risques et périls. Si Scott montre qu’il a sa propre idée sur ce que constitue le vaisseau et son intriguant pilote surnommé depuis le Space Jockey, le film n’en dévoilera aucunement l’origine. En laissant dans l’ombre cet élément de l’histoire, la monstruosité qui naîtra suite à cette intrusion n’en deviendra que plus insaisissable et inquiétante. Néanmoins, tout ceci restera une source gigantesque de frustration pour nombre de fans. Les propos du commentaire sont bien trop minces pour combler tout ce qu’évoque cette séquence. De la manière dont il en parle, on sent un Ridley Scott qui a de la suite dans les idées que ce soit pour redéfinir sa créature (l’alien comme arme destruction massive donc) ou exploiter sa signification (on notera l’insertion mythologique dans la citation). D’une certaine manière, ça n’était qu’une question de temps avant que lui ou un autre ne se penche sur la question. En conclusion des bonus du coffret encyclopédique édité en 2003 revient la question d’un potentiel cinquième épisode. Pratiquement tout le monde répondra en évoquant le potentiel inexploité du Derelict et du Space jockey.

L’annonce d’une prequel s’aventurant enfin dans ce domaine avait de quoi enthousiasmer, surtout avec Ridley Scott à la barre. A la suite de cette annonce, il suivra toutefois une suite de corrections pour le moins perturbantes. Le film nommé Prometheus (la référence mythologique est définitivement incontournable pour Scott) ne sera pas lié à la série Alien mais marquera le départ d’une nouvelle franchise. Puis, on rajoute plus tard que le long-métrage sera connecté à l’univers Alien. On s’y perd un peu jusqu’à ce que les premières images débarquent et dévoilent des architectures fortement familières. Du coup, on se demande pourquoi avoir tellement fait la girouette. En tout cas, tout ceci sera raccord avec un plan promotionnel savamment perturbant. On aura ainsi commencé avec des teasers aux images aussi impressionnantes et énigmatiques vendant de la SF raffinée et intelligente pour finir avec des affiches et des bandes-annonces dévoilant de la SF à la teneur plus bourrine. Une évolution du marketing qui synthétise le sinistre renversement de valeurs auquel on va assister.

Qu’est-ce qu’Alien ? A la base, un projet de série B flirtant avec le Z. Nommé Starbeast dans ses premières montures (quitte à se la jouer bis…), le scénariste Dan O’Bannon pense le réaliser lui-même et cherche à obtenir quelques milliers de dollars pour le tourner dans un hangar. Sans considérer son travail comme médiocre, O’Bannon semble conscient que son pitch n’est pas le plus innovant du monde et que c’est surtout la scène de l’accouchement qui assure le potentiel vendeur du projet. Ce qui fera d’Alien un grand film, c’est qu’il bénéficiait d’une parfaite conjoncture. Avec le succès de Star Wars, les majors sont prêts à débloquer des fonds pour tout projet de space opera. L’ambition est revue à la hausse par rapport à ce qu’imaginait O’Bannon. S’implique alors une kyrielle de personnes talentueuses que se soit Scott donc ou H.R. Giger, Ron Cobb, Jerry Goldsmith et tant d’autres. Le projet minimaliste devient une expérience grandiose saturant tout nos sens. Minimaliste, Prometheus ne l’est aucunement dans ses prémisses. Son pitch n’a rien de misérable, bien au contraire. Il est ambitieux et excitant. Pensez donc, un film qui parle de la recherche de l’origine de l’humanité, de sa raison d’être, de sa potentielle destruction et sur lequel plane l’ombre du mythe de Prométhée. Logiquement, une telle histoire attend un traitement d’excellence reliant quêtes existentielles, réflexions scientifiques et enjeux titanesques avec pertinence. Or, on est bien loin du compte.

C’est là que se trouve le grand drame de Prometheus qu’un certain nombre de défenseurs du film n’a pas compris. Face à des critiques souvent violentes, ils répondent qu’après tout Alien fonctionnait de la même manière et que personne ne trouvait à redire. Sauf que comme exposé plus haut, l’histoire d’Alien ne partait avec aucune carte en main. On est donc beaucoup plus enclin à pardonner des charnières narratives discutables face à la virtuosité dans laquelle elles sont proposées. Prometheus ne peut bénéficier de ce genre de raisonnement car il se pose d’emblée avec des prétentions demandant à être satisfaites. Face au film, on se sent comme invité dans un grand restaurant dont la carte fourmille de mets attrayants. Mais quant arrive l’assiette, on ne nous sert qu’une conserve. Attentes mal placées ? Disons surtout parfaite inadaptation des mécanismes narratifs. Prequel, spin-off, nouvelle franchise… au bout du compte, les scénaristes Damon Lindelof et Jon Spaihts ont développé leur histoire vers un remake d’Alien. Il ne s’agit bien sûr pas d’un remake stricto sensu mais d’un remake dans sa manière de récupérer nombre d’artifices et de coller à une structure existante. Du réveil de la cryogénisation à l’ultime acte où l’héroïne devra affronter une dernière fois la bête dans un environnement considéré sécurisé, le film multiplie un jeu d’échos avec son aîné. La visite du vaisseau extraterrestre, l’attaque du facehugger, le comportement pas bien catholique de l’androïde, la mise à mort simultanée d’une bonne partie de l’équipe…

Les renvois stupéfient par leur paresse d’esprit, allant jusqu’à nous refaire la célèbre scène de l’accouchement (avec une césarienne pour jouer la carte de l’originalité). Or, à la manière dont le rythme lent des premières scènes avec David semble forcé, ces mécanismes fonctionnant pour Alien ne sont aucunement propices à un film comme Prometheus. Alien ne se voulait qu’une puissante expérience émotionnelle. Prometheus appelle lui à la réflexion sur les thématiques qu’il soulève. En conséquence, on caresse la part intellectuelle du spectateur. On le pousse moins à l’implication qu’à l’analyse. L’histoire avance d’ailleurs avant tout par les dialogues et non les images. De ce fait, on rend le spectateur plus apte à considérer les incohérences du récit (Shaw qui s’incruste pépère dans la visite vers « Dieu ») et la maigreur des personnages. Purement archétypaux dans Alien, ceux-ci assuraient juste avec charisme leurs rôles de véhicule émotionnel selon les situations. Ici on se retrouve plutôt dans Sphere avec ses brillants scientifiques tentant de nous convaincre de la profondeur de leurs réflexions alors qu’ils se comportent comme les derniers des idiots. Un côté antithétique qui, allié avec le manque de vie des personnages, assure leur inexistence. Seuls les personnages interprétés par les plus talentueux des acteurs principaux (Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron…) arriveront à marquer pendant que les autres passeront et disparaîtront (à moins de tenir des comptes, impossible de savoir qui meurt lors de l’attaque dans la soute).

Il ne s’agit pas là de descendre Prometheus parce qu’il ne se hisse pas au niveau d’Alien ou même qu’il soit une mauvaise réplique de son aîné. On descendra Prometheus au contraire parce qu’il impose cette filiation dont il n’a pas besoin et qui ne fait que rajouter des problèmes à une écriture déjà inadéquate. Peut-être que si il avait été véritablement décidé de créer une nouvelle franchise, les auteurs auraient compris qu’ils devraient réfléchir sur ce qu’ils proposent et ne pas jouer juste la carte de la référence. Car on a beau évoquer le mythe de Prométhée et l’illustrer par moult conflits entre le père et ses enfants, il faut savoir relier le tout et l’inscrire dans un plan qui, à défaut de faire sens, amplifie les émotions. Peut-être alors que l’on aurait pu apprécier ce spectacle bête et méchant s’étirant péniblement en longueur. On serait alors sorti avec une impression autre que celle d’un divertissement joliment manufacturé avec ses décors souvent impressionnants, ses magnifiques paysages, ses superbes effets spéciaux et ses quelques moments de mise en scène bien ficelés (la manière de faire ressentir la proximité de la menace lors de la scène d’accouchement). Nul doute qu’on nous promettra une suite encore plus fabuleuse et intelligente. A charge à chacun d’accepter ces promesses en fonction du niveau de son réservoir à crédulité.

4 Comments

  • nash Says

    Bien d’accord sur les gros défauts de ce mashup mal digérés où le côté mauvais remake d’Alien domine fortement. Même si j’ai bien aimé le film visuellement, le scénar est trop raté et on reste à la sortie sur des non-réponses, des invraisemblances et un trop grand nombre de personnages inutiles qui ne sont là que pour faire le nombre (de morts).Pour moi seul les personnages (biens copiés tout de même) de Noomi Rapace et Michael Fassbender sauvent le film, ce qui m’amène à ma question : que trouves-tu de marquant à celui de Charlize Theron ? Elle n’apporte rien au film (à part de faire plaisir au capitaine en lui faisant quitter les écrans) et son point d’orgue du film, la scène avec Weyland, étant  assez ridicule avec son faux twist que l’on voyait arrivé et dont on se fout royalement. Étant de ceux qu’elle ne laisse pas insensible, je comprends que tu aies pu te laisser à aller à essayer de la sauver bien sur :)C’est pas cet échec qui va me convaincre de comment de regarder Lost en tout cas !

    • @nash : ben pour Theron, c’est exactement ça. C’est une belle blonde rayonnante et ça suffit mon bonheur. En faite au niveau des acteurs, je voulais surtout dire que c’est que c’est leur charisme propre qui fait qu’on se souvient un tantinet des personnages. Si un acteur moins brillant que Fassbender avait écopé du rôle du David, celui-ci ne m’aurait probablement pas intéressé. Son statut vis-à-vis des hommes et ses « émotions » liées à cette position sont tellement mal torchés au niveau de l’écriture que je ne vois pas comment on peut y accrocher. C’est uniquement la manière dont Fassbender l’investit, use de son physique et de sa gestuelle qui permet de le rendre captivant. Lui comme Rapace, Theron et Elba ont une présence naturelle qui capte le regard et qui du coup fait que j’accepte bien volontiers de les accompagner dans leur périple (tout aussi chiant soit il).

  • J’ai personnellement amplement trouvé mon compte dans Prometheus. Adorant Alien, le huitième passager, j’ai retrouvé tout ce que j’aimais dans le nouveau film de Ridley Scott. Le metteur en scène offre tout d’abord un film au visuel particulièrement saisissant. Les images sont d’une beauté hallucinante, inversement proportionnelles aux horreurs qui se passeront sur la planète. Prometheus apporte de nombreuses réponses, notamment en ce qui concerne ce vaisseau. Après je te rejoins peut-être sur la caractérisation des personnages (peut-être trop nombreux ?). Néanmoins, Noomi Rapace et Michael Fassbender héritent de personnages intéressants, à l’instar de l’excellente Charlize Theron qui n’a malheureusement pas bénéficié d’un personnage bien étoffé. Les scènes intenses s’enchaînent (l’accouchement forcé est tout de même franchement efficace !) et le final laisse place à une toute nouvelle franchise, avec de nouvelles questions. J’ai hâte de voir la suite.

  • Super article. Je te conseille, si tu ne l’as pas déjà fait, d’écouter l’émission de mauvais genres sur Alien :)http://www.franceculture.fr/emission-mauvais-genres-alien-la-saga-2012-06-02

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