Open Windows

REALISATION : Nacho Vigalondo
PRODUCTION : Apaches Entertainment, SpectreVision
AVEC : Elijah Wood, Sasha Grey, Neil Maskell, Carlos Areces, Michelle Jenner, Nacho Vigalondo
SCENARIO : Nacho Vigalondo
PHOTOGRAPHIE : Jon D. Dominguez
MONTAGE : Bernat Vilaplana
BANDE ORIGINALE : Jorge Magaz
ORIGINE : Espagne, Etats-Unis
GENRE : Thriller
DATE DE SORTIE : 7 janvier 2015
DUREE : 1h45
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Nick est un homme comblé : ce soir, il dîne avec Jill Goddard, la plus sexy des actrices, grâce à un concours en ligne. Mais au dernier moment, la star annule. Dans la soirée, un homme mystérieux contacte Nick et lui propose d’espionner son idole via son ordinateur. En acceptant, Nick se retrouve pris dans un terrible engrenage…

Des concepts, il en existe plein au cinéma. Il en existe même trop, pourrait-on dire. Surtout ceux qui n’arrivent jamais à s’assumer comme tels et à tenir la distance sur la durée d’un long-métrage. Dans le cas du found footage, concept épuisé par excellence, on pensait la question réglée, surtout au vu d’une poignée de tâcherons s’étant appliqués à entretenir une flamme mercantile pourtant éteinte depuis longtemps. De son côté, le réalisateur espagnol Nacho Vigalondo a trouvé une parade très stimulante : le « film-ordinateur ». Un concept pour le coup extrêmement osé, visant à suivre toute l’action d’une intrigue de thriller à partir des fenêtres ouvertes sur un seul et même écran d’ordinateur, avec tout ce que cela implique de zooms avant et arrière, de multiplications de points de vue, de changements radicaux sur les perspectives filmiques et graphiques (de la webcam à YouTube en passant par le téléphone portable et les caméras de surveillance, la liste est vaste !), ou encore de plans malsains destinés à titiller – voire à mettre à mal – la fibre voyeuriste du spectateur (la présence de l’ex-pornostar Sasha Grey au casting était un très joli appât).

Il est évident qu’un tel concept aurait de quoi faire bander Brian de Palma, surtout lorsqu’il s’agit de rejouer le schéma classique de la phobie résultant de la multiplication des caméras au sein du quotidien, voire la crainte de voir sa propre image fragmentée au sein du cyberespace. Et si Vigalondo a su prendre l’idée à bras-le-corps, il ne s’est surtout pas gêné pour l’installer dans une intrigue-gigogne qui, pour le coup, s’affranchit de toute vraisemblance. A première vue, le scénario semble on ne peut plus basique : situé initialement dans une chambre d’hôtel, Nick Chambers (Elijah Wood), bloggeur benêt et vainqueur d’un concours offrant une soirée avec l’actrice de films d’action Jill Goddard (Sasha Grey), voit son ordinateur pris en otage par un mystérieux hacker nommé Nevada, résolu à se servir de lui par écrans interposés afin de kidnapper l’actrice. A partir de là, le héros, collé en permanence à son PC portable, se voit contraint de passer d’un décor à l’autre et de rester actif via le cyberespace pour se sortir d’une situation de plus en plus complexe. Parler de complexité est même un euphémisme, puisque le récit se construit ici en effet domino, faisant vite intervenir une histoire de guerre entre hackers, et jusqu’à un troisième acte qui choisit malicieusement de briser le concept de départ en revenant à une vue subjective, qui plus est avec un autre point de vue (on n’en dira pas plus).

Mais avant cette dernière demi-heure, tout le film se déroulera donc au travers d’un système de découpage inédit, où l’œil de la caméra jouit du cadrage et du zoom sur un système d’exploitation composé de multiples fenêtres imbriquées les unes sur les autres. Fort heureusement, l’astuce n’est pas qu’un gadget graphique visant à détourner les habitudes de montage. Elle offre surtout une autre perspective sur la conception du split-screen : la façon de capter plusieurs actions simultanées (quoique…) et reliées les unes aux autres s’incarne pour la première fois dans un protocole visuel relié au contemporain, la gestion des formats d’images permet de redynamiser (en temps réel et en écrans fragmentés) des scènes aussi classiques qu’une évasion ou une poursuite en voiture, et même la scène d’ouverture (un film projeté sur un écran de cinéma, lui-même filmé et capté à travers la vidéo d’un site web) installe déjà l’idée d’un montage où notre œil va devoir démêler le vrai du faux en jouant aux poupées russes. Sans parler de la présence d’un psychopathe fétichiste et masqué comme celui de The Collector, qui donne presque au film l’allure d’un giallo rebooté à l’ère du numérique.

Ayant gardé le très réussi Timecrimes en mémoire, on était resté familier de la maîtrise de Vigalondo pour pousser une idée vers de vertigineux retranchements où le sens et la fonction de toute chose finit par être décuplée et/ou inversée. La logique est ici la même, et d’un bout à l’autre de son récit dingue, le réalisateur ne laisse donc rien au hasard dans l’exploitation des multiples formats d’image et entretient l’illusion par un sens diabolique du montage, quitte à ce que l’intrigue parte dans tous les sens. A ce titre, c’est assurément le troisième acte qui risque de faire débat, surtout en raison d’une enfilade de twists incongrus, voire carrément invraisemblables au premier regard, qui prennent pourtant tout leur sens si l’on revoit attentivement le film. Dans notre cas, on concèdera volontiers à cette intrigue le droit de se laisser aller à quelques facilités tant que celles-ci s’inscrivent dans la logique du concept initial. Et si l’on part de l’idée que le film sert avant tout de reflet ludique au système de révélation/dissimulation généralisé par le biais d’Internet, les audaces graphiques de Vigalondo suffisent sans difficulté à abattre tout reproche.

L’univers d’Open windows a beau se décrire comme une suite de lieux interchangeables (conventions de fans, chambres d’hôtel luxueuses, usines délabrées…) où le dialogue face-à-face aide à faciliter le feedback, il est avant tout parasité par un nouveau langage, celui du virtuel, qui installe le désordre par la force des choses. En témoigne la scène la plus dérangeante du film, où Nick, menacé par le hacker, tente sous contrainte de suivre les indications de ce dernier en incitant Jill à jouer l’effeuilleuse lascive devant son écran : chaque erreur venant de lui ou d’elle pousse le hacker à envoyer une décharge électrique à l’agent de Jill, et cet acte horrible, visible de chaque côté dans une fenêtre vidéo, se voit appréhendé différemment par Jill et Nick (la première ne sait même pas qui est à l’origine de cet acte, contrairement au second qui se voit forcé de jouer le mauvais rôle). Et au travers d’une scène finale où tout devient fenêtre, image, miroir, fragment, et ce jusqu’aux propres corps d’Elijah Wood et de Sasha Grey, Vigalondo fait de l’humain et de son décor une entité aussi virtuelle et fragmentée que peut l’être un simple ficher informatique. Tout est (re)lié.

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