Annecy 2013 : Le bilan

Nous aurions aimé assister à des WIP, faire un tour au marché du film et écouter des cinéastes parler de leurs œuvres aux midis du long ou aux p’tits dej du court. Malheureusement, nous aurons eu la main trop lourde sur les films et nous serons contentés, avec un immense plaisir, de plusieurs avant-premières. Mondiales, pour certaines d’entre elles, excusez du peu. Retour sur notre festival international du film d’animation d’Annecy 2013.

Premier bilan et non des moindres : les meilleurs films que nous avons vu sont des courts-métrages. Nous en avons parlé il y a quelques jours, Get a horse en fait partie. Le projet jusque là mystérieux de Disney aura su enthousiasmer une salle des Haras pleine à craquer par son inventivité et la surprise liée à sa découverte totale, puisque présenté pour la toute première fois à un public extérieur aux studios. Un enthousiasme qui n’aura malheureusement pas accompagné tous les courts-métrages découverts lors de ce festival. Comme souvent, il aura fallu supporter le calvaire de certaines œuvres tantôt autistes, tantôt prétentieuses dans la mesure où comme tout le monde le sait, un film de dix minutes ou moins ne doit rien raconter, se prendre impérativement au sérieux et, bien évidemment, être le plus laid possible. Parmi la sélection à laquelle nous avons assisté, ils ne sont donc que trois à nous avoir sorti de notre état comateux, dont celui pour lequel nous étions présents. Ainsi Kick-heart, dernier court-métrage en date de Masaaki « Mind game » Yuasa et dont la particularité aura été d’être financé par une campagne Kickstarter, se sera révélé à la hauteur de ce que nous attendions de lui. Première œuvre de la sélection à se dire que les couleurs, c’est quand même sympa, le court regorge d’idées visuelles forcément improbables et aura marqué les esprits par son humour, son rythme infernal et sa personnalité. Ça tombe bien, on n’en attendait pas moins. Moins délirants mais tout aussi drôles ou ambitieux, le hollandais History of pets et le canadien A girl named Elastika auront su élever le niveau de la séance. Une préférence pour le second, élaboré avec plus de dix mille photos pour de la stop motion de qualité à base… d’élastiques et de punaises.


La transition est donc toute trouvée pour évoquer l’un des meilleurs longs-métrages de la sélection officielle. On le pressentait lors de l’annonce de notre programme, L’apôtre promettait d’être l’un des films les plus ambitieux de la compétition. Réalisation ultra-soignée, stop motion de qualité et atmosphère inquiétante viendront très vite confirmer notre impression initiale. Problème, le film aime prendre son temps, sans doute trop dans sa propension à faire errer son personnage principal dans de pourtant superbes décors. Au final, si le film de Fernando Cortizo fait donc dans le fantastique de qualité, il se révèle surtout frustrant à force de virer au film de couloirs qui se sait mystérieux et tient à le rester. Pas de quoi l’oublier pour autant. On en fait même clairement l’un de nos favoris pour le cristal du long-métrage, a l’instar du joli Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill. Sans doute trop peu ambitieux dans sa mise en scène pour mériter pleinement le prix, cette adaptation de la BD éponyme a suffisamment d’atouts pour se faire une place dans le palmarès. A moins que le prix du public vienne récompenser une œuvre largement applaudie lors de sa première projection. Car à vrai dire, nous ne voyons guère d’autres concurrents à la taille des deux longs pré-cités. Bien sûr, nous avons aimé l’anime Berserk l’âge d’or : La bataille de Doldrey et apprécié le brésilien Uma historia de amor e furia. Mais l’animation perfectible du premier et la structure narrative du second pourraient tout-à-fait se révéler rédhibitoires. Que dire également des deux hystériques de la compétition que sont Legends of Oz : Dorothy’s return et Khumba ? On ne mise pas un avion en papier sur ces deux nouveaux représentants de la tendance actuelle voulant qu’un film d’animation en images de synthèse se révèle à la fois bruyant et surexcité. Un constat sans doute moins valable pour le premier que pour le second mais qui dans le cas de ce dernier, en fait l’un des métrages les plus exaspérants vus cette semaine. C’est bien simple : personnages laids et débiles pour concours de blagues débiles, et au final un traitement aléatoire des enjeux de départ. Et zéro sourire. Ah si, à un moment y a un putois qui pète. C’est rigolo un putois qui pète.
Toujours plus agréable en tout cas que la moindre seconde de l’anecdotique Jasmine qui, pour rester poli, aura sans doute payé le prix de notre fatigue. À moins que le film d’Alain Ughetto, qui partage son temps entre des gros plans sur la main du réalisateur en train de façonner des personnages – très laids mais tu comprends c’est minimaliste c’est métaphorique c’est de l’art – et l’animation de ceux-ci, ne nous ait perdu dés l’instant où il a décidé de raconter son histoire en voix off sans jamais compter sur l’image.

Bref, si deux films ont les faveurs de nos pronostics, pas un seul n’enterre sa concurrence. Même son de cloche hors compétition, jusque dans la médiocrité puisqu’aucun des films découverts ici ne s’est révélé significativement plus mauvais, ou en l’occurrence moins bon, qu’un autre. Pas même One Piece Z dont la réception, on le disait déjà dans notre critique, dépendra essentiellement du public, amateur du manga et/ou de la série TV et /ou des films précédents ou non. Moins mémorable que les autres en revanche, Gusuko Budori no Denki l’est assurément. Oui, c’est très beau mais quand l’envie vous prend de claquer un personnage, c’est qu’il y a un souci quelque part. Pas chez Aya de Yopougon en tout cas, dont le principal défaut est en fin de compte de s’en tenir à une transposition de deux des BD de la série éponyme, en lieu et place d’une réelle adaptation. C’est bien sûr autrement plus beau à l’écran, on rigole beaucoup et chaque personnage se montre des plus attachants. Mais il manque des enjeux forts au récit mis en images par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, qui en résout certains à mi-parcours avant d’embrayer sur autre chose. Des problèmes que ne connaissent pas les deux pétardés du bocal que sont After school midnighters et El Santos vs. La Tetona mendoza. Nous avons parlé du premier, pas du second sur lequel nous reviendrons longuement en temps voulu. C’est la moindre des choses face à ce long-métrage mexicain portant fièrement sa connerie en étendard et qui l’exploite au gré de délires trashouilles et bien vulgos du meilleur effet. La majeure partie du temps en tout cas puisque sa faille la plus évidente, en même temps que la plus prévisible, concerne son incapacité à tenir le rythme soutenu qu’il s’impose en termes de vannes et de folies visuelles. En l’état et à moins d’être allergique à son humour, il serait vraiment crétin de ne pas s’en contenter. A l’opposé se situe le frenchie Oggy et les cafards, le film, que son réalisateur Olivier Jean-Marie nous a fièrement présenté comme le résultat d’une production gaie et amusante. Soit à peu près tout le contraire du résultat final, qui cultive le paradoxe de multiplier suffisamment de trouvailles visuelles et sonores pour ne jamais ennuyer, tout en se montrant si gênant dans ses tentatives qu’on n’attend qu’une chose : qu’il se termine au plus vite. Comme dirait l’autre, ça risque de plaire aux enfants, beaucoup moins aux parents.

Et bien sûr, on vous a gardé le meilleur pour la fin ! Car bien qu’il ne soit pas un chef-d’œuvre, Sakasama no Patema, aka Patema Inverted, n’est ni plus ni moins que le meilleur long-métrage vu à Annecy cette année. On le doit à Yasuhiro Yoshiura, que vous connaissez peut-être comme étant le réalisateur de l’ONA Time of Eve. On restera concis du fait de sa sortie très tardive, ne serait-ce que dans son pays d’origine puisqu’il ne sera visible au Japon qu’en octobre, mais considérez deux mondes aux gravités opposées (façon Upside down, oui) et la curiosité trop prononcée de l’héroïne qui la fera débarquer dans celui opposé au sien. De ce postulat de départ, Yoshiura joue bien sûr sur les opposés aussi bien thématiquement (garçon/fille, émotions/ordre et loi, tout l’enjeu résidant évidemment dans l’évolution de leur opposition initiale) que visuellement. Yoshiura profite des spécificités du médium animation pour orchestrer de jolies et cohérentes pertes de repères, autant que pour mettre en images de brillantes idées jouant sur la gravité : le fait que l’adolescent Age s’accroche à Patema, plus légère que lui et donc coup sur coup attirée vers le haut ou le bas, selon le point de vue et la gravité, lui permet tout simplement de faire des sauts gigantesques et de voler temporairement. S’il n’est, on l’a dit, pas parfait (le bad guy à la voix grave qui sourit pour un oui ou pour un non, on va dire que ça commence à lasser gentiment), Sakasama no Patema reste un excellent film de science-fiction, émouvant et aux influences multiples. Nous avons pu discuter une bonne heure avec son réalisateur suite à la séance : gardez juste en tête qu’un cinéaste qui cite Bienvenue à Gattaca, Isaac Asimov, Philip K. Dick, Moebius ou… Megaman, ne peut pas être un mauvais bougre. Espérons juste que le public français puisse le confirmer lui-même avant 2034.

Voilà, cette édition du festival international du film d’animation d’Annecy s’achève ici ! On remercie bien entendu l’ensemble des organisateurs pour ces quelques jours savamment préparés, les différents réalisateurs venus nous faire la surprise de leur présence ainsi que tous les sympathiques festivaliers qui ont su mettre une sacrée ambiance à chacune des projections. Il ne s’agissait pour nous que d’une première, mais sachez que l’on y sera l’an prochain, pour sans doute moins de films mais plus de diversité éditoriale. Nous reviendrons d’ici là, progressivement, sur chacun des films présentés en compétition et en dehors. À dans un an donc, si vous le voulez bien.

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