Thor

REALISATION : Kenneth Branagh
PRODUCTION : Marvel Studios, Paramount Pictures
AVEC : Chris Hemsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins, Tom Hiddleston, Stellan Skarsgård, Idris Elba
SCENARIO : Zack Stentz, Don Payne, Ashley Edward Miller
PHOTOGRAPHIE : Haris Zambarloukos
MONTAGE : Paul Rubell
BANDE ORIGINALE : Patrick Doyle
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Super-héros, Action, Adaptation
DATE DE SORTIE : 27 avril 2011
DUREE : 1h54
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Au royaume d’Asgard, Thor est un guerrier aussi puissant qu’arrogant dont les actes téméraires déclenchent une guerre ancestrale. Banni et envoyé sur Terre, par son père Odin, il est condamné à vivre parmi les humains. Mais lorsque les forces du mal de son royaume s’apprêtent à se déchaîner sur la Terre, Thor va apprendre à se comporter en véritable héros…

En fondant son propre studio de production, Marvel avait fièrement annoncé son indépendance et un avenir où les œuvres de son giron seraient désormais pleinement respectées. On peut se demander aujourd’hui où tout ceci nous a mené. L’objectif de la boîte est pourtant clair ces dernières années. En reliant ses films entre eux par des systèmes de référence et l’utilisation de personnages récurrents, le studio tente de créer un univers global digne de son homologue sur papier glacé. Un projet ambitieux mais qui débouche sur quoi au bout du compte ? Une série de longs-métrages formatés plus (L’incroyable Hulk) ou moins (Wolverine) agréables à suivre. En se cachant derrière l’argument d’un film concert à venir (The Avengers de Joss Whedon, projet qui commence enfin à prendre forme), Marvel n’a pas utilisé sa nouvelle position pour faire falloir la vision de cinéastes sur les super-héros de son catalogue. Depuis trois ans, il se contente d’engager des réalisateurs qui ne désirent ni dépoussiérer avec pertinence des figures connues (Bryan Singer sur X-men), ni déclarer leur amour profond pour la culture pop (Guillermo Del Toro sur Blade II) et encore moins expérimenter sur le média d’origine (Ang Lee sur Hulk). A la place, il faut se contenter d’un inerte Jon Favreau ou d’un Gavin Hood oscarisé qui semblent juste là pour donner une caution auteuriste au blockbuster estival. Le choix de Kenneth Branagh pour mettre en scène Thor s’inscrirait d’ailleurs dans cette même logique.

Qu’est ce que Branagh a pu apporter à l’entreprise ? Vu le résultat, on est en droit de se poser la question. Probablement pas grand chose avons-nous envie de dire. La présence de l’acteur/réalisateur shakespearien semble juste là pour convaincre le spectateur qu’il est bien face à une grande fresque dramatique faite de déchirements familiaux. Mais c’est un subterfuge tout juste bon pour convaincre ceux qui ne jurent que par les dossiers de presse. Il est tout à fait impossible de se laisser emporter par les ressorts d’une tragédie éculée au possible. Ah, quelle matière il y avait là avec une histoire où se heurtent conflit avec le père, trahison fraternelle, course pour le pouvoir, bannissement et quête du héros de l’essence de sa propre grandeur ! Des intrigues tournant autour de la relation entre quelques personnages mais qui déterminent le sort du monde. Du fait d’enjeux sous-jacents immenses, ces ficelles narratives nécessitent en conséquence qu’on les assène avec poigne et un sentimentalisme presque outré. Alors que Branagh n’a jamais hésité auparavant à verser dans une hystérie limite caricaturale, Thor étonne par son côté assagi fort ennuyeux. Les rebondissements de la tragédie nous sont assénés avec mollesse dans des discussions dénuées de tension et où les actes les plus tourmentés sont expédiés sans aucune forme de préoccupation dramaturgique (voir ce parricide traité comme une banale exécution de sbire). Thor est incapable de rapprocher des relations à petite échelle avec leurs conséquences à grande échelle, ce qui au bout du compte donne cette impression de film étriqué. Les scènes d’action sont d’ailleurs régulièrement circonscrites à des environnements réduits (un pont, la ruelle principale d’une ville de campagne, une petite base composée de tunnels en plastique) et on se pique régulièrement à rechercher où se trouve l’ampleur d’une production pourtant si riche.

Car il y a de l’argent à l’écran et pas qu’un peu. Le seul mérite du film tient à cette technique industrielle rodée et professionnellement exécutée. Les décors mis au point par Bo Welch (Batman Returns, Men in Black) sont bien fignolés, les costumes sont impeccablement taillés, les effets spéciaux sont absolument remarquables et arrivent lors de certains money shots spectaculaires (la destruction d’une partie du monde des glaces, seul véritable moment d’intensité en deux longues heures de spectacle) à nous faire croire à la grandeur du divertissement. Mais Branagh ne semble pas prendre à cœur d’en exploiter les possibilités. En interview, l’auteur de Dead Again botte en touche lorsqu’on évoque la nécessité pour lui de s’inscrire dans l’univers Marvel. Il déclare qu’il n’a eu aucun autre souci que de faire juste un film se suffisant à lui-même. Si le film a certes le mérite d’offrir un arc narratif complet (pas d’enjeux laissés en suspens à part l’inévitable ouverture sur une potentielle suite), difficile de croire qu’il ait pu s’atteler à la production sans restriction. Le professionnalisme des techniciens devient moins un outil pour satisfaire les choix du cinéaste que pour remplir les exigences du studio. Qu’importe ainsi la qualité artistique de l’objet tant que les ingrédients nécessaires au succès public sont présents. Qu’il soit frais ou pourri, cela n’a semble-t-il guère d’importance. Par exemple, il faut de l’humour au film. Les quiproquos liés à l’idée de plonger un Dieu dans le monde des mortels constituent le parfait moyen en cela. ça n’est pas nouveau mais cette mécanique a fait ses preuves. Sauf que voir notre héros mythologique se faire écraser par une camionnette (deux fois !), rétamer par un taser et faire la grimace lorsqu’on lui plante une seringue dans le derche, ça n’est plus tant de la comédie que de la moquerie pure et simple pour ce que représente le personnage. Un triste traitement qui n’est pas isolé malheureusement (plus embarrassant sera de voir le grand Odin, père de toutes choses, choper une crise cardiaque sous le coup de l’émotion) et qui est fort triste pour un film ayant l’opportunité de fédérer une nouvelle audience aux joies de la mythologie.

Avec sa 3D inutile rendant pratiquement illisible les scènes dans la pénombre (il faudra vous forcer pour distinguer ne serait-ce que le contour des personnages lors des passages dans le monde de glace), Thor pourrait s’apparenter à la production la plus désincarnée commise par Hollywood depuis La Planète des Singes de Tim Burton. A l’exception de ce cas, on a rarement vu dernièrement un tel investissement de moyen pour un sujet si passionnant et si délaissé.

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