Planet Hulk

REALISATION : Sam Liu
PRODUCTION : Lionsgate, Marvel Animation, MLG Productions 8
AVEC : Rick D. Wasserman, Lisa Ann Beley, Mark Hildreth
SCENARIO : Greg Johnson, Craig Kyle, Joshua Fine
MONTAGE : George Rizkallah
BANDE ORIGINALE : Guy Michelmore
ORIGINE : USA
GENRE : Action
DATE DE SORTIE : 10 août 2010
DUREE : 1h21
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Exilé par le conseil de l’Illuminati vers une planète isolée où il ne sera plus un danger potentiel, Hulk échoue sur un monde hostile et en pleine guerre. Il y deviendra un grand gladiateur, avant de mener une révolte contre un empereur sanguinaire…

Interrogé sur l’éventualité d’un film centré sur Hulk, l’acteur Mark Ruffalo a été catégorique : il n’y a aucun projet en cours à ce sujet. Officiellement, c’est lié au fait qu’Universal détient une partie des droits cinématographiques du personnage et ne serait pas prêt de s’entendre avec Marvel Studios. Cependant, on peut considérer que cette raison en dissimule une autre. Après tout, Marvel Studios et Sony sont bien arrivés à un accord en ce qui concerne Spider-man. Ne serait-il pas possible d’obtenir un partenariat similaire pour Hulk ? L’obstacle déterminant est peut-être tout simplement qu’Hulk n’est pas Spider-man ; si le géant vert est populaire, les deux long-métrages qui lui ont été consacrés sont un peu les canards boiteux de la famille. En premier lieu, il y a le film d’Ang Lee (http://www.courte-focale.fr/tag/ang-lee/)réalisé en 2003. Plutôt que de se conformer à ce que le public sait du personnage, le cinéaste chercha à tordre ses origines pour revenir aux sources (Dr Jekyll & Mr Hyde, Frankenstein, La Belle Et La Bête), une démarche qui conduit à faire de l’entreprise un laboratoire d’expérimentation pour amener le langage des comics vers le média cinématographique. Aujourd’hui encore, le résultat divise. Mais par dessus tout, ce grand film malade a connu un succès timide au box-office, recouvrant juste son budget sur le sol américain. En 2008, L’Incroyable Hulk de Louis Leterrier fait une prestation équivalente et reste à ce jour la production la moins rentable du Marvel Cinematic Universe. Un comble pour un long-métrage s’éloignant de son prédécesseur par l’élaboration d’un divertissement plus conventionnel (n’en demeurant pas moins un des plus efficaces du MCU). De quoi mettre sur la touche cette nouvelle incarnation, le désistement d’Edward Norton pour la suite de l’aventure Marvel appuyant son statut d’anomalie. On peut ainsi comprendre le manque de motivation du studio pour pondre un film Hulk. S’il y a un besoin impérieux de faire des films Spider-man, c’est qu’il y a toujours la perspective de réitérer le gigantesque succès de la trilogie signée par Sam Raimi. Pourquoi avoir honte d’afficher son poli désintérêt à miser sur un cheval perdant ?

Pour autant, si la question d’un film Hulk revient sur le tapis, c’est qu’au moins une partie du public le désire. Enfin, c’est surtout qu’une partie du public a une idée très précise en tête. Cette idée, elle se nomme Planète Hulk. Cette adaptation du comics de Greg Pak nourrit en effet un certain nombre de fantasmes, en tout cas, assez pour que des fans conçoivent un planning fictif des sorties Marvel dans lequel il figurerait. Il faut admettre que ce comics offre une proposition de spectacle des plus enthousiasmantes. Définitivement désemparés face au caractère destructeur et incontrôlable d’Hulk, c’est le cœur lourd que plusieurs super-héros décident de régler ce problème une fois pour toutes. Leur plan : exiler le colosse sur autre planète. Toutefois, Hulk détruit dans sa colère le vaisseau spatial et dévie celui-ci de sa trajectoire. Au lieu d’atterrir sur une planète verdoyante et dépeuplée, il s’écrase sur Sakaar.

Affaibli par le crash, Hulk est rapidement capturé et réduit à l’état de gladiateur. Un état qui évidemment ne lui plaît guère et il entend utiliser toute sa force pour retourner à sa paisible solitude, ce qu’il entreprend sans en mesurer les conséquences. En effet, qu’il le veuille ou non, Hulk n’est pas le seul aspirant à la liberté. Au fond des geôles, il doit cohabiter avec différents représentants des races de la planète. Pour ces derniers, la cohabitation n’est déjà pas aisée puisqu’il y a peu d’entente entre les peuples. Cette situation a favorisé d’ailleurs l’avènement du roi rouge qui dirige la planète en tyran. Par la force des choses, ils vont devoir s’unir et Hulk s’affirmer comme leur leader. De plus, ses exploits dans l’arène lui octroient les faveurs du public car celles-ci gagnent en importance lorsqu’il contraint par ses provocations le roi rouge à l’affronter et réussit à le blesser, égratignant sa puissante stature. En plus d’être perçu à travers une prophétie qui annonce la venue d’un sauveur et d’un destructeur de monde, Hulk se retrouve bien malgré lui à la tête d’une rébellion fédérant toutes les races. C’est probablement en cela qu’il est savoureux de voir un tel personnage dans cette configuration. Hulk est un être solitaire fuyant les responsabilités parce qu’il le veut mais aussi parce que le monde lui impose. En dépit de tout ce qu’il a pu accomplir, on ne voit en lui que le monstre colérique et son bannissement en est l’ultime preuve. En se drapant dans un mythe, le personnage Marvel se transforme et a l’occasion de trouver en lui beaucoup plus qu’une bête brute. Et par là, c’est le monde même qu’il va changer. Spartacus en mode SF/fantasy, Planète Hulk se propose comme une grandiose fresque épique.

Malheureusement, un tel projet semble difficilement envisageable avec la politique de Marvel Studios. Après presque une décennie, on sait très bien à quoi s’attendre avec ses productions. Sous prétexte de maintenir la cohésion de son univers, chaque film est formaté, balançant des intrigues génériques où les protagonistes sont interchangeables et s’interdisant la moindre spécificité esthétique. Planète Hulk n’aurait pas sa place dans cet étau puisque l’histoire trop individualisée s’ouvre sur un nouveau monde et bouleverse le devenir du personnage (quand bien même l’évènement World War Hulk qui suivra finira par y remettre de l’ordre). En somme, c’est une œuvre qui ne rentre pas suffisamment dans le moule et qui risque de ne pas créer l’adhésion du grand public au sens large. Néanmoins, si le confort du spectateur est une préoccupation majeure de Marvel, le studio sait également brosser le fan dans le sens du poil. C’est ainsi qu’un compromis est trouvé en incluant des éléments de Planète Hulk à Thor : Ragnarok. Un jeu du clin d’œil complice auquel Marvel nous a accoutumé et dont la fonction marketing ne se justifie guère par une pertinence d’écriture.

Reste l’alternative de la production animée : contrairement à Warner et DC, on ne peut pas dire que Marvel a su pleinement tirer partie de cette niche. On sent ici l’absence d’une grande tête pensante comme Bruce Timm. En 2006, Marvel Animation essaie pourtant de lancer une collection de longs-métrages défrichant le futur du MCU. Plusieurs années avant leurs homologues du grand écran, ont été soumis au petit des Ultimate Avengers, The Invincible Iron Man ou Doctor Strange. Les résultats ont été pour le moins inégaux mais Planète Hulk s’avère être une des tentatives les plus concluantes. Il convient alors de rappeler que si le comics Planète Hulk alimente les fantasmes filmiques des lecteurs, il ne faut pas non plus en avoir une image idéalisée. Car reconnaissons que ce dernier se montre très loin d’être à la mesure de son concept. Le principal reproche tient à l’écriture de Greg Pak ; particulièrement expéditif, le scénariste n’autorise aucune respiration à son récit. Il amorce régulièrement une idée puis passe à une autre au bout de quelques pages sans que la précédente n’ait eu le temps de déployer tout son potentiel. Cette inconsistance ruine l’envergure épique recherchée par l’œuvre. Nourrir le souffle d’héroïsme du récit ne veut pas dire enchaîner à toute berzingue les péripéties. Il naît par un sens de l’ampleur. Par là, il ne s’agit pas de comprendre le spectaculaire de l’action mais ce qu’elle signifie au-delà des évidences, au-delà du visible. Un combat entre deux personnages ne doit pas être juste un combat, il doit être l’expression de quelque chose de plus grand, que ce soit par rapport à ses répercussions sur le monde ou ce qu’il implique quant aux croyances et émotions de ses participants. Par son rythme trop pressé, Planète Hulk rabaisse tout cela au niveau du plus basique bourrinage. Pour être honnête, on doit dire que c’est une œuvre qui vaut plus pour ses intentions que pour ce qu’il délivre authentiquement.

Puisqu’il condensait l’intrigue sur quatre-vingt minutes, le film ne risquerait-il pas d’être doublement bâclé ? C’est omettre les possibilités du processus d’adaptation. Sachant très bien qu’il ne pourra pas tout inclure, le long-métrage fait sciemment le choix de sacrifier nombre d’élément du comic. Il va élaguer énormément du background de la planète Sakaar. Toutes les querelles entre les différentes races sont simplifiées. Par exemple, dans le comic, Miek découvrait que certaines populations réduisaient en esclavage ses congénères insectes. Cela amplifiait ses instincts revanchards qui auront des conséquences tragiques dans le futur royaume de paix gouverné par Hulk. Dans le film, Miek ne s’offusque pas en croisant les siens enfermés. Certes, le film abandonne la complexité de son univers. Mais le comics embrassant péniblement cette richesse, la perte est mince. Le gain de ce dégraissage est de pouvoir mettre en avant des points spécifiques et de leur donner la latitude nécessaire pour qu’il se développe comme il faut. C’est notamment le cas du personnage de Caiera.

Caiera2

Le bras droit du roi rouge bénéficie d’un traitement beaucoup plus soigné, le comics ne se permettait que trois pages de flashback pour conter son origine. Il n’y avait que quelques cases consacrées à son apprentissage, son affrontement contre son peuple contaminé par les piques et sa première rencontre avec le roi rouge. Ça n’était rien de plus qu’une information parmi tant d’autre n’ayant guère d’emprise sur le lecteur. Le film va lui en extraire une séquence plus longue et marquante. La scène est étirée et accompagne Caiera dans son combat contre sa famille transformée en monstre par les piques. La durée de la scène nous soumet à toute l’horreur de la situation. Celle-ci atteint son summum quand Caiera constate que sa sœur qu’elle protégeait dans ses bras mute à son tour. En vivant avec elle son traumatisme, on partage d’autant plus ses émotions, le poids de pouvoirs exceptionnels la condamnant à la solitude et ses responsabilités dans leurs utilisations. L’ajout trouve également son sens par la suite. Le roi rouge avouera (de manière précipité on l’accorde) à Caiera qu’il commande les piques, les lâchant sur la population pour les exterminer ensuite et asseoir sa propre légende. La révélation démolit ses convictions et cela s’illustre par une relecture de son trauma : Caiera tente de protéger un fillette lorsque le roi rouge ordonne le bombardement d’une ville qu’il a infecté de piques. L’effort est vain et, comme sa sœur auparavant, l’enfant meure dans ses bras. Bref, le personnage dispose désormais d’un vrai arc narratif clair et lisible.

On pourra dire la même chose de la notion de prophétie que le comics peine à énoncer de façon intelligible. La prophétie est introduite dans le film dès les premières minutes par le parallèle entre le crash du vaisseau d’Hulk et une prière d’un habitant de Sakaar. Par le format long-métrage, on est plus sensible à cet aspect bien que le resserrement de l’histoire n’a pas que du bon. En mettant de côté la description du monde de Sakaar, Planète Hulk ne se laisse pas d’opportunité pour montrer la vie de la population sous le règne du roi rouge et donc ce que la réalisation de la prophétie a de galvanisant pour elle. Si lisibilité il y a, c’est une autre paire de manche concernant l’ampleur (précisons que l’animation n’est pas non plus d’un très haut niveau). Là se trouve les limites de cette adaptation. Elle est apte à faire des choix insufflant une dynamique à l’histoire comme l’élimination des rares tentatives de Bruce Banner pour reprendre le contrôle sur Hulk. Cependant le processus aboutit sur un film qui ne peut vivre au-delà de la logique qu’il s’impose. C’est ainsi que le peu intéressant flashback de Korg se justifie par la présentation d’un nouveau personnage et cela nous ramène au passage sur les problèmes de droit relatif au catalogue Marvel. Planète Hulk est en effet dans l’impossibilité d’employer des figures comme Reed Richards ou le surfeur d’argent. La perte est maigre pour le premier, son retrait étant compensé par la mise en avant d’Iron Man (on a l’habitude maintenant). En revanche, l’éviction du second est plus problématique ; le héraut de Galactus est chargé d’une dimension et d’un passif qui fait écho à Hulk, le surfeur d’argent n’a-t-il pas obtenu ses pouvoirs et sauvé sa planète en se mettant au service du dévoreur de mondes ? Il y a là un renvoi au thème de la monstruosité qui ne se retrouve pas dans son remplaçant Beta Ray Bill. S’il offre une vision de divinité asservie, le Thor à tête de cheval ne dégage pas une aura comparable et son combat avec Hulk est moins riche de sens.

Toujours est-il que Planète Hulk conserve ce mérite d’être un film délivrant quelque chose de neuf et ne se limitant pas à un schéma préconçu. Aussi imparfaite soit-elle, l’expérience attise une sympathie que l’on éprouve de plus en plus difficilement envers le MCU. Peut-être cela changera-t-il si un jour il se mettait véritablement à exploiter l’imaginaire du genre qu’il souhaite servir.

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