La ligue des justiciers – Le trône de l’Atlantide

REALISATION : Ethan Spaulding
PRODUCTION : Warner Bros. Animation, DC Comics
AVEC : Matt Lander, Shemar Moore, Jerry O’Connell, Jason O’Mara
SCENARIO : Heath Corson
MONTAGE : Christopher D. Lozinski
BANDE ORIGINALE : Frederik Wiedmann
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Action, Animation, Super-Héros, Adaptation
DATE DE SORTIE : 05 mars 2015
DUREE : 1h12
BANDE-ANNONCE

Synopsis : La guerre fait rage entre les Atlantes et la surface terrestre et c’est en rejoignant uniquement la puissante Ligue des Justiciers qu’Arthur pourra éviter un désastre planétaire et embrasser finalement son destin : devenir Aquaman…


Aquaman hier…

Dans un groupe d’amis, il y a toujours quelqu’un qui joue le rôle de la victime. Tout le monde l’aime bien et il fait partie de la bande mais cela n’empêche pas de le charrier régulièrement. Faut dire qu’il a souvent la manie de donner le bâton pour se faire battre. Dans la prestigieuse ligue des justiciers, ce rôle incombe à Aquaman. En comparaison de ses confrères, le roi de l’Atlantide est globalement considéré par le public comme le vilain petit canard. Pour autant, depuis sa création dans les années quarante, plusieurs auteurs auront pris à cœur de donner à ce héros toute l’aura qu’il mérite. Bien qu’il ne fasse qu’une courte apparition, on gardera en mémoire son intervention dans l’incontournable Kingdom Come. Au sein des appendices, le scénariste Mark Waid considèrera même qu’il synthétise une part de sa démarche sur ce chef-d’œuvre :

Le plaisir d’écriture, absolu et continu, dans Kingdom Come consistait à placer, l’un après l’autre, les vieux personnages DC sous le microscope. A les sonder, les disséquer. A creuser jusque dans leur cœur, puis à les remonter, et dans l’intervalle, regarder sous un autre angle des personnages que, depuis trente ans, je croyais connaître. Aquaman est un bon exemple. Alex [Ross] ne tarissait pas d’éloge à propos de la réplique « tu as des centaines de champions disposés à défendre quelques arpents de terre. Je défends soixante-dix pour cent du globe… et il n’y a que moi ». Dans l’histoire des comic books, je ne suis pas le premier à être parvenu à cette conclusion, mais ça collait si parfaitement aux raisons pour lesquelles il n’aide pas superman et Wonder Woman qu’Alex et moi avons conçu un nouveau respect pour le roi des mers.


… et le même aujourd’hui

Une réplique forte qui ne sera pas omise par George Miller lorsqu’il s’agira d’introduire le souverain dans son avorté Justice League : Mortal (on reviendra prochainement sur ce phénoménal rendez-vous manqué). De son côté, lorsqu’il prend en main le personnage pour les New 52, Geoff Johns ne va pas se départir de ce désir à laisser transpirer toute sa noblesse. Sous sa gouverne, il se posera définitivement comme l’égal de ses collègues. Lorsque Green Lantern se moquera de sa capacité à parler aux poissons, Aquaman se contentera de répliquer en ordonnant à une dizaine de requins blancs de surgir des flots pour dévorer leurs ennemis. En ce sens, les extraordinaires iconographies de Jim Lee et surtout d’Ivan Reis feront beaucoup pour asseoir son statut de super-héros. Bref, autant de qualités qui rendent compréhensible la volonté d’adapter Le Trône D’Atlantide, histoire de la ligue des justiciers où Aquaman tient une place centrale. Suivant les conseils de Johns, les auteurs auront exclu le personnage du précédent film Guerre pour lui offrir une introduction personnalisée en bonne et due forme. Sur le papier, Le Trône De l’Atlantide serait donc plus un long-métrage sur Aquaman que sur la ligue des justiciers. Ce serait toutefois omettre la nouvelle politique des films d’animation DC qui, en à peine cinq projets, montre déjà toutes ses limites.

En 2013, après des années de service, Bruce Timm quitte son poste de superviseur des projets d’animation autour de l’univers DC. Avec son départ, il est pris une grande décision : toutes les futures productions s’inscriront désormais dans une seule et même continuité. Dans une conférence en bonus du blu-ray, son remplaçant James Tucker ne masque guère les motivations autour d’un tel choix : le dispositif marche chez Marvel. La décision apparaît moins dictée par des motivations artistiques que par l’éternelle guéguerre entre les deux maisons d’édition. Il faut admettre qu’en la matière, Marvel a totalement mis à genoux DC. Face au planning de production ultra-performant de la maison des idées, DC en est réduit à recoller péniblement les morceaux. Il n’y a qu’à voir du côté des films live l’évolution de Man Of Steel 2 devenu un Batman v Superman avant de s’affirmer comme un préparatif au futur Justice League. Le principe vient en négation de ce que Timm aura prôné des années durant. Dans la présentation promotionnelle de l’excellent The New Frontier, Timm soutenait l’indépendance de chaque œuvre comme une priorité pour raconter des histoires avec un ton et un style qui lui serait propre. Il s’agissait d’en offrir la meilleure version possible par l’exploitation de leurs spécificités sans se préoccuper de ce qui a été ou de ce qui sera. Or c’est bien sur ce point que Le Trône De L’Atlantide se tire une balle dans le pied.

Au lieu de se concentrer entièrement sur Aquaman, le scénario se construit sur une écriture télévisuelle cherchant perpétuellement à s’équilibrer entre ses personnages. Ils font tous partie d’un projet commun et il ne s’agirait pas d’en dévaloriser un par rapport à l’autre. Chacun mérite d’être entretenu et il est totalement inconcevable qu’un seul des personnages disparaisse d’une aventure à l’autre. Le script pense toujours à rappeler des éléments des épisodes précédents ou à glisser des indices à propos des suivants. Autant de choses nécessaires dans un plan à vaste échelle mais extrêmement gênant au niveau d’un film. Ainsi a-t-on droit à plusieurs passages autour de Cyborg et de sa difficulté à appréhender sa nouvelle condition mi-homme mi-machine. Des scènes pouvant être plaisantes isolément mais tellement déconnectées de l’intrigue principale qu’elles la ralentissent plutôt que de l’enrichir. Il en va également de la romance entre Superman et Wonder Woman, sans la moindre utilité si ce n’est d’introduire cet aspect pour un futur film.

On pourra certes rétorquer que la dite romance était déjà présente dans la bande dessinée. Mais cela ne fait justement que marquer les différences de fonctionnement entre les deux médias, ce genre d’insertion s’acceptant plus facilement dans le neuvième art que dans le septième. Et encore, on pourra avancer que l’écriture feuilletonesque de Geoff Johns pour Justice League est loin d’être un modèle à suivre. Si le tome Le Trône D’Atlantide est relativement épargné, ses histoires souvent prometteuses se vautrent dans des développements brouillons et s’éparpillent de sous-intrigue en sous-intrigue. Ça ne l’empêche pas d’avoir par moments de bonnes idées que l’adaptation aurait gagné à conserver. Dans le comic par exemple, Cyborg acceptait de sacrifier son poumon, l’un des derniers organes le rattachant à son ancien corps humain, pour le remplacer par un artificiel lui permettant de secourir ses compagnons dans les profondeurs de l’océan. Un sacrifice donnant du poids au personnage tout en participant à la dynamique narrative… et qui sera totalement omis du film (son poumon est remplacé au début de l’histoire sans explication).

Pour autant, le film est capable par instant d’avancer des idées pertinentes. C’est tout particulièrement le cas de la scène d’ouverture où un sous-marin est coulé par des guerriers atlantes. Il s’agit là d’un véritable hommage au Abyss de James Cameron permettant tout à la fois d’entretenir une aura mystérieuse autour de la civilisation atlante et d’appuyer l’authentique menace que peut constituer le monde de la surface pour celui des profondeurs. Ce genre d’idée efficace est malheureusement rare dans le jeu d’équilibriste que les auteurs s’imposent à eux-mêmes. Aquaman en fait donc les frais. Le film se doit d’introduire le personnage et surtout de le faire évoluer. Arthur Curry commencera en effet l’histoire en tant que quidam terrestre un brin pathétique (sa première scène l’introduit bourré dans un bar entrain de taper la causette avec un homard quand même) et la terminera en tant que roi de l’Atlantide. Accomplir un tel travail sur une durée d’à peine soixante-dix minutes est déjà compliqué. Avec les impératifs narratifs fixés plus haut, cela devient juste impossible. En conséquence, l’évolution d’Aquaman est totalement survolée. Ce traitement superficiel finit par le transformer en pauvre type indécis, boudant en permanence et ne participant qu’un minimum à l’action. D’ailleurs, si les films de l’univers DC ont toujours souffert d’une animation un peu limitée, ils compensaient souvent ce problème par un découpage d’une extrême efficacité. Ce n’est néanmoins pas le cas du film d’Ethan Spaulding, sa mise en scène très plan-plan faisant souvent ressortir le caractère pauvre et économique des graphismes. De quoi regretter amèrement les merveilles visuelles sur papier glacé. Bref, Le Trône De L’Atlantide est à la limite de faire d’Aquaman la tête-à-claque que le comic entendait faire oublier. Et si Aquaman en prend pour son grade, il en va aussi de tout son background.


Le jeu des sept erreurs fatales

Il est naturel que l’intrigue du Trône D’Atlantide subisse des modifications. La nature du complot visant à provoquer une guerre entre le peuple de l’océan et celui de la terre fonctionnait sur un historique du personnage auquel le film ne pouvait se référer par sa condition d’origin story. Si le script n’en dénature pas forcément le sens, il lui appose malgré tout un traitement d’une grande platitude. La problématique vient essentiellement d’Orm, le frère d’Aquaman étant traité comme le plus basique des antagonistes. Dans la bande dessinée, Orm ne cache pas son mépris pour ce monde de la surface polluant les mers et pillant aveuglément ses ressources. Comme chez tous les méchants respectables, ces déclamations sont blessantes car elles contiennent une part de vérité. Tout ce qu’il souhaite est la pérennité de son royaume. Si celle-ci doit se payer par une guerre dévastatrice, alors tel sera le cas. Bien que ses décisions soient contestables, il y a une dignité dans le personnage qui en fait plus qu’un simple bad guy. C’est ce a quoi le film le résume. Dès sa première scène, il sera paré pour partir à la guerre et il n’apparaîtra jamais autrement qu’un être animé par la colère dans chacune de ses scènes. Orm devient un personnage unilatéral des plus fades. Si son ultime scène dans la BD faisait éprouver une désarmante pitié à son encontre, celle du film ne sera qu’un ennuyeux cliché.

Que reste-t-il au final du Trône De L’Atlantide ? Le moins intéressant film du DC Universe Dessin Animé Original et la confirmation de la mauvaise tournure prise par celui-ci. Comme indiqué précédemment, quelques scènes montrent qu’il reste toujours des têtes pensantes dans le studio. S’ils ne participent guère à la narration, les traitements et interactions des personnages peuvent se montrer réjouissants (Batman engueulant Green Lantern pour son coup de main inapproprié). Quelques apports personnels ont même de quoi enthousiasmer (le combat de la fosse contre un bon gros monstre lovecraftien). Fort peu néanmoins. On ne peut qu’espérer que le studio acquerra rapidement un peu de lucidité autour de la nouvelle direction prise. Il semble d’ailleurs que celle-ci commence à poindre. Il a été ainsi judicieusement décidé d’écarter du scénario du Trône De L’Atlantide une scène entre Nightwing et Robin qui devait annoncer le futur Batman Vs Robin. Mais surtout, le studio a redemandé les services de Bruce Timm pour le prochain Justice League : Gods & Monsters. Voilà qui laisse espérer une opportune remise sur les rails

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