Harry Potter Et Les Reliques De La Mort – 2ème Partie

Au-delà de toute considération qualitative, il ne peut être nié que l’achèvement de la franchise Harry Potter constitue un événement. Pendant un peu plus d’une décennie, nous aurons suivi les aventures du sorcier binoclard et de ses copains. Ironiquement, sur cette même décennie, on s’est interrogé sur la « dangereuse » émergence (pour ne pas dire domination) de la série télé sur l’industrie traditionnelle du cinéma. Or, Harry Potter est probablement l’œuvre cinématographique qui se rapproche le plus des sensations provoquées par les shows du petit écran. Sur une longue période, il s’est ainsi créé un attachement aux personnages et une attente constamment renouvelée quant à savoir ce que leur réservera le prochain épisode. Après avoir cohabité avec eux sur un si long terme (bien plus long mine de rien que Le Seigneur Des Anneaux, la prélogie Star Wars et Matrix, les autres franchises phares de la décennie), devoir admettre que c’est désormais terminé reste d’une certaine manière difficile. Il faut pourtant accepter de se séparer de cet univers et attendre qu’un de ces rares exemples de franchise tenant en haleine refasse son apparition. Les studios s’y emploient d’arrache-pied ces dernières années pour des résultats loin d’être probant (vous attendez avec impatience les suites de L’assistant Du Vampire ou de Numéro Quatre ?). En l’état, il faut dire adieu à l’univers magique d’Harry Potter. On aurait juste voulu partir en meilleure harmonie.

Faut-il y voir une certaine rancœur quant à un studio qui nous prend pour des vaches à lait en scindant en deux son opus conclusif ? Aucunement. L’idée du double épisode reste très certainement une bonne opération commerciale pour Warner Bros mais ne sert pas uniquement ses intérêts économiques. Au-delà de ménager le fan qui aura ainsi le temps d’assimiler que sa série préférée s’achève, cette politique a permis d’atténuer (à défaut d’éliminer) les énormes problèmes d’adaptation dont souffrait la série depuis plusieurs épisodes. À partir de La Coupe De Feu de Mike Newell, les films ressemblaient de plus en plus à des résumés mal dégarnis des romans. Les scénarios empilaient les moments clefs attendus par les fans au gré d’une narration ne se préoccupant guère d’une quelconque cohérence. Une obsession de la fidélité qui a pris cours suite aux certaines libertés prises par le réalisateur Alfonso Cuaron sur Le Prisonnier D’Azkaban. Si pratiquement tout le monde s’accordera sur le fait qu’il s’agit du meilleur épisode de la franchise, ça ne sera pas forcément du goût de l’écrivain J.K Rowling. Si elle se montre enchantée en interview et affirme aimer les éléments apportés par Cuaron comme les têtes réduites parlantes, elle se montrera plus réservée en coulisse face aux autres idées du cinéaste mexicain (ce dernier proposera par exemple un concept de piano actionné par des lutins qui débectera complètement Rowling). En réaction, la production qui ne veut guère se mettre à dos la poule aux œufs d’or fera en sorte que les films suivant collent au plus près des écrits. Une orientation tout à fait stupide puisqu’un long-métrage, même d’une durée conséquente de cent cinquante minutes, ne peut pas restituer parfaitement l’intégralité des sous-intrigues, des personnages et de la dramaturgie des romans. En choisissant de faire deux films au lieu d’un seul pour la conclusion, le studio s’assurait de prendre le temps de pouvoir restituer l’intrigue du roman en y restant le plus fidèle possible. Un remède de fortune (rien ne remplacera un vrai travail d’adaptation en profondeur) mais qui portera ses fruits. La première partie des Reliques De La Mort rassurera ainsi par une narration qui semble enfin se préoccuper de raconter un film et non un enchaînement de scènes sans queue ni tête.

Alors certes, la conclusion épique n’était pas rendez-vous de cette première moitié. Passée une première heure extrêmement attrayante grâce à un équilibre entre exploration des personnages et péripéties, on devait assister au spectacle un brin barbant de nos héros faisant du camping en grelotant. Une problématique qu’une bonne adaptation aurait contourné mais qui après tout met en évidence un souci que peu de monde évoque (ou ne veut pas admettre) : le roman de J.K Rowling n’était pas franchement très bon. Les problèmes étaient déjà apparus avec l’assommant Prince de Sang Mêlé où l’auteur nous a pondu plus de sept cent pages sans autre but que de préparer le terrain pour le dernier livre. Au moins, elle promettait dans sa conclusion de rompre avec sa propre mécanique. Finie l’action circonscrite à Poudlard, finie la temporalité limitée à une seule année, place à la grande aventure. Une grande aventure qu’elle n’aura jamais su imaginer. Développant toujours avec amour ses personnages, elle les noiera dans une intrigue mortifiante alors qu’on attendait moult péripéties à la limite du serial (une sorte d’Aventuriers De l’Arche Perdue avec de la magie). On n’enlèvera pas la certaine richesse des thèmes qu’elle aborde que ce soit par la critique d’un gouvernement gangréné, la remise en question de règles établies et surtout la marche d’un héros vers une mort libératrice que son antagoniste aura, lui, refusé. Mais on aurait apprécié que tout ceci se noue à une explosion de divertissement qui ne vient pas ou s’avère si minime.

L’introduction de cette seconde partie cinématographique tient en ce sens de la mauvaise blague. Après que le logo Warner ait défilé très lentement, on retrouve nos personnages se déplaçant dans une petite maison de campagne où seuls résonnent leur bruits de pas. Lorsqu’ils parlent, ils laissent de longs silences pesants s’installer entre chaque réplique. Certes la conclusion de la première partie ne pouvait laisser les personnages intacts mais était-il nécessaire d’instaurer une ambiance si lourde que le spectateur aura l’impression de s’être trompé de salle ? Heureusement que la magnifique musique d’Alexandre Desplat apparaîtra bientôt pour nous échauffer un peu. D’ailleurs, comme ses prédécesseurs, le film reste un objet merveilleusement emballé. Le livre était tellement plombant qu’il anesthésiait toutes nos capacités d’imagination pour que l’on recrée mentalement le monde des sorciers. Les artisans du film ne se privent pas eux pour mettre en avant tout le merveilleux qui le compose. On restera constamment séduit par la qualité des décors, des costumes, de la photographie et des effets spéciaux chargés de restituer l’univers. Mais le réalisateur british David Yates restera définitivement plus inspiré lorsqu’il s’agit de filmer calmement des scènes de dialogues que l’action. Ses capacités, il les démontre lors d’exposition ou de préparation, mettant en avant des compositions de cadres relevant un certain soin et beauté. Mais dès qu’il s’agit de filmer les affrontements, c’est la déception qui pointe. Le grand argument de cette seconde partie était la bataille de Poudlard. Assez rapidement expédiée dans le roman, le film prend une bonne heure pour la développer. Épique ? Pas forcément puisque cette longue scène d’action se retrouve rapidement illustrée en plusieurs péripéties espacées. Yates semble classer l’affaire de son côté en laissant le soin aux superviseurs des effets spéciaux d’emballer une poignée de plans spectaculaires pour chaque passage. En résulte une action timorée et expéditive qui est loin d’avoir toute la dimension escomptée.

On sort pourtant de la salle avec une certaine indulgence. Peut-être parce que même au sein d’une intrigue qui les desservent, on aime les personnages et leurs environnements. Peut-être aussi parce qu’on se laissera séduire par un joli happy end montrant le triomphe de la vie (même si l’épilogue du roman est repris avec tout le grotesque attendu). Ou peut-être juste parce qu’on n’a pas envie de se séparer en si mauvais termes d’une franchise qu’on a jadis tant apprécié.


Réalisation : David Yates
Scénario : Steve Kloves
Production : Warner Bros Pictures
Bande originale : Alexandre Desplat
Photographie : Eduardo Serra
Origine : USA
Titre original : Harry Potter And The Deathly Hallows : Part 2
Date de sortie : 13 juillet 2011
NOTE : 3/6

2 Comments

  • Je suis un grand fan de cette saga et j'avais beaucoup aimé la première partie, j'attendais donc beaucoup celle-ci, et je suis globalement d'accord avec toi sur les points positifs que tu énumères, sur certains des points négatifs (le final niais) mais je reste quand même plus enthousiaste. J'ai trouvé ça une nouvelle fois très bien emballé : belle réalisation, superbes effets spéciaux, magnifique musique. Les acteurs ont gagné en maturité et sont tous très bons. Les séquences de combats sont assez vertigineuses, même s'il en manque selon moi. Et la disparition de Voldemort est quand même un très beau moment. J'ai donc beaucoup aimé, et je n'ai qu'une envie : le redécouvrir en blu-ray.

  • Tanguy Says

    C'est juste dommage que le scénario ne parviennent jamais à gérer tout les personnages… du coup, certains meurent après les autres…et on s'en fout; il en va de même pour certains enjeus narratifs (Le clan des loups garous: WTF? On les voit trente secondes et puis s'en va).

    Enfin, bref, voyant un sinistre foutage de gueule, je n'arrive pas à répondre à l'appel à l'indulgence (à l'auteur de l'article: pas taper!)

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