[EN BREF] Syngué Sabour – Pierre de patience

>>> Lire notre entretien avec Atiq Rahimi et Jean-Claude Carrière

En février 2013, il s’en passe dans les cinématographies du monde musulman… Tandis qu’au Maghreb, on évoque l’embrigadement de jeunes kamikazes en une fresque sociale d’ampleur inédite dans la région (Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch) et que le premier film saoudien est signé par une femme (Wadjda d’Haifaa Al Mansour), voilà qu’une image frappante, reprise sur l’affiche de Syngué Sabour – Pierre de Patience, nous frappe : une jeune femme maintient au-dessus de son visage une burqa d’un beau vert pour regarder tomber la pluie. Beaucoup du contenu du film peut être résumé à cette seule pose : le voile des traditions levé sur les pulsions secrètes, sur l’intime et le charnel, la couleur vive comme signe métaphorique de résistance – au sein de la dureté alentour – de l’individu épris de liberté… C’est là l’une de ces images du film d’Atiq Rahimi dont on suppose qu’elles nous imprimeront durablement la rétine, de même que celle des corps sensuels de l’héroïne et de son amant, un soldat qu’elle initie aux plaisirs de la chair. Mariée jeune à un héros de guerre beaucoup plus vieux qu’elle, elle prie au chevet de ce dernier pour le sortir du coma dans lequel une blessure l’a plongé. Tandis qu’au dehors une guerre fratricide continue de faire rage, la jeune femme se met à confier à son homme inerte ses désirs inavoués, ses secrets de longue date et les souffrances que lui et d’autres lui ont infligées. Inévitablement, les mots, qu’ils soient dits ou simplement pensés, jouent un rôle décisif que la transposition du roman original (Prix Goncourt 2008) au cinéma ne saurait éradiquer. A quelques longueurs et répétitions près, Rahimi sait éviter la redondance du texte avec ce qu’exprime l’image et esquisse une réelle progression du rapport de l’héroïne à son propre statut de femme pourvue d’un corps et pétrie de désirs. Comme emportée par le flot de ses propres paroles qu’elle débite parfois sans trop de conscience, la jeune femme se fait peu à peu sa propre justicière, empruntant tous les chemins qui ont pu lui être barrés par le passé. Le soliloque s’en trouve quelques fois pompier dans ses déclarations, mais on retrouve le talent du coscénariste Jean-Claude Carrière (notamment auteur de Belle de Jour de Buñuel auquel il nous arrive de penser) pour exprimer les pulsions par des mots et celui de Thierry Arbogast, chef opérateur de Ma Saison préférée de Téchiné (1993) ou encore de Ridicule de Leconte (1996) pour travailler en douceur les éclairages afin d’en tirer une réelle dialectique visuelle de l’émancipation progressive. Un film sensuel et sensible porté par une Golshifteh Farahani (découverte chez Asghar Farhadi) qui crève l’écran.

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