[EN BREF] Les misérables

On ne donnait pas cher de cette nouvelle version des Misérables, celle-ci se posant avant tout comme une adaptation de la comédie musicale que de l’œuvre impérissable de Victor Hugo. Entendre chanter Valjean, Javert, Cosette et consort pendant plus de deux heures convoque des sentiments allant de l’indignation à la consternation. Pourtant, s’il y a une chose à reconnaître à la vision du film, c’est bien que le chef-d’œuvre d’Hugo se prêtait à l’exercice. C’est d’ailleurs sans nul doute l’explication du succès de la pièce sur scène. L’opulence de l’intrigue, le traitement des enjeux multiples, le développement de ses personnages… l’histoire des Misérables s’accorde avec le processus emphatique de la comédie musicale où les personnages exclament leurs émotions à longueur de chansons. Et c’est précisément sur ce point que Tom Hooper rate le portage sur grand écran. La scène d’ouverture résume le désenchantement à venir. Le long-métrage débute sur un drapeau français coulant dans la mer (belle image de mise en contexte soit dit en passant), la caméra s’élève au-dessus des flots et survole un bateau tiré par des centaines de forçats vers une cale à sec. C’est dans ce décor que sera entonnée la première chanson. Cette mise en bouche est plus que payante puisque convoquant l’aspect scénique de la comédie musicale tout en ayant recours à une ampleur bel et bien cinématographique. Or, plus la scène avance, plus la caméra se rapproche des personnages jusqu’à finir sur un bête champ/contrechamp entre Valjean et Javert.

En fait, il apparaît que Hooper était probablement plus enthousiaste à l’idée d’adapter le roman d’Hugo que la comédie musicale. C’est tout à son honneur mais la forme imposée devait absolument être intégrée avec soin à sa vision. Il n’en est aucunement le cas. Désireux de se revendiquer proche de ses personnages, il construit son film en grande partie sur l’utilisation de gros plans. Mais cet étouffement du cadre (déjà délimité par l’usage du ratio 1.85) annihile la perception emphatique de la comédie musicale. Filmer en gros plans ses acteurs en train de chanter, ça ne force pas la connexion entre le personnage et le spectateur. Au contraire, cela lui fait prendre conscience qu’il est face à un pauvre comédien assurant sa nouvelle fonction la bave aux lèvres et rouge comme une pivoine à force d’expulser tout l’air de ses poumons. Là où une mise en scène plus aérée permettrait de rendre justice aux sentiments vociférés par les personnages, Hooper privilégie une optique intimiste qui ne fait que renforcer la connotation ridiculement exagérée des chansons. Les deux heures et demie de spectacle en étant composées à 99%, l’erreur est impardonnable. Le film arrive heureusement par instant à atteindre le charme de l’exagération lorsqu’il exploite une production design pourtant fort sympathique sur tout le long, ou lorsqu’il convoque l’équipe des effets spéciaux pour de rares envolées de mise en scène. Mais les mauvais choix de Hooper flirtent trop souvent avec l’incompétence (voir comment il rate le jubilatoire Master Of the House par son absence de sens chorégraphique). Si le ravissement universel du livre de Victor Hugo répond bien présent et n’est pas particulièrement dénaturé (on évite le polissage à base de happy end), les soixante millions de dollars investis méritaient de mieux le servir.

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