
En fait, il apparaît que Hooper était probablement plus enthousiaste à l’idée d’adapter le roman d’Hugo que la comédie musicale. C’est tout à son honneur mais la forme imposée devait absolument être intégrée avec soin à sa vision. Il n’en est aucunement le cas. Désireux de se revendiquer proche de ses personnages, il construit son film en grande partie sur l’utilisation de gros plans. Mais cet étouffement du cadre (déjà délimité par l’usage du ratio 1.85) annihile la perception emphatique de la comédie musicale. Filmer en gros plans ses acteurs en train de chanter, ça ne force pas la connexion entre le personnage et le spectateur. Au contraire, cela lui fait prendre conscience qu’il est face à un pauvre comédien assurant sa nouvelle fonction la bave aux lèvres et rouge comme une pivoine à force d’expulser tout l’air de ses poumons. Là où une mise en scène plus aérée permettrait de rendre justice aux sentiments vociférés par les personnages, Hooper privilégie une optique intimiste qui ne fait que renforcer la connotation ridiculement exagérée des chansons. Les deux heures et demie de spectacle en étant composées à 99%, l’erreur est impardonnable. Le film arrive heureusement par instant à atteindre le charme de l’exagération lorsqu’il exploite une production design pourtant fort sympathique sur tout le long, ou lorsqu’il convoque l’équipe des effets spéciaux pour de rares envolées de mise en scène. Mais les mauvais choix de Hooper flirtent trop souvent avec l’incompétence (voir comment il rate le jubilatoire Master Of the House par son absence de sens chorégraphique). Si le ravissement universel du livre de Victor Hugo répond bien présent et n’est pas particulièrement dénaturé (on évite le polissage à base de happy end), les soixante millions de dollars investis méritaient de mieux le servir.
Matthieu Ruard
Marqué par la découverte des Dents De La Mer à cinq ans, je suis depuis resté en émerveillement devant la capacité du 7e art de faire croire à l’incroyable. Qu’importe le genre et la manière tant que l’émotion répond présent… mais s'il y a des scènes d’action avec plein de trucs qui pètent, c’est quand même mieux.
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