Oblivion

REALISATION : Joseph Kosinski
PRODUCTION : Universal Pictures
AVEC : Tom Cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough
SCENARIO : Michael Arndt, Karl Gajdusek, Joseph Kosinski
PHOTOGRAPHIE : Claudio Miranda
MONTAGE : Richard Francis-Bruce
BANDE ORIGINALE : M83
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Science-fiction
DATE DE SORTIE : 10 avril 2013
DUREE : 2h06
BANDE-ANNONCE

Synopsis : 2077. Jack Harper, en station sur la planète Terre dont toute la population a été évacuée, est en charge de la sécurité et de la réparation des drones. Suite à des décennies de guerre contre une force extra-terrestre terrifiante qui a ravagé la Terre, Jack fait partie d’une gigantesque opération d’extraction des dernières ressources nécessaires à la survie des siens. Sa mission touche à sa fin. Dans à peine deux semaines, il rejoindra le reste des survivants dans une colonie spatiale à des milliers de kilomètres de cette planète dévastée qu’il considère néanmoins comme son chez-lui.

Vivant et patrouillant à très haute altitude de ce qu’il reste de la Terre, la vie « céleste » de Jack est bouleversée quand il assiste au crash d’un vaisseau spatial et décide de porter secours à la belle inconnue qu’il renferme. Ressentant pour Jack une attirance et une affinité qui défient toute logique, Julia déclenche par sa présence une suite d’événements qui pousse Jack à remettre en question tout ce qu’il croyait savoir.

Oblivion est le genre de projet que l’on accueille avec le sourire. D’abord parce qu’il propose un sujet original à qui il fut confié un budget à la hauteur de son ambition. Et parce qu’il permet de mesurer pleinement les capacités de Joseph Kosinski. Libéré de l’assujettissement à un matériel de base, il était intriguant de voir comment s’épanouirait le réalisateur de Tron : L’Héritage. La réponse n’est malheureusement pas celle espérée. A l’instar de Zack Snyder et de son traumatisant Sucker Punch, ce projet qui vient du cœur (Kosinski le porte depuis une décennie) ne fait qu’accentuer tous ses défauts. Plus que Snyder, le cas de Kosinski finit par se rapprocher de celui de J.J. Abrams. Kosinski et Abrams ne sont pas ce qu’on peut appeler foncièrement des mauvais cinéastes. Leurs films sont agréables à suivre. Chacun bénéficie d’un certain savoir-faire technique et surtout de qualités propres admirables (passion pour ses personnages chez Abrams, recherche d’une envergure thématique chez Kosinski). Mais ces talents finissent par devenir des paravents plus ou moins excusables des limites évidentes de leur art. Car les deux cinéastes demeurent de piètres conteurs. Leur volonté de bien faire les rend attachant mais au bout du compte, leurs films présentent des failles incommensurables dans la manière de narrer les histoires. Manquements, errements, renoncements… leurs œuvres compilent ces lacunes. Et Oblivion enfonce le clou.

Comme sur Tron : L’Héritage, l’un des principaux reproches (pardonné ou non) récolté par Oblivion tient au certain classicisme de son histoire. Or, s’il y a justement bien une chose à comprendre, c’est que le problème d’Oblivion ne vient pas de son histoire. Au contraire, ses forces viennent en grande partie de celle-ci. Est-elle novatrice ? Pas vraiment non. On peut très facilement pointer du doigt les différents degrés de connivence avec Wall-E, Dark City et Moon. Les responsables du marketing n’ont d’ailleurs pas ménagé leur monture en ce sens. Face à des renvois sautant aux yeux, ils élaboreront une campagne promotionnelle à la The Island révélant de larges pans de l’intrigue. Pour autant, l’histoire est-elle inintéressante ? Loin s’en faut. Après tout, les films mentionnés plus haut devaient déjà apporter leurs tributs à des prédécesseurs, qu’ils soient cinématographiques ou littéraires. Oblivion se situe dans un même terreau. Il propose ainsi une histoire interrogeant l’essence de l’homme par le rapport de l’individu à sa mémoire et ses émotions. Ces questionnements se construisent par le parcours d’un individu aux aspérités non conformes au mode de vie qui lui est dicté et qui tente de percer tour à tour la nature du monde qui l’entoure et celle qui lui est propre.

Un propos pas nouveau mais qui demeure passionnant, d’autant plus que l’illustration graphique qu’en fait Kosinski est pour le moins captivante. La beauté visuelle du film marque par ce qu’elle implique pour le personnage principal. Ce dernier n’arrive pas à se détacher d’un souvenir résiduel d’une vie passée. Alors que ces supérieurs l’ont obligé à effacer sa mémoire pour se concentrer sur la construction de l’avenir, il ne peut se résoudre à omettre une cicatrice qui demeure une part de ce qu’il a été. Visuellement, cette impossibilité de se détourner du passé se construit par sa fascination pour une Terre en ruine. Le lien avec le spectateur se joue à ce niveau face à des visions d’une planète détruite que Kosinski réclamera d’une belle désolation. Même agonisante, la Terre reste un spectacle d’une beauté captivante et on ne peut pas avoir l’intime conviction qu’il faille l’abandonner. Entre l’incroyable maestro du directeur de la photographie Claudio Miranda et la haute qualité des effets spéciaux, cet époustouflant visuel sert donc brillamment un ambitieux sujet.

L’histoire n’est donc pas le problème. Le problème est sa narration qui enquille des choix plus surprenants les uns que les autres, et dans le mauvais sens du terme. Dès son ouverture, le film émet le premier de ses soucis. En voix-off, le personnage principal nous explique ce qui est advenu de la Terre dans le futur suite à une invasion extraterrestre, quel est son quotidien avec sa co-équipière et son objectif d’avenir. Or, la présence d’un tel speech explicatif se montre ennuyeuse puisque le but clairement revendiqué du premier acte sera justement de détailler le fonctionnement de son univers. Pourquoi alors expliquer par le menu les tenants et aboutissants alors que tout sera repris un peu plus tard (les explications initiales seront répétées mot pour mot une heure après) ? Peut-être justement parce que Kosinski n’est pas assuré de sa méthodologie de conteur, comme si il ne pensait pas que les actions du premier acte rendent compréhensibles le fonctionnement de son monde. Ce manque d’assurance, on le trouve également dans une direction d’action peu concluante, notamment dans les interactions entre Tom Cruise et Andrea Riseborough si insensibles qu’on ne croit pas à leur relation. Mais surtout, il ne se motive pas à appuyer ses concepts les plus passionnants. On semble pourtant percevoir ce que voudrait faire Kosinski. Son utilisation du visuel et l’élaboration d’une intrigue où les actions permettent au héros d’évoluer sont des preuves évidentes qu’il y a un film tout autre en sommeil. Mais celui-ci restera endormi. Dès qu’il touche un point sensible, Kosinski ne le porte pas à son paroxysme mais, au contraire, le désamorce en employant une verbalisation plate et sans grande saveur. Les thématiques ne sont pas en cause mais la manière dont elles sont amenées n’entraîne que vers une exploration superficielle de ce qu’elles représentent. L’affrontement final donne une belle illustration de cette certaine régression. Alors que la scène passe par un échange s’appuyant sur des références poétiques et spirituelles, celle-ci se conclure sur un béatifiant « va te faire foutre ». C’est comme si Kosinski et ses scénaristes emmerdés par les propres thèmes qu’ils ont soulevés choisissaient de les jeter aux oubliettes.

Constat bien amer en somme au vu des attentes. Tout n’est bien sûr pas noir à l’image de la musique de M83 dont les connotations à la Hans Zimmer n’enlèvent rien aux magnifiques envolées orchestrées. Mais le manque de maturité de Kosinski reste définitivement une montagne insurmontable pour son propre talent.

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