[EN BREF] Grigris

On déplore d’autant plus un film plutôt raté de Mahamat Saleh-Haroun que celui-ci est l’un des rares cinéastes d’Afrique subsaharienne a être régulièrement actif depuis une décennie et à avoir acquis une reconnaissance internationale lui permettant de financer de nouveaux projets. Son bel Homme qui crie remportait en effet un Prix du jury mérité au Festival de Cannes 2010. Grigris suit son personnage titre qu’une jambe paralysée n’empêche pas d’enflammer tous les soirs les pistes de danse des night clubs de N’Djaména. Mais voilà que son rêve de notoriété se brise lorsque l’oncle qui l’a élevé tombe gravement malade. Pour sauver celui-ci, Grigris décide de travailler pour les trafiquants d’essence du coin… Une nouvelle exploration des complexités d’une relation filiale semblait appeler le cinéaste de ses voeux. Pour autant – et c’est compréhensible, Saleh-Haroun tente un renouvellement de son cinéma par un mélange des genres – film noir, drame familial, film sur la danse – qui ne parvient jamais à dépasser le stade d’agrégat d’idées. La faute à un nouveau recours à de longs plans-séquences qui, s’ils installent pour certains une tension momentanée (le transport clandestin de bidons d’essence à travers un réseau d’égouts), empêchent un réel mélange des genres et – plus grave – l’émergence d’une dynamique de fond, d’une émotion qui puisse monter aussi fortement que dans Abouna (2002), Daratt (2006) ou Un Homme qui crie (2010). Le cinéaste n’a que le temps d’ébaucher une série de sous-intrigues ici et là sans pouvoir approfondir quoi que ce soit. Le personnage de Mimi, notamment, ne parvient à exister que comme alter-ego un peu théorique de celui de Grigris, la faute au jeu maladroit de son interprète et aux faiblesses d’écriture dont pâtit entre autres son rôle. Au final, ne reste que l’impression d’avoir suivi en une succession de belles images une ébauche de scénario assez satisfaite d’elle-même.

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