Danny Boyle / Alex Garland – 28 Jours Plus Tard

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Quand on parle de films ayant trait à la contagion, 28 jours plus tard n’est jamais le dernier cité. Comme un symbole, c’est donc l’oeuvre de Danny Boyle qui clôt notre semaine thématique. Lui et Alex Garland, son scénariste, reviennent donc entre autres sur leurs inspirations communes au détour d’un commentaire audio, présent sur le DVD du film édité par la Fox. Traduction par Karine Rybaka.

AG : Ces plans, on les a tournés quand on a commencé.
DB : Alex avait écrit ces séquences pour le début, en se basant sur ce que Sorious Samura avait filmé en Sierra Leone.
– On s’est demandé si on allait utiliser les vraies images de guerre civile, de mort et de violence. On a décidé de ne pas utiliser de plans où on voyait des morts réelles. Les plans de cette séquence où on voit des morts, ont été tournés par nous.
– À Londres.
– Aux Docklands, par une belle journée. On voulait que ça fasse images d’époque.

DB : On a tourné le film en DV, et les images du début aident à s’habituer à la différence de qualité.
Ça, c’est Johnny (à 55 »), un chimpanzé de Stuttgart. C’est là qu’on est allés pour tourner cette séquence. Il n’y a que deux équipes de chimpanzés dans l’industrie du film. L’une à Los Angeles, l’autre à Stuttgart. C’est comme une grande famille. Ils ont été très gentils avec nous pendant les 3 ou 4 jours de tournage. On a envisagé plusieurs nationalités. Ils ont failli être Allemands. Puis, on s’est dit qu’ils pourraient être Scandinaves. Ensuite, Japonais. On a même envisagé qu’ils soient Américains.
– Mais l’idée de la quarantaine les a finalement coincés en Angleterre. Dans cette scène d’ouverture, on a voulu exposer le plus de faits possible pour que ce soit fait dès le début. On a ajouté quelques éléments plus tard, mais on tenait à exposer la situation le plus tôt possible, pour ne pas avoir à y revenir.
– Ça a l’air éprouvant pour les singes, d’être dans les cages, d’être attaché sur le lit, pour Johnny. Mais on a été guidés du début à la fin. On avait des consignes pour la taille des cages, données par celui qui s’occupe des singes. Il les élève. Il les garde de leur naissance jusqu’à ce qu’ils atteignent 40 ans. En fait, il y a très peu de chimpanzés qui travaillent, de nos jours, parce qu’à cause d’une loi récente, il est interdit de faire piquer les chimpanzés. On ne peut les faire travailler que jusqu’à 7 ou 8 ans, et ils vivent 40 ou 50 ans. Mais les 20 dernières années de leur vie, c’est dur de les faire travailler. Cet homme travaille avec eux toute leur vie. Ils l’adorent. Ils sont super.
La première fois que j’ai lu cette scène, j’ai trouvé ce point de départ super, cette idée d’un virus psychologique. On a tous vu des films avec des virus, mais avec des agents biologiques ou chimiques. Mais un virus psychologique, mélange de fantastique et de science-fiction, c’est une idée super originale, un point de départ génial pour le film.
– Cette séquence est intéressante, parce que je trouve qu’elle est écrite comme une vraie scène de genre. Mais la façon dont elle est filmée, dont Danny l’a tournée, l’éloigne du film de genre. La première fois que j’ai vu ça, c’était bizarre, car il a fallu que je m’habitue à cette approche différente. Le reste du film devait s’éloigner du film d’horreur classique, mais là, on aurait dit un morceau de bravoure. Mais c’est fait d’une façon géniale.

DB : Il faut toujours se souvenir de la première lecture d’un scénario. C’est la seule fois où on est à la place du spectateur, où on découvre le film. C’est ça que j’ai retenu : l’utilisation du titre comme un sous-titre. Il n’y a pas de titre. C’est super, j’adore. On a décidé de ne pas faire de générique.

DB : Il y a deux sortes d’hôpitaux, en Angleterre. Il y a le style victorien. Et il y a le style moderne, souvent associé au système privé. Mais ça, c’est l’hôpital public d’Acton. C’est un hôpital de jour. Il a un côté moderne fabuleux. On essaye toujours de souligner le côté moderne de la vie anglaise. On choisit ça plutôt que regarder en arrière. Cet hôpital ressemble presque à un hôtel, à un hôtel moderne, surtout dans les plans larges qui suivent. Cillian était inquiet pour les scènes de nu. L’équipe était réduite. Interdiction de raconter des blagues, au cas où elles seraient mal interprétées. On a beaucoup réfléchi pour savoir si on devait mettre des cadavres. En fait, on a filmé des corps, dans cette séquence, mais ensuite, on a décidé de suivre notre premier instinct. Plutôt que de couvrir le monde de cadavres, on a préféré que ce soit symbolique. Le vide représente le fait qu’il s’est passé quelque chose d’anormal. C’est mieux que le côté réaliste de corps jonchant le sol.
– L’atmosphère et le surréalisme prennent le dessus sur l’intrigue. C’est un choix esthétique. Mais on nous a critiqués sur ce point. « Pourquoi n’y a-t-il pas plus de corps ? » II n’y a pas de raison logique en termes d’histoire, ça semblait juste plus intéressant. J’espère que c’est une bonne raison.

DB : Depuis que je suis devenu réalisateur, on me pose 2 questions : « Comment avez-vous fait sortir Ewan McGregor des toilettes dans Trainspotting ? » Et « Comment c’était de travailler avec Leonardo DiCaprio ? » Elles ont été remplacées par : « Comment avez-vous tourné les scènes de Londres, dans ce film ? » De la manière la plus évidente qui soit. On a réussi à bloquer les rues pendant de courts moments. On a tourné en multicaméras, en numérique. On filmait pendant une ou deux minutes, là où la circulation était arrêtée par nos agents de la circulation, des étudiants et des amis. Ma fille en faisait partie. Ils ont arrêté la circulation plusieurs fois. Et on a réussi à tourner ces plans, qui sont l’un des atouts du film. C’est l’une des choses qui ont rendu le point de départ du film captivant.

DB : On ne peut plus faire ça, depuis le 11 septembre. Renverser un bus à Whitehall, près de la résidence du Premier ministre, c’est interdit maintenant. On y est arrivés grâce à l’inventivité du chef décorateur, Mark Tildesley, qui leur a juré que ce serait fait en l’espace de 15 minutes. Et il a tenu parole. Ils ont été surpris qu’on y arrive, je crois. On disait aux gens : « On tourne et on sera sortis à 8 heures du matin. »Ils ont l’habitude du baratin du cinéma, où tout est plus long que prévu. Mais on tenait parole.

DB : Ça, c’est basé sur une photo prise au Cambodge, quand Pol Pot a été chassé de Phnom Penh. Il y avait de l’argent dans les rues, parce qu’il ne valait rien. Il y a plusieurs références de ce genre dans le film, qui nous ont permis d’ajouter des détails à l’histoire tandis qu’il erre dans la ville. C’est un quartier très fréquenté de Londres. Et Centre Point, le célèbre immeuble vide. À moitié vide. Il n’y avait pas de musique, au départ, dans cette séquence, et à ce moment-là, le bruit de l’alarme vous faisait bondir, sans musique de fond. On a mis une chanson de Godspeed You ! Black Emperor, des anarchistes québécois dont on a eu le feu vert. Une musique apocalyptique, qui apporte beaucoup au film.
– C’est cette image (Plan 3, ndlr) qui est devenue… Prémonitoire n’est pas le mot exact, car c’est arrivé après les faits, mais ça a été tourné avant le 11/09. Ça vient d’où ? Pékin ?
– Un tremblement de terre en Chine, où les gens essayaient de se contacter, car toutes les lignes étaient coupées. Mais on a eu cette idée à cause des panneaux qu’il y avait près d’Eros, la statue de Piccadilly Circus. Comment les utiliser ? Quand les idées fusent, il en sort toujours du bon. Les problèmes donnent naissance à de bonnes idées.

DB : On a tourné dans l’est de Londres. C’est une église à Limehouse, dans l’est de Londres. C’est l’une des églises de Hawksmoor. Il en a construit sept, qui sont censées représenter un pentacle. Un truc comme ça. Un truc satanique. J’ignore si c’est vrai.
– Dans sa BD From Hell, Alan Moore parle beaucoup de ces églises.
– Ça a été marrant de dire au bedeau ce qu’on allait écrire sur son mur. Il nous a donné la permission. On peut à peine lire, c’est ce que nous voulions. On a parlé des cadavres dans la rue. On a décidé de ne pas les laisser, et on a eu l’idée de mettre tous ces cadavres dans une église. On a été influencés par des histoires sur le Rwanda et des endroits comme ça, où des corps avaient fini dans des églises. On s’est dit que ce serait une décharge, un genre de morgue ou de cimetière pour les cadavres. Le film évolue à ce moment-là, à partir de ce qui se passe. Il comprend au fur et à mesure, tout comme nous. Il ne sait rien, comme le public. Tous ces corps qu’on voit dans l’église sont des bénévoles venus nous voir. On leur a offert une tasse de thé. Très généreux, pour 2 ou 3 heures ! C’était des étudiants. On ne pouvait pas engager des figurants. On n’avait pas les moyens. Ces gens sont venus nous aider d’eux-mêmes. Celui qui jouait le prêtre a fait des ateliers sur le mouvement. C’est un véritable artiste. J’ai montré aux acteurs plusieurs états… Sans entrer dans les détails, il nous a beaucoup aidés en développant le mouvement physique des contaminés.

AG : Ce jour-là, tout le monde voulait être là pour voir l’explosion de la station-service. 300 000 euros. C’est ce qui nous a coûté le plus cher, non ?
– En dehors de ton salaire, Alex. Non ? je plaisante.
– Je touchais plus de 300 000 euros ? Je devrais vérifier.
– Je crois que ça a coûté 370 000 euros, en tout. Ça paraît énorme, comme somme. Et ça l’est, c’est évident. Mais quand on fait un film destiné au grand public, il ne dira pas : « C’est un film anglais, peu importe si les explosions sont nulles. » Ça doit être comme dans un film de Mel Gibson, comme dans les autres films qui passent à ce moment-là dans les multiplexes. Ça en valait la peine. C’est la fin de la première bobine. C’est donc une séquence géniale qui s’ouvre avec Londres vide et se termine sur cette incroyable explosion. On a utilisé plein de caméras. C’est très bien monté par Chris Gill, qui a fait un montage formidable pour compenser nos moyens limités.

DB : C’est la station de métro de Canary Wharf, sur la ligne des Docklands. Une infrastructure moderne de Londres. On en a construit une partie en studio, mais ça devait être une boutique où ils se cachent, dans la station de métro, où vivent pendant quelque temps les deux autres survivants qu’il rencontre.
– Ça a été une scène étrangement difficile à écrire. Je ne trouve pas que je l’ai vraiment réussie. C’était compliqué, car, comme dans la scène d’ouverture, il fallait expliquer. Exposer des faits dans une conversation, c’est un vrai cauchemar. C’est tout un art, et j’ai eu beaucoup de mal. Danny a fait un long plan de Jim sur Selena qu’on va voir bientôt et qui nous a permis de tricher un peu en postsynchronisation, de changer les dialogues. Ça ne paraissait pas bon. On a tourné cette scène deux fois, non ?
– On en a refilmé toute une partie. On a construit la moitié du décor en studio et on a refilmé une séquence, pour prendre en compte des explications différentes.
– Quelques répliques marchent. Par exemple, quand Jim demande où sont leurs parents, ils disent : « Morts. » Si on peut transmettre une information si simplement, c’est ce qu’il faut faire. Ça fait passer beaucoup d’informations d’un coup. Le public comble les vides. Ça a un rapport avec la confiance en soi, savoir ce qu’on peut et ce qu’on ne peut pas dire. Comment ça s’appelle ? Ce n’est pas un travelling. Ça me laisse plein de temps.
– C’est un panoramique.
– Un panoramique interminable.
– Disons que c’est un travelling.

DB : J’aime l’idée qu’ils vivent de barres chocolatées et de soda, de toute cette nourriture qui peut se conserver indéfiniment. Ils se nourrissent de ça plutôt que d’aliments frais. J’aime beaucoup l’image. Cill est très bon, ici. Il doit emmagasiner beaucoup d’informations et faire partager ce qu’il ressent. Il se dit peut-être que ces gens le font marcher. Que c’est une grosse blague qu’on lui fait, du genre… Comme dans ces émissions… Caméra cachée. Ça doit lui traverser l’esprit. Il doit se dire que c’est la télé, mais il maintient le spectateur dans le trouble qui l’habite. Il n’arrivera d’ailleurs pas à croire que son propre père est mort. Il faudra le lui prouver. Pendant le film, il rencontre plusieurs hommes symbolisant un père, tandis qu’il se cherche, en un sens.
Les contaminés avaient des règles qu’on trouvait capitales, mais qu’on ignorait quand ça nous arrangeait. Par exemple on ne se déplace pas la nuit, seulement la journée.
– Je ne sais pas. Je n’ai jamais considéré ça comme une règle. On a pris beaucoup de libertés avec les choses qu’on s’imposait.

DB : Une longue séquence a été coupée, ici. Ils traversaient un train qui avait été transformé en hôpital. On a dû couper la scène parce qu’il pleuvait dru, ce jour-là. On ne pouvait pas filmer en faisant croire qu’il ne pleuvait pas. C’est important pour l’intrigue qu’il ne pleuve pas à Londres, au début. Le chemin de fer des Docklands nous a permis de marcher sur les rails, ce qui est rare, en Angleterre. On les remercie.
Ils arrivent donc dans la maison familiale. On voulait que ça soit la maison idéale. Confortable et chaleureuse. Un endroit où, même adulte, on aurait envie de revenir. Une partie de son enfance. C’est pourquoi l’éclairage est jaune, pour le côté chaleureux. C’est le souvenir qu’on a de l’enfance. La musique, c’est « Abide With Me« . On voulait que la musique évoque l’histoire et la culture britanniques, ce qui avait disparu. Ces chansons entêtantes, ces hymnes étaient une bonne façon de le faire. John Murphy a fait la musique. Un chanteur de Liverpool qu’il connaît a chanté, et a formidablement interprété cette chanson et « Ave Maria« , plus tard.

DB : Ces deux corps sont des prothèses incroyables. Ce dont sont capables les prothésistes aujourd’hui est incroyable. C’est perturbant d’être dans la même pièce que ces prothèses. C’est très réaliste.

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DB : Ce n’était pas dans le scénario d’origine. Alex a écrit ça quand on l’a ajouté. On voulait être plus proche de lui, pour mieux ressentir la perte qu’il subit, pour qu’il soit plus émouvant. En faisant des films, on apprend à ne pas craindre de montrer des émotions. On a parfois tendance à être froid. On a peur d’être sentimental. Mais le danger, c’est de ne pas donner au public les émotions qu’il recherche, surtout dans ce genre d’histoire.
– Et Cillian jouait d’une manière très neutre, ce qui est un point fort, mais il manquait quelque chose pour que le public puisse s’identifier au personnage, pour qu’il soit dans sa tête en quelque sorte.

– J’adore la façon dont cette scène est tournée. C’est une scène très riche en dialogues, avec beaucoup d’informations sur le passé. Et il n’y a pas de mouvements. Que faire dans ce cas, un travelling autour d’eux ? On a filmé ces visages en très gros plan, pour qu’ils emplissent l’écran. On entre ainsi dans leur esprit, on voit ce qui s’est passé, les cicatrices sur leur âme, causées par ce qui a eu lieu ces 28 jours. Et c’est très bien joué par Noah et Naomie.
– Selena est dure et pragmatique. Nous nous sommes dit que si Selena avait rencontré le personnage joué par Christopher Eccleston, qui apparaît plus tard dans le film, ils auraient été compatibles à ce moment-là, car ce sont des pragmatistes qui ne laissent pas beaucoup de place à l’émotion et à l’humanité. L’évolution de son personnage est telle qu’au moment où ils se rencontrent, ils ne sont plus sur la même longueur d’onde.
– Bien qu’à la fin de cette scène, on sous-entende que Selena n’est pas avec Mark, on voulait donner l’impression que c’est un couple indispensable, pour que le spectateur sache qu’il allait côtoyer trois personnages indispensables. C’est pourquoi Mark a ce long monologue. On voulait que le public s’attache profondément à lui, à cause de ce qui va bientôt arriver.
– Je trouve que c’est l’une des séquences les plus réussies du film.

AG : Ce flash-back fonctionne parfaitement. Les flashbacks sont difficiles à utiliser, mais là, il est bien placé. Tu l’as filmé en…
– En Super 8, pour que ce soit différent.
– Je dois faire attention quand j’essaye d’employer des termes techniques.
– Il est dans ce monde aussi. Il est présent dans cette scène, en pyjama.

DB : La première fois qu’il est passé par la fenêtre (plan 1, ndlr), il est tombé, ce qui était marrant. On avait 3 portes en balsa en réserve. Un peu de violence gratuite.
– Pas vraiment gratuite. Cette séquence évoque les enjeux. Le public se rend compte que ça ne va pas être du gâteau. S’il ne l’a pas encore compris. Certains spectateurs ne s’en rendent pas compte avant cette scène.
– Il existe une version plus longue absolument insoutenable. Encore une fois, les prothésistes sont très forts. C’est effrayant. Ils sont capables de vous convaincre qu’un bras est coupé. Il y a beaucoup de sang, beaucoup de folie. Elle lui demande s’il en a reçu dans la bouche, car c’est contagieux. Mais elle a plus ou moins capitulé, elle ne se protège pas du sang. Elle a fini par prendre cette décision. Si ça lui arrive, tant pis. La seule façon de protéger sa vie, c’est de se donner à fond dans sa lutte contre la menace. Elle ne devait pas être inhibée par la peur de l’infection.

DB : C’est les Docklands. On y a beaucoup tourné parce que les gens sont sympas. Enfin, ils l’étaient avant le 11/09. Le week-end, on peut croire que c’est désert. Et ça donne une autre image de Londres. Ça montre un côté plus moderne, différent du côté plus traditionnel qu’on voit au début du film. Les horloges étaient déjà arrêtées. On ignore pourquoi. Ça a fait un petit ajout pas cher. Le papier qui traverse l’écran suggère…
– La désolation.
– L’apocalypse. Pas cher non plus.

AG : On a passé des heures dessus, pour trouver un moyen de lui faire dire qu’elle était pharmacienne. Tu te souviens ?
– Ça vient après. Des détails indiquent qu’elle sait de quoi elle parle. Même si on peut trouver tout ça dans des magazines comme Elle et Femme actuelle ou je ne sais quoi.
C’est épuisant, de monter et descendre. Ça les a crevés, surtout Naomie, qui devait porter une batterie pour faire marcher la lampe. Il y avait une batterie de 20 kilos dans son sac à dos. Mais elle devait monter et descendre en courant, pendant qu’on continuait à filmer. Martin Amis a dit que filmer, c’était des délais entrecoupés de répétitions. C’est vrai. Pour quelqu’un qui regarde un tournage, ça ressemble à ça. Elle ne comprenait pas pourquoi on voulait recommencer encore et encore.

DB : C’est la première apparition du boucher sans pitié, le merveilleux Brendan Gleeson. Il voulait qu’on voie à quel point il était sans pitié avec eux. Puis, on voit qu’il est gentil et adorable, du moins, il semble l’être. C’est l’autre personnage qui va jouer un rôle de père pour Cillian. Ce que l’on entend à ce moment, c’est « Frosty the snowman« . C’est la musique la plus chère de tout le film. Ça nous a coûté une somme énorme pour avoir les droits. C’est surprenant. On apprend après coup que certains trucs sont hors de prix.
– Il y a soudain une forte dose de chaleur humaine dans le film, dès que Brendan Gleeson apparaît. Un gros ours souriant.
– Avec sa fille, jouée par Megan Burns. Sa fille mignonne et timide. On a un premier aperçu de ce groupe original. Un étrange mélange de personnages. Ils vont rester ensemble quelque temps. Si vous voulez revoir Brendan, il a joué dans un super film, Le Général, de John Boorman, où il joue Martin Cahill. C’est un film à voir pour la performance d’acteur.
C’est une tour ici. C’est là qu’on filmait ces scènes, pendant les événements du 11 septembre. C’était bizarre de tourner une scène avec de la liqueur et des politesses alors que le monde était bouleversé. Mais il faut continuer. On ne devine pas ce qui se passe, quand on les regarde. Le monde était dans tous ses états, mais nous, on tournait.

DB : C’est la dure réalité de la vie sans eau. Il y avait une longue séquence qui n’est pas dans les scènes coupées. Ce sont des plans où il se coupe les cheveux et se rase la barbe, qui étaient réels. Évidemment, comme c’est un film, il a fallu lui faire une perruque, parce qu’il a fallu refaire des prises qui se déroulaient plus tôt, dans le film. Sally, la chef maquilleuse, a bien coordonné tout ça. On a presque pu filmer chronologiquement, à part ces quelques prises qu’on a dû refaire. Tout a été tourné dans l’ordre, ce qui est très rare, pour un film. C’est la nature de l’histoire qui nous a permis de faire ça. Le directeur de la production et le premier assistant réalisateur ont fait le planning. C’est une occasion rare pour les acteurs. Ken Loach fait ça sur tous ses films. C’est un réalisateur génial, mais il obtient ces performances de comédiens amateurs car ils travaillent chronologiquement, ils savent où ils en sont.

DB : Puis, il y a cette scène sur le toit, avec tous les seaux. Quand je suis arrivé, le matin, il n’y avait qu’une centaine de seaux. On aurait dit qu’il y en avait 3. J’insiste rarement sur des choses, mais j’ai insisté pour qu’il y ait mille seaux. C’est pour ça que certains seaux sont un peu douteux. Il y a un panier à linge plein de trous, qui ne serait pas très utile. Il faut pardonner aux décorateurs. Ils ont dû trouver mille seaux en quelques heures, pour tourner la scène. C’est une super idée, je trouve. C’est pour ça qu’il ne fallait pas qu’il pleuve avant ça, pour cette scène.
– Pour ce qui est de la mauvaise écriture, je pense que cette scène est la plus mal écrite de tout le film. À chaque fois que je vois Megan, qui joue Hannah, dire ses répliques, je me sens terriblement coupable de lui avoir donné ces affreuses répliques qui sortent tout droit d’un mauvais feuilleton télé. Il existe de bons feuilletons télé. Mais il y en a de mauvais, et ces répliques y auraient leur place. À la fin de la scène, ça se dégrade.
– Ça devait se passer à l’intérieur mais on filmait dans l’ordre, et on en avait marre d’être à l’intérieur. On s’est dit : « Jouons-la sur le balcon. » Une tempête approchait, et on ne voulait pas qu’il pleuve, alors on a fini de tourner très vite avant qu’il pleuve. Sinon, on aurait été obligés de trouver une raison de rentrer. Mais ils commencent à se chamailler, à se sentir liés les uns aux autres. Ils n’ont pas le choix, en fait. Ils doivent être solidaires. Ils sont coincés ensemble sans le savoir.

DB : Ici, ça a été tourné à Croydon (Plans 1 et 2). C’est de nouveau le Blackwall Tunnel, qui est l’un des passages principaux sous le fleuve, à Londres. On a eu de la chance… Ce n’est pas l’un des vrais tunnels. C’est une section pas encore ouverte d’un tunnel de Limehouse, une partie du Limehouse Link. On a eu de la chance de l’obtenir, car ça aurait été impossible sans décor réel. Tildesley, le chef décorateur, a fait un super empilement de voitures. On s’est dit : « Où sont les voitures ? » On les a toutes mises là, comme s’il y avait eu un énorme carambolage. Une terrible tragédie qui aurait bloqué le tunnel. Des gens se seraient barricadés pour empêcher le virus d’entrer. Puis on s’est dit que le taxi allait rouler dessus, ce qui est impossible. Il fallait une plate-forme pour rouler dessus. C’est bien monté par Chris Gill, pour faire croire que ça dure longtemps. Comme un long trajet.
– C’était l’enfer, pour filmer. Les gaz d’échappement emplissaient le tunnel. Malgré nos masques, nos cellules cérébrales partaient en fumée à chaque minute passée là-dedans.

DB : C’est un cliché, non ? Le pneu crevé dans un tunnel, dans un film d’horreur ou de zombies. Un gros cliché, mais il ne faut pas avoir peur des clichés, parce qu’ils font plaisir. C’est pour ça que c’est des clichés.
– Dans ce genre de film, il y a toujours un moment où les gens sont dans une cave éclairée par une faible lueur. C’est un peu ça, là.
– Les plans larges des rats sont réalisés par la société d’effets numériques. Ils ont fait un travail formidable. Il y a des plus gros plans des rats. On a reçu des plaintes du Journal des rongeurs et marsupiaux sur la description stéréotypée des rats.
Ce sont de gentilles créatures, pourquoi les dépeindre comme des monstres ? lls sont gentils.
Cette séquence dans le tunnel a pris 2 jours. On a à peine eu le temps de finir. On a fait des raccords. On voit les gaz d’échappement, à l’arrière.

DB : C’est Tottenham Court Road. On a eu de la chance. La chaîne Budgens… Le directeur de ce magasin-là était un cinéphile. C’est un fan de Trainspotting, et en échange de quelques autographes, on a pu utiliser le magasin! On a tourné pendant la nuit. On a fait un truc intéressant : on n’a pas éclairé. C’est juste éclairé par les néons. La seule manière d’arriver à tourner la scène, c’était d’éviter de filmer les néons autant que possible. Dans ces plans, on les a effacés avec des effets numériques. Il sont donc juste éclairés par les lumières du supermarché. Pas d’éclairage à faire. C’est parti en postproduction, et on a essayé de les éviter.
– Ça, c’est un petit hommage à Homer Simpson (plan 2). Cette scène est un hommage à Zombie, de George Romero. Ça se déroule dans un centre commercial. C’est un rêve postapocalyptique, de se terrer dans cette forteresse de la consommation. C’est juste un petit hommage à ce film. Il y a deux clins d’oeil à George Romero. C’est le premier. Certains diront que tout le film est un clin d’oeil à Romero. Peut-être. Mais il y en a eu deux faits consciemment, et c’est le premier.
– J’aime la fin de cette scène, la carte de crédit. Qui n’est plus nécessaire.

DB : C’est le premier plan qu’on a tourné. Andrew et moi avons filmé ça dans le Cambridgeshire. On a filmé des fleurs. On a eu l’idée de fleurs qui n’auraient pas été coupées. Elles ont fleuri et se sont fané toutes seules. On a voulu que ça ressemble à du Van Gogh. C’est une séquence un peu dingue. Pour certains, c’est ridicule. D’autres l’adorent. Ça ne s’explique pas vraiment. Parfois, il faut faire des choses pas rationnelles, sans explication.
– C’est ce qu’on fait dans tout le film.
– Le film vit dans son monde, ce qui n’est pas plus mal, par moments.

AG : Je pense parfois qu’on aurait eu plus de mal à faire cette séquence s’il y avait eu plus d’argent en jeu, et si on avait visé un plus large public. Parce que notre protagoniste tue un gamin avec une batte de base-ball. Quand j’ai écrit ça, je me suis demandé si on allait trop loin, à ce moment-là. Mais en fait, ça fonctionne parfaitement. Il est plus facile d’accepter ce que ce gars fait qu’on ne le croirait. Un héros qui tue un enfant, ce n’est pas une chose qu’on pardonne facilement. Pourtant, ça passe bien. On pense : « Bien sûr qu’il va le tuer. Que peut-il faire d’autre ?« 
– (Plan 1) C’est inspiré de Saddam Hussein qui a gazé…
– Les Kurdes.
– C’est une référence à ça. Ce gamin qui joue est un très bon ami de mes enfants, Grace, Gabriel et Caitlin. Il s’appelle Justin Hackney et il est très acrobatique. Il est parfait quand il se fait tabasser avec la batte de base-ball. Sur la bande-son, on a mis…
Vous avez dû l’entendre dire, car c’est presque trop fort, là : « Je te déteste« . On a fait dire ces paroles incessantes et violentes aux contaminés. Ils hurlent comme des enragés. Ils font ça tout le temps. La plupart du temps, c’est inaudible. On voit juste leur attitude.

DB : Il y avait beaucoup de gags autour du fait qu’elle est…
– La fille d’Ayrton Senna.
– La fille d’un pilote de course. Elle matîrise le taxi de 2 tonnes.
– Danny voulait que ce soit la fille de Schumacher. C’est un fan de Formule 1 qui affirme que Schumacher est meilleur que Senna ne l’était.
– J’en ai peur. On a envoyé A. Macdonald, le producteur, dans les Cornouailles pour filmer ça.
– (Plan 2) J’ai lu quelque part que ces plans sont des images… On dit « de synthèse » ou « numériques » ?
– Les deux.
– Des images de synthèse, mais c’est faux.
– Les moulins sont vrais. Mais celui en gros plan est en numérique.
– C’est peut-être ce qu’ils voulaient dire.
– L’autre vient des Cornouailles. C’est une belle idée. L’ironie veut que la chose qui marche encore soit inutile.

3/4

DB : C’est une abbaye. On a dû tourner dans le périmètre de la M25, à cause de raisons financières. Alex Gladstone, responsable des extérieurs, l’a trouvée. Je ne l’avais jamais vue. Quand on a une bonne équipe, les gens apportent des choses au scénario. Il a eu l’idée qu’ils s’arrêtent pour pique-niquer. Et j’ai aimé l’idée du passé. Ils étaient au milieu de quelque chose d’ancien. Et les chevaux étaient magnifiques. Mais une partie semblait avoir été détruite par une génération précédente, une civilisation ancienne disparue. Ça ressemble au tableau de Max Ernst, L’Europe après la pluie, quand ils se baladent, après. Il l’a peint après la guerre, c’est l’Europe en ruine. Enfin, c’était l’idée. C’est ce qui se passe quand les gens s’impliquent dans le scénario.
– Dans cette scène (Plan 2), après avoir préparé le terrain, on essaie pour la première fois de créer un début de relation entre ces deux personnages. C’est sur cette scène que j’ai passé le plus de temps, car on l’a utilisée pour le casting de ces deux personnages. Donc on l’a entendue des tas de fois, joué par des acteurs différents. Ensuite, pendant un moment, on l’a coupée du film. La scène a été coupée. Puis, on l’a remise. Quelque chose devait se passer, ils devaient se rapprocher, tous les deux, sur un plan sentimental. En fait, ça vient plus de Selena que de Jim. Elle s’éloigne de son côté machine qui lutte contre le monde. Et ça vient aussi du fait qu’elle voit Hannah et Frank faire les idiots. Ça revient plus tard.

DB : C’est la scène du Valium. Ça a failli être une drogue plus dure. Une drogue dure, carrément.
– Danny, avec son passé Trainspotting, voulait qu’ils se shootent.
– Si c’était 28 jours plus tard, vu qu’elle était pharmacienne, elle avait accès à tout, on aurait pu faire ça. Mais ça allait trop loin. Ça aurait entraîné le film sur une autre voie. Mais si on veut un antidouleur, ou bien si on veut faire…
– Le Valium est un antidouleur.
– Pour faire le vide dans son esprit, ça marche bien.
– (Plan 2) C’est un moment « papa ». Jim a décidé que Frank serait le remplaçant de son père. Il lui parle comme un gamin. C’est un peu le grand frère d’Hannah, si on veut. Il parle du Valium un peu comme si c’était du chocolat. « Donne-lui-en un peu. »
– La notion de famille est très importante dans cette scène.
– Il va bientôt l’appeler « papa », discrètement. Il faut être attentif. Mais il le fait.
– C’est un peu leur nid. C’est le moment du film où ils sont le plus détendus. Mais au fond, la paranoïa de Jim est un poison. Car le fait de s’être retrouvé seul au début du film a laissé une cicatrice. Son pire cauchemar est d’avoir été abandonné à nouveau par le groupe.

DB : Voilà le passage dont parlait Alex. Il veut juste… un père. Mais il ne peut pas. Il finit par trouver une autre image de père, beaucoup plus autoritaire. C’est Chris Eccleston. Mais il devra se débrouiller seul. Il ne peut pas toujours compter sur un père.
– On me pose sans arrêt une question : pourquoi il leur faut deux jours pour allerjuste au nord de Manchester ? Danny a la réponse.
– Ah bon ?
– Non ? Je ne l’ai pas, moi. Pourquoi il leur faut deux jours ?
– Parce que. On voulait qu’ils passent la nuit quelque part, alors voilà. On peut devenir obsédé par… Comme vous le voyez, on est un peu désinvoltes, pour ça. Si on décide que ça leur prendra deux jours, alors c’est comme ça.

DB : Ça, c’est la M1, l’autoroute la plus empruntée d’Angleterre. On a eu beaucoup de chance. On a contacté des policiers, qui étaient ravis de nous aider. Ils ont fait un barrage roulant, ils roulaient devant les voitures, dans les deux sens, très lentement. Ça crée ce couloir où il semble n’y avoir aucune circulation. En fait, ils les freinent en roulant à 15 km/h. Ceux qui sont devant s’éloignent. Ça nous laissait sept ou huit minutes pour tourner. Avec beaucoup de caméras. J’étais dans le taxi, pour ce plan. Anthony nous suivait. Andrew était sur une grue, pour avoir un plan d’ensemble.
– Ça, ça a été difficile. Comment montrer une ville qui brûle de très loin, en gardant le côté dramatique, en justifiant le long… pano ?
– Le pano vertical.
– Et merde. Le long pano vertical. Le travelling vers le haut.
– C’est Manchester qui brûle. Je viens de là. C’est super de brûler sa ville. Alex est allé à la fac là-bas. On a un point commun.

AG : C’est le décor le plus incroyable.
– Oui, c’est notre barrage routier. On l’a fait sur une piste d’essai, où on teste les pneus de voitures, les distances de freinage, tout ça. On voit souvent ça à la télé, ce genre d’émissions de tests, et c’est là qu’elles sont tournées. Tildesley, le chef décorateur, a su créer, avec pas grand-chose, ce sentiment de barrage qui a été abandonné. On voulait donner l’impression que tout avait été abandonné. Tout a été laissé tel quel. Il n’y a pas des corps partout. On a besoin de cadavres par moments, comme plus tard dans cette scène. Là, c’est plus un sentiment de désolation. On dit : « L’enfer, c’est les autres« , mais ce qu’on dit ici, c’est que l’enfer, c’est personne. Quand on est vraiment seul, c’est bien pire.

DB : C’est l’un de mes passages préférés, quand il leur crie dessus.
– C’est le père.
– C’est un vrai père, Brendan. Il joue ça très bien. Il leur crie dessus, puis il s’éloigne en regrettant. « Pourquoi j’ai fait ça ? » Les autres sont bons aussi. C’est un grand moment, ce sont trois enfants grondés. « Papa est de mauvaise humeur et il tient un gros tuyau en plomb. » Mais ses regrets et ce qui lui arrive ensuite, c’est ironique et triste. Mais il a l’occasion de s’excuser. J’adore le fait qu’il s’excuse. Il sait qu’il va mourir, mais il a l’opportunité de dire quelque chose dont sa fille pourra se souvenir.
– Cette mort arrive en fin de journée. On pensait prendre des chiens, mais les chiens font trop de dégâts. Ils coûtaient très cher, et si les chiens étaient infectés, tous les animaux devaient l’être. L’une des règles oubliées, c’est que c’était des primates. Quel super plan (Plan 2) ! C’est le deuxième moment fort, d’un point de vue émotionnel.
– J’aime qu’il y ait cette scène forte en émotion, dans ce qu’on peut appeler un film de zombies ou d’horreur. Le public peut partager la douleur, l’émotion de ces personnes, et il est pris au dépourvu par ce qui arrive. Pas par la violence ou par celui qui est tué, mais par l’émotion, par la façon dont ils vont se dire au revoir. Ils essaient de comprendre puis ils se demandent quoi faire.
– C’est peut-être parce que Danny et moi étions un peu tristes, mais il y a eu une répétition… Tu te rappelles ? lls répétaient cette scène, un ou deux mois avant de la filmer, et on a été émus. Oui, c’était un peu pathétique.

DB : Là, c’est la grosse erreur du film qui arrive.
– Ah oui, tu parles de Marvin ? C’est Marvin, qu’on va voir plus tard jouer le soldat Mailer, enchaîné et infecté. On a changé la distribution après cette séquence, et Marvin a obtenu le rôle de Mailer. On a dû garder cette scène, on espérait qu’on ne le remarquerait pas. L’attention est surtout attirée par l’apparition de ce personnage, Chris Eccleston (Plan 1), qui est l’un de mes acteurs préférés. J’ai beaucoup travaillé avec lui. Chris apporte toujours quelque chose de formidable aux rôles qu’il joue. C’est l’autre image de père à laquelle Cillian va s’attacher. C’est un père bien plus autoritaire, puisqu’il a la puissance de l’armée britannique, ou d’une partie de l’armée, pour les protéger. Il les invite dans la grande maison anglaise. Il n’y a pas de film anglais sans grande maison anglaise.
– On essaie d’établir les personnalités des différents soldats. Jones, debout là avec ses sacs de courses, l’air désespéré. La scène a été déplacée. Au départ, toute cette scène (Plans 2 et 3) arrivait bien plus tard et elle a été avancée. Elle apparaissait plus tard. Ça a été intéressant pour moi, d’observer l’étape du montage. De voir à quel point on peut changer le fil de l’histoire avec le montage.
– Ils n’étaient pas dans la même pièce.
– Exact. On les a mis dans la même pièce. On télescope souvent des choses séparées. C’est souvent mieux, surtout quand on arrive à la deuxième partie du film. Il faut télescoper les choses plutôt que s’éparpiller. Alors, on accumule les choses car le public est prêt pour de l’action. Il peut accepter ces raccourcis, ces télescopages.
– Il a fallu 20 versions pour que Danny me persuade de les faire s’embrasser.

DB : Voilà la scène de la maison anglaise. En fait, il y a plein de barbelés, de projecteurs et de barricades, mais ça reste une maison « Jane Austen ». Au départ, on voulait une maison féminine, du genre reine Anne. Cette maison a été construite pour Lord Nelson, mais il n’y a jamais vécu, car il a été tué à Trafalgar. Son frère en a hérité, je crois, mais elle a été construite pour lui. Elle lui a été donnée. Il est enterré sur ces terres. On voulait de la féminité à cause des histoires de genre qui vont apparaître dans le film. On voulait que l’endroit soit féminin.
– Quand Eccleston lui ébouriffe les cheveux, ça vient de lui. C’était son idée, ça renforce l’image de père.
– Ce sont tous des acteurs formidables. Ils m’ont impressionné. La difficulté, dans un film, c’est de différencier ces personnages. On a tendance à les caricaturer. Alors, on a mis un tablier à Leo, des trucs comme ça. Le public a des éléments pour pouvoir les distinguer. Ce problème ne se pose pas pour Mailer, on le reconnait tout de suite. On ne peut pas l’oublier.

DB : Cette scène n’a pas arrêté de changer, au niveau des dialogues. Je dois avouer que j’ai toujours pensé qu’elle aurait dû être plus théorique au sujet de la pulsion intellectuelle qui est l’idée sous-jacente du film. Au sujet de la rage, de notre responsabilité. De cette maladie psychologique qu’on a tous en nous. Mais ça sonnait mal, c’est ça le danger. On se retrouve avec une scène sur la progression de l’histoire. Il fait une expérience, pour voir le temps qu’il va mettre à mourir de faim.
– Pour info, c’est le deuxième clin d’œil volontaire à Romero, au troisième film de la trilogie. Le premier clin d’œil s’adressait au deuxième volet. Celui-là s’adresse au troisième, avec Bub, le contaminé enchaîné, dans le camp souterrain du Jour des morts-vivants. C’est un personnage et une idée qui semblaient très forts. Je ne sais jamais si on considère ça comme un vol, mais c’est là.
– Ce n’est pas un vol si tu l’admets.
– Bon, je l’admets. Espérons que les fans de ces films comprendront que c’est voulu.

AG : Puisqu’on parle d’autres films, là, j’avais en tête la scène coupée d’Apocalypse Now, ce dîner surréaliste dans une plantation. Une plantation en Indochine. Depuis que j’ai vu Hearts of Darkness,le documentaire du making of, je n’avais pas revu la scène avant de voir Apocalypse Now Redux, mais j’adorais cette idée. Faire un grand dîner, avec les soldats en tenue de cérémonie, essayant de se raccrocher à un semblant de civilisation.
– Et cette fresque italienne derrière eux.
– La scène était plus longue. On a beaucoup hésité. C’est manifestement problématique, les scènes de dîners surréalistes.
– Les scènes de dîners sont toujours cauchemardesques à tourner. Qui est à la gauche de qui, qui regarde-t-il quand il regarde par là ? En fait, qui que l’on soit, on finit par filmer tout le monde. On fait parfois plusieurs prises, pour le montage, pour que le monteur puisse contrôler le rythme de la scène. Mais c’est assez standard. Il faut juste tout filmer, tous les réalisateurs vous le diront. Ils doivent aussi jouer. Comme il faut beaucoup répéter, le danger, c’est que les acteurs perdent leur fraîcheur. Mais Eccleston arrive parfaitement à contrôler la scène, à donner aux autres acteurs de quoi jouer, tout en en gardant assez pour ses prises. Il a les répliques les plus difficiles à dire du film, les plus bancales, et je trouve qu’il s’en sort très bien.
– J’aime bien, ça s’arrête net. C’est comme si un énorme poids s’était abattu sur la table. C’est bien, je trouve.
– Mais avec un autre acteur, ça aurait eu moins d’effet.
– J’aime ce moment où Chris reconnait qu’elle a raison, avant que la folie reprenne.

DB : Là, c’est moi qui cours au premier plan, pour augmenter l’effectif. Il nous manquait du monde. En fait, l’effectif a été augmenté par les effets numériques. Il a été doublé.
Et ils rentrent, manifestement excités par ce massacre. À partir de là, le film prend une tournure très différente. Les genres font surface. C’est inévitable, qu’ils surgissent. D’abord en plaisantant, puis plus sérieusement.
– Voilà ce qu’on peut faire en postsynchro. Quand Chris Eccleston dit à ses hommes : « Doucement. » Ça indique qu’il n’est pas dupe et qu’il comprend ce qui se passe.
– C’est une réplique qu’il dit…
– À Clifton.
– Ce « doucement« , ajouté en postsynchro car il est dans l’ombre, marche très bien. Là encore, il y a un affrontement entre ces deux représentants de l’autorité. Deux visions du monde. C’était aussi lié à l’affection particulière qu’il a pour ce soldat. Il lui ôte son chapeau pour dîner. Ça a été coupé mais il a dû le tuer lui-même. C’est dans les scènes coupées. Ils jouent tous les deux magnifiquement. Il y avait un lien particulier entre eux, mais on a été obligés de couper ça.

AG : Ces deux acteurs jouent très bien ensemble.
– Oui. C’est une scène géniale.
– Et elle a failli être coupée. Ça prouve que tout est faisable. Mais c’est une scène-clé, au niveau de l’intrigue. Ça me surprend même qu’on ait envisagé de la couper.
– Oui, on se met à douter de tout, et ce n’est parfois pas très bon. Mais parfois si. Ça m’a plu quand Alex a eu l’idée. Et ça développe ce qui s’est passé quand il a tué le gamin.
– En fait, c’est venu d’une dispute avec Chris Eccleston et Cillian Murphy. Ils ont dit que la scène n’était pas assez bonne, et ils avaient raison. On a écrit cette scène la veille du jour où on l’a tournée. La nuit, dans une chambre d’hôtel, à Salisbury. Ça renvoyait à une scène précédente. On aurait pu tourner une scène qui aurait été atroce, mais Chris et Cillian se sont rebellés, à juste titre.
– La façon dont ils jouent donne presque un côté érotique à la scène. Cillian peut-il rompre ce lien ?
– Surtout parce qu’il parle de sexe en termes de procréation, et pas d’amusement.

4/4

DB : Cillian prend un bon coup, là. Il fait ça très bien.
C’est la dernière chance de Cillian de se joindre à eux. C’est le moment de se dire se qu’ils ont à se dire, ou pas. Puis, on va à la cave, où on entend le sergent dire que l’épidémie ne s’est pas propagée partout dans le monde. Elle a pu être circonscrite et la vie normale continue ailleurs.
Cette idée est venue pendant le tournage. On a eu l’idée de la quarantaine. Ce qui était super, c’est qu’on avait décidé que ce serait une épidémie mondiale. On allait tourner des scènes où l’infection partait pour l’Amérique. Donc l’infection se propageait. Puis, en avançant dans le film, on a décidé que l’Angleterre serait en quarantaine. Ça donnait un espoir d’issue. En plus, c’était d’actualité, parce que, pendant le tournage, la fièvre aphteuse paralysait le pays.
– L’Angleterre était stigmatisée à cause de l’ESB et de la fièvre aphteuse. On avait l’impression qu’il y avait toujours quelque chose. Bien sûr, ça touchait aussi les Anglais. Il n’y a pas que le regard des autres, il y a la façon dont on se voit.
Ça a été l’enfer, pour la postsynchro, parce que Stuart a dû chronométrer pour qu’il dise les bons mots au moment d’entrer dans le champ (travelling arrière partant de Cillian Murphy pour se terminer au Plan 3). Du travail de professionnel.

DB : Ici, ça a été filmé par un autre cadreur car Anthony n’était pas disponible et ça a été filmé plus tard. Pour d’autres prises. Ça a été filmé par Alwin Kuchler, qui a été très généreux. Il a remplacé Anthony et a filmé ça et d’autres séquences qu’on verra plus tard, surtout vers la fin du film.
– J’adore l’allure que ça a. C’est une autre référence. Il y a eu le Rwanda et la Chine.
– La Bosnie. C’est inspiré de photos prises en Bosnie. Surtout le genre de tombe où ils les emmènent. Ce n’est pas une tombe. Plutôt un charnier rempli de cadavres. Des gens morts qu’ils ont jetés ici, ou des gens qu’ils ont tués. L’idée était d’évoquer certaines images qu’on a vues sur la Bosnie, ce qui s’est passé en Europe centrale ces dernières années.
– Ça, c’est une scène d’auteur acculé. Le héros est sur le point d’être tué et on ne voit pas vraiment d’issue possible. On n’a plus qu’à s’asseoir et à trouver quelque chose. Pour faire avancer une histoire, c’est bien de se retrouver coincé et de réfléchir à une solution. Et cette séquence a été tournée tard dans la journée, parce que ça a suivi la décision sur la quarantaine. On s’est demandé où pourrait être l’avion. Le voient-ils par une fenêtre ou entendent-ils juste le bruit ? C’est ça qui semblait naturel. En fait, c’est le seul endroit où on pouvait le trouver. C’est encore ton jardin ?
– Oui j’ai filmé ça dans mon jardin. J’attendais de voir des avions. Il y en a plein qui passent. J’ai filmé à travers les arbres. L’avantage des caméras numériques, c’est qu’on peut improviser ce genre de trucs. Après, on peut les utiliser. Pas besoin de toute une équipe pour tourner ça.

AG : Ça, c’était l’une des scènes les plus problématiques. Ça a été la cause de nombreuses discussions. Pas forcément entre Danny et moi, mais de discussions générales. Jusqu’où devait aller la scène ? II y a eu un autre montage. Elle peut être montée de façon plus perturbante et plus dure à regarder.
– Oui. On a fait une projection test, avec très peu de monde. Des femmes sont sorties. Dès le début de la scène, elles sont parties, ce qui est compréhensible. Et on a tempéré la scène. Mais une fois qu’on a dépassé le choc initial, la scène parle de…
– Prise de pouvoir.
– Elle le prend. Elle contrôle la scène, et elle gagne, d’une certaine manière. Elle doit protéger la fille et se protéger, en fin de compte.
– Mais il faut déjà pouvoir arriver à ce stade de la scène.

DB : On continue à évoquer le Valium. Je ne sais pas si les gens comprennent que la gamine est shootée au Valium. On arrive à la fin de la scène, là. Mais en tout cas, on reprend le thème du Valium.
Jim les attire à la barricade avec le bruit de cette sirène, qui attire des centaines de contaminés tant qu’elle retentit (Plan 2). On se demandait ce qui attirait et déchaînait les contaminés. On pensait que c’était la voix d’êtres humains qui déclenchait leur folie meurtrière, en quelque sorte. Mais là, c’est la sirène, ou l’idée que la sirène peut les attirer là.
Les gars des effets sont forts. À moins d’avoir beaucoup d’argent, c’est difficile d’avoir une pluie… « cinématographique ». Parce qu’il y a tellement de films, surtout américains, où la pluie est spectaculaire. Je tenais absolument à avoir une pluie très serrée. Il fallait un déluge après la sécheresse. Avec l’idée de l’arche et tout ça. Toute cette pluie. C’était indispensable… On le sent. C’est un élément essentiel du film.

DB : Dans le film, on a utilisé une technique. Pour filmer les contaminés, on changeait le nombre d’images par seconde.
Comment expliquer ? Sur les caméras Canon XL1, il y a un réglage qui fait que ça filme à 24 images par seconde, mais ça peut aussi filmer à 48 et jusqu’à 300 images par seconde. 1 000, 16 000 images par seconde. Ça ne ralentit pas le film, quand on le regarde, mais ça capture les images d’une manière presque statique. Les images semblent sauter, elles ne sont pas aussi réalistes que dans des films normaux. On a utilisé cette technique à chaque fois qu’on filmait des contaminés. Mais aussi pour Jim, ici, pour donner l’impression qu’il est infecté. Il est contaminé par la rage, par une sorte de vengeance. On voulait suggérer ça visuellement, tout en le montrant.

DB : C’est donc le début de la séquence de fin, de la poursuite dans la maison et du retour de Jim. Les filles assises là, vêtues de leurs robes rouges, c’est une sorte d’image de fécondité. Dans cette belle maison. On voit là le travail avec le cadreur. J’ai fait la mise en scène. Je leur ai dit de s’asseoir là, je voulais qu’elles soient devant ce tableau, devant le portrait de cette femme élégante. Je voulais que les soldats soient là, et Anthony a dit : « On fera un travelling. » II a utilisé un travelling énorme (du plan 2 au plan 3), qu’on voit deux ou trois fois. Alex va pouvoir utiliser le mot « travelling ». Ça donne une dynamique à la scène. Il est utilisé plusieurs fois. Ça lie les différents éléments de la pièce. Les cadreurs sont forts. Parfois, on dirait des réalisateurs, mais ils n’en sont pas. C’est juste qu’ils passent leur temps l’œil dans la caméra, c’est leur vie. Ils le sentent, ils savent comment doit être filmée une scène. On le voit quand il traverse. Les personnages restent reliés. Tout tourne autour d’un pivot, j’adore. Avec ce genre de séquence, il faut diriger comme un pro. C’est ce que j’ai essayé de faire. Avec beaucoup de temps et d’argent, pour avoir une bonne raison d’être surexcité, j’imagine.

AG : C’est horrible pour celui en dessous. En fait, ça sort d’un tuyau, à côté de sa bouche. Un liquide est pompé dedans. Une boisson rouge. Un truc agréable, en tout cas. Même si ce n’est pas censé être agréable du tout.
– J’adore Marvin, là. Il est tellement plein de malveillance. C’est fantastique. Le gars qui a été infecté l’attaque. J’ignore si les gens saisissent. Ils le mettent sur la table et le sodomisent, en gros. Ça ressemble à ça, en tout cas. Ça a été un aspect des contaminés, ils devaient être des obsédés sexuels, avec des érections incessantes, toujours nus. Alex me dit de me calmer, d’y aller mollo sur le sujet !

DB : Un joli moment Alice au pays des merveilles. Elle disparait dans la maison.
– À un moment donné, on devait voir une Alice avec un lapin blanc.
– Oui. Ça n’a pas été fait. Il y avait plein de détails dans la scène. On en retrouve dans les scènes coupées. La séquence était plus longue, mais on s’en est tenu aux éléments essentiels, au retour de Jim, en gros. Son entrée dans la maison. Mais cet homme, Jones, était tué différemment. J’adore la façon dont ça a été monté. C’est comme ça que ça devait être filmé et monté. Il y a de très belles images, mais ce n’est pas ce qui compte. L’important, c’est ce qu’on ressent. On ne comprend pas toujours tout, mais on a l’impression d’être au cœur de l’action.
(Plan 2) C’est le seul moment calme de la séquence, quand un soldat dit adieu à un autre.

DB : C’est la photo de sa famille vue plus tôt. Elle l’a emportée avec elle. On ne la voit pas, mais ça parait naturel. Avec le recul, on comprend qu’elle ait fait ça.
(Plan 2) C’est un moment de panique, où il l’appelle, et on pourrait le prendre pour un contaminé. On émet l’idée qu’il est contaminé, même si on sait qu’il ne l’est pas.
(Plan 3) J’aime le fait que le contaminé soit attiré par son image, qu’il se regarde comme ça. J’ignore s’il se regarde vraiment ou s’il sent la présence de la fille.

AG : Là, on prend des libertés, avec ce petit canapé qui tient les deux contaminés à distance, pendant les secondes cruciales où le héros doit s’enfuir par la fenêtre. Même le pauvre Bell.
– Les morts semblent atroces. Mais il se passe peu de choses. C’est surtout le bruit, les soldats qui supplient pour rester en vie. – C’est le son de leur voix qui rend ça presque insupportable.
– Cela mène évidemment à une confrontation finale. À ce moment-là, le lieutenant représente… C’est le vrai salopard. C’est le sadique. Alors, on lui réserve la plus belle mort, j’imagine. Tout a été filmé à Salisbury, mais des plans ont été filmés plus tard.
On y est retournés pour faire d’autres prises. J’adore la façon dont ça a été monté par Chris Gill. Quand il traverse la pièce en courant, la sensation quand il arrive.
– L’idée, c’est que, pour Selena, il s’agit d’un contaminé. Au milieu de toute cette agitation, on ne peut pas le distinguer de l’ennemi.

DB : C’est horrible. C’est Ricci, par terre. Il laisse l’autre pousser ses yeux dans leurs orbites, il est très fort. C’est ça, être comédien. Si on regarde sans le son, ça va. C’est le bruit qui rend ça insoutenable.
– Et les pouces enfoncés dans les orbites ajoutent quelque chose.

DB : Là, on a un problème. Un problème de raccord. Ses pouces sortent des yeux de l’autre, ils sont donc couverts de sang. Quand il l’embrasse, il faut que ses pouces soient couverts de sang. Pendant le baiser, je me disais : « Baisse les mains, Cillian ! » On ne devait pas le voir l’embrasser avec des pouces ensanglantés. Ça aurait rappelé la scène précédente. Il fallait l’oublier et passer à autre chose. Mais il n’y arrivait pas.
– Il y a un plan, pas utilisé, où son pouce est couvert de sang coagulé. Ça attire l’attention.
(À ce moment de la séquence, la jeune fille frappe Jim avec une bouteille)
AG : C’est un changement de ton délicat. Très délicat.
– J’aime bien ça. Il faut prendre ce genre de risque avec le changement de ton. Après un truc aussi horrible, il faut laisser les gens respirer un peu, en plaisantant.

DB : Le film finissait comme ça, avant que la Fox ne le voie (Plan 1). Ils nous ont donné de l’argent et on a filmé ça. Ça les emmène loin de la maison, loin de cet endroit. Ça a été tourné des mois plus tard. Beaucoup de monde pensait que le film aurait dû finir là. Mais c’était super, de réutiliser « 28 jours plus tard« . Je trouve ça génial. C’est chouette d’avoir fait ça. Cette séquence était bien plus longue. Et Jim se réveille à nouveau. La boucle est bouclée, par lui. Quand il se réveille, on revient au point de départ. Grâce à la Fox, on a pu aller filmer ça dans la région des lacs. On a aussi filmé une autre fin, qu’on voit dans les scènes coupées. Mais, pour être honnête, cette scène, un peu différente, était dans le scénario original. La région des lacs.
– C’était écrit, mais le film a tellement changé pendant le tournage, avec la quarantaine et tout ça. Ce n’est plus en numérique, là.
– Oui, on est passés à du 35mm. On voulait montrer que le film s’était ouvert. Montrer la nature, la liberté, et un sentiment d’espoir. La texture est différente. Les jours de tournage, le temps n’était pas super. C’était nuageux. On ne sent pas le côté liberté autant que s’il avait fait beau. Quand on a fait les repérages et qu’on a trouvé cette maison, qui datait du XVème siècle, il faisait beau, c’était magnifique. C’est moins beau, avec les nuages. Mais c’était quand même un endroit charmant.
Je ne vois pas de contraste plus grand avec le reste du film que la solitude et le calme qui règnent dans cet endroit. Personnellement, je ne pourrais pas vivre dans un endroit pareil. Mais pour un après-midi, c’était magnifique.

DB : On est censés croire que ces lettres ont été faites avec les draps de la maison. Alors qu’il y a l’équivalent de 4 000 parachutes étalés dans le champ.
– Encore un jour de tournage sympa, parce que cet avion n’a pas été ajouté par effets numériques. Il était vraiment là, il volait au-dessus de nous, c’était super. Finlandais. Parce que notre ami Jukka a fait le doublage du pilote finlandais, à la fin. Mais on a dû laisser le sigle « Royal Air Force » sur l’avion.
C’est le moment d’espoir, à la fin du film. On parlera des scènes coupées le moment venu. On avait une fin différente, beaucoup plus austère. Les gens pensent qu’on change des trucs à cause de l’influence de Hollywood ou de l’Amérique sur les films, pour avoir des « happy ends ». En vérité, quand on a regardé la fin austère avec un public, on s’est dit que le film était une expérience très dure à traverser, surtout pour un film itinérant comme celui-ci. On avait la responsabilité de le finir avec une note d’espoir, l’espoir que le voyage continuerait, que ces gens avaient une issue.

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