Hallucinations Collectives 2016 – Le programme

Chaque année, c’est toujours le même casse-tête : comment présenter les Hallucinations Collectives autrement qu’en répétant toujours les mêmes choses ? Malgré les événements censés prolonger l’événement d’une année sur l’autre (les Séances Hallucinées et la désormais culte Nuit Hallucinée en partenariat avec la joyeuse équipe de Nanarland), rien à faire, on finit trop vite par être en manque de ce festival lyonnais, intégralement consacré à ce cinéma bis qui tâche sans faire tâche. Les éditions précédentes ayant fait grimper son succès de façon exponentielle (toujours plus de monde aux séances !), que pouvait-on espérer de nouveau ? Sans doute la volonté de capturer de nouvelles expériences de cinéma, aussi bien inédites que méconnues, ce qui serait déjà le minimum. Sauf que voilà, le mot est faible : découvrir le planning de cette cuvée 2016 a été pour nous un heureux triple choc. D’abord parce que les raretés se bousculent cette fois-ci au portail (à peu près 75% de la programmation !), ensuite parce que les thématiques choisies serpentent à loisir dans les recoins les plus tordus du cinéma de genre (entre les animaux tueurs et le fétichisme sexuel de Jess Franco, il y a de quoi déguster !), enfin parce que la singularité féminine est ici mise à l’honneur, tant au niveau des thématiques que de la Carte Blanche de cette année – voilà enfin l’occasion de braquer les projecteurs sur une réalisatrice française en tous points prodigieuse… Bref, nous voilà parés à avancer vers l’imprévu, sans boussole ni protection, quitte à se prendre de sacrées secousses – c’est tout ce que l’on espère. Sois prévenu, ami cinéphile : cette année, du 22 au 28 mars, Lyon is not a country for old men


Der Nachtmahr (Akiz)

COMPETITION LONGS-METRAGES

Scare Campaign de Colin & Cameron Cairnes (Australie) : C’est peut-être le seul film de la compétition à nous refroidir un peu, surtout en raison de son apparente étude des dérives de la téléréalité par le biais du found footage (on a fini par en avoir un sadoul de cette technique de filmage !). Certes, il semblerait que la parodie soit au rendez-vous, mais ce n’est pas forcément ce qui ressort des premières images. Cela dit, les Australiens n’étant généralement pas les plus avares en matière de cruauté sanglante au cinéma, on peut déjà espérer quelque chose d’assez rentre-dedans…
Southbound de Roxane Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath & Radio Silence (Etats-Unis) : Une anthologie produite par les coupables des deux V/H/S, ça ne nous rassure pas des masses. Mais il semblerait que Southbound sorte du lot pour aller au-delà du simple film à sketches. Les premiers avis que nous avons pu récolter nous parlent d’une sorte de « cadavre exquis » fusionnant de manière harmonieuse diverses sensibilités du genre horrifique. On attend de voir…
Men & Chicken d’Anders Thomas Jensen (Allemagne/Danemark) : Bon, là, en lisant le titre du film, on a cru à une comédie horrifique à la Troma avec des humains attaqués par des poulets mutants ! Sauf que ce n’est pas Lloyd Kaufman qui réalise, mais un réalisateur danois visiblement appliqué et désireux d’y aller à fond dans l’humour cruel. Des fois, on aime bien avoir tort sur nos premières impressions…
Green Room de Jeremy Saulnier (Etats-Unis) : N’y allons pas par quatre chemins : nous avions eu la chance de découvrir ce nouveau film de Jeremy Saulnier (à qui l’on devait déjà le très bon Blue Ruin) à la Quinzaine des Réalisateurs en 2015, et la déception a été considérable. Ce que l’on imaginait être un petit huis clos enragé et brutal s’est avéré être d’une platitude assez dingue et d’un manque d’enjeux plus que flagrant. Tout ce que l’on garde de ce film, c’est un Patrick Stewart relooké à la mode Heisenberg ! Un second visionnage nous fera-t-il changer d’avis ?
Der Nachtmahr d’Akiz (Allemagne) : Des fêtes électros, de l’alcool, de l’étrangeté et des stroboscopes à la Gaspar Noé : ce premier film d’un obscur peintre et sculpteur allemand a d’emblée l’immense mérite de laisser planer l’ombre de cinéastes expérimentaux pour qui le cinéma est autant affaire de pulsations que de visions cauchemardesques. Les premières images du film semblent en tout cas aller dans ce sens. Probablement notre plus grosse attente du côté de la compétition.
Alone de Thierry Poiraud (France/Espagne) : On avait pris quelques nouvelles de Thierry Poiraud il y a deux ans à l’occasion de la diffusion du double-programme Goal of the dead en clôture du festival. Mais l’époque du complètement taré Atomik Circus semble désormais bien loin : son nouveau film s’annonce à la fois post-apocalyptique dans sa forme et introspectif dans son propos sur l’adolescence. Au vu du pitch, on a un peu l’impression d’avoir déjà vu ça cent fois, mais bon, on ne sait jamais…
Blind Sun de Joyce A. Nashawati (France/Grèce) : Il y a deux ans, Joyce A. Nashawati était intervenue pour la dernière séance de la Carte Blanche accordée à Pascal Laugier, afin d’y projeter son troisième court-métrage La permission. Son premier long-métrage fait déjà grimper la température avec ses promesses de huis clos caniculaire et dystopique. Et comme on avoisine souvent les 45° à l’ombre en Grèce, la tension pourrait bien être très étouffante…


Hardcore Henry (Ilya Naishuller)

LONGS-METRAGES HORS COMPETITION

Hardcore Henry de Ilya Naishuller (Russie/Etats-Unis) : On l’avoue sans rire : on se doutait bien que ce film complètement taré ferait l’ouverture du festival ! Et pour cause, son hallucinante bande-annonce ne vous a sans doute pas échappé depuis quelques semaines. Imaginez un doom-like grandeur nature tourné en plan-séquence, avec de l’ultra-violence à gogo et des scènes d’action visiblement prêtes à concurrencer la saga Hyper tension dans le registre du pétage de plomb testostéroné. Pour démarrer le festival en trombe, on ne pouvait sans doute pas rêver mieux, et on espère de tout cœur que le résultat va tenir ses promesses…
Le Complexe de Frankenstein de Gilles Penso & Alexandre Poncet (France) : On connait déjà Alexandre Poncet pour son travail de journaliste à Mad Movies. Le voilà désormais coréalisateur avec le journaliste Gilles Penso (L’Ecran Fantastique) d’un documentaire consacrée à l’évolution du travail expérimental des effets spéciaux, qui jouit déjà d’une excellente réputation et évoque le désir de se placer au plus près de la personnalité des créateurs de nos plus gros chocs cinématographiques. Titiller notre fibre nostalgique et retomber en enfance, ça n’a pas de prix. Autant dire qu’on attend ça de pied ferme !
High-Rise de Ben Wheatley (Royaume-Uni) : Le réalisateur de Kill List (grand vainqueur des Hallucinations Collectives il y a quatre ans), on l’aime bien. Et quand il se met à adapter J.G. Ballard (à savoir l’auteur de Crash !), on l’aime encore plus. Beaucoup de promesses pour un thriller qui s’annonce au croisement de la chronique sociale et du cauchemar kafkaïen. De quoi offrir une séance de clôture potentiellement marquante pour cette édition 2016.

COMPETITION COURTS-METRAGES

The Procedure de Calvin Lee Reeder (Etats-Unis)
The Pride of Strathmoor de Einar Baldvin (Islande/Etats-Unis)
Greener Grass de Paul Briganti (Etats-Unis)
Leshy de Pavel Soukup (République tchèque)
Portal to hell !!! de Vivieno Caldinelli (Canada)
La Voce de David Uloth (Canada)
Manoman de Simon Cartwright (Royaume-Uni)


Der Fan (Eckhart Schmidt)

THEMATIQUE « LES SINGULIERES »

Black Moon de Louis Malle (France) : Louis Malle aux Hallucinations Collectives ?!? Et pourquoi pas ! Surtout que le film en question – apparemment très intime pour son auteur – explore la psychanalyse d’une jeune femme en pleine phase d’éveil sexuel. Du bizarre, du surréalisme et du symbolisme freudien ? On prend !
La fille qui en savait trop de Mario Bava (Italie) : Un petit Mario Bava de temps en temps, ça ne fait jamais de mal. Ici, on est gâté : ni plus ni moins que l’un des films fondateurs du giallo, dont on vérifiera pour l’occasion s’il a passé l’épreuve du temps.
Créatures célestes de Peter Jackson (Allemagne/Nouvelle-Zélande) : « Sans doute le plus beau film de Peter Jackson », pouvait-on lire sur le site du festival. En ce qui concerne, on sera plutôt en désaccord, surtout plusieurs années après que Jackson ait réalisé le déchirant Lovely bones, lequel constitue d’ailleurs un film-jumeau de celui-ci. Cela dit, revivre cette terrible histoire d’amitié meurtrière sur grand écran sera une occasion qui ne se représentera pas tous les jours.
Der Fan de Eckhart Schmidt (Allemagne) : Une groupie obsédée par son idole, du sexe et de la séquestration : un cocktail propice à un huis clos pervers et dérangeant. Or, il semblerait que Der Fan soit plus introspectif que graphique, avant tout attaché à explorer le mal-être d’une adolescente. Autre bon point : ce film inédit en France sera ici présenté dans sa version intégrale.

THEMATIQUE « ZOOM SUR JESS FRANCO »

Les inassouvies de Jess Franco (Allemagne/Espagne) : Premier film de cette thématique très émoustillante, centré sur l’hypocrisie bourgeoise et des phases de libertinage à faire rougir le marquis de Sade – dont ce film adapte très librement l’une des nouvelles. Sexualité débridée, psychédélisme ambiant, hallucinations diverses et rituels cruels : tout Jess Franco semble déjà là !
Le cabaret des filles perverses de Jess Franco (France/Suisse) : On aurait aimé avoir droit au très érotique Vampiros Lesbos parmi les films de cette thématique, mais nul doute que ce cocktail de nudité et de sadisme devrait rassasier notre appétit d’expériences cinématographiques coquines.
Crimes dans l’extase de Jess Franco (Allemagne/Espagne) : Franco retrouve ici sa sublime égérie Soledad Miranda pour une histoire très sombre où la vengeance se déguste froide et sensuelle. Pulsions scopiques à prévoir.


Le cabaret des filles perverses (Jess Franco)

CARTE BLANCHE A LUCILE HADZIHALILOVIC

L’incinérateur de cadavres de Juraj Herz (Tchécoslovaquie) : Si l’on en croit la présentation du film par Lucile Hadzilhalilovic, les perspectives d’hypnose devraient être très élevées avec ce film symbolique sur le totalitarisme soviétique. Et visiblement, l’humour serait autant au rendez-vous que l’insolite. On est impatients de découvrir cela.
Lettres d’un homme mort de Konstantin Loupouchansy (URSS) : Les images de ce film post-apocalyptique nous rappellent un peu le Stalker d’Andrei Tarkovski, ce qui met déjà l’eau à la bouche. Lucile Hadzihalilovic nous promet un film hypnotique sur un futur ravagé, mélancolique, en décomposition, bref du genre à nous laisser avec des images marquantes plein la tête.
Prison de cristal d’Agusti Villaronga (Espagne) : Très dérangeant, paraît-il, surtout de par son ambiance oppressante et sa tension en crescendo, avec une vraie richesse visuelle et sonore. Le sujet du film, à savoir le fascisme et le sadomasochisme, promet une expérience d’autant plus radicale qu’elle semble impliquer des enfants dans le processus.


Innocence (Lucile Hadzihalilovic)

LE CABINET DE CURIOSITES

Spetters de Paul Verhoeven (Pays-Bas) : Soyons clairs : Spetters est bel et bien le film le plus hardcore de Paul Verhoeven, celui qui lui aura valu le plus de problèmes avec la censure néerlandaise et qui exhale encore aujourd’hui un parfum de souffre nihiliste rarement égalé par la suite. Le tableau cru et hyperréaliste d’une jeunesse issue de la classe ouvrière, capturé avec ironie et provocation par le plus subversif des cinéastes contemporains. Culs-bénits et estomacs fragiles, cassez-vous !
Appel d’urgence de Steve de Jarnatt (Etats-Unis) : Curieux concept à la Phone Game, avec un coup de téléphone qui fait basculer la vie d’un homme romantique dans le chaos le plus complet. On est partagé entre l’envie de trouver ça drôle et le désir d’avoir des sueurs froides devant la matérialisation d’un chaos total. Les deux ensemble, ce serait possible ?
Sonny Boy de Robert Martin Caroll (Etats-Unis) : Un film sur un sadique, joué par un spécialiste des rôles de sadiques, dans un contexte familial bien dérangeant. Le mélange de violence et de douceur auquel le film semble se résumer nous fait penser au très réussi Bad Boy Bubby de Rolf de Heer, dont on espère voir ici un digne ancêtre.
Innocence de Lucile Hadzihalilovic (France) : C’est l’un des films français les plus beaux et les plus troublants jamais réalisés. On ne mesure toujours pas la chance de pouvoir le (re)découvrir sur grand écran, qui plus est en présence de sa géniale réalisatrice. Et pour accompagner notre hypothétique entretien avec Lucile Hadzihalilovic, on vous prépare d’ores et déjà une analyse de ce chef-d’œuvre pendant le festival…

SOIREE ANIMOKATAK

Razorback de Russell Mulcahy (Australie) : Premier film de cette soirée consacrée aux « animaux qui attaquent », le fameux Razorback de Russell Mulcahy nous laisse tout de suite dans un état d’hésitation. D’abord parce qu’on doute que le film ait pris de belles rides avec le temps, ensuite parce que le réalisateur des deux premiers Highlander aura fini par transformer sa carrière en un sacré champ de betteraves. L’occasion de redonner une chance à ce film malgré tout assez culte…
Phase IV de Saul Bass (Etats-Unis/Royaume-Uni) : Là, on est plus que ravi : l’unique film réalisé par le graphiste Saul Bass (à qui l’on doit tant d’affiches et de génériques inoubliables), et centré sur d’étranges comportements de fourmis anormalement agressives. Un classique que l’on a hâte de redécouvrir sur grand écran !


Phase IV (Saul Bass)

Ajoutez à cela une Séance Hallucinée ibérique consacrée au brillant Intacto de Juan Carlos Fresnadillo, une présentation du film Le fil de la vie dans le cadre des Ateliers du 7ème arrondissement lyonnais, le retour des fameuses Hallucinations Auditives, une soirée lecture-concert, ainsi qu’une projection du documentaire de Virginie Despentes sur le féminisme porno-punk (Mutantes), et vous aurez de quoi sortir littéralement épuisé de ces Hallucinations Collectives. Epuisé, mais heureux. Plus que quelques semaines à patienter avant le début des festivités !

Site internet : ici
Planning des séances : ici

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