Annecy 2018 : le programme

On dit voir Venise et mourir. Nous on dirait bien volontiers voir Annecy et revenir. Il est bien difficile de se passer du Festival International du film d’animation d’Annecy une fois qu’on y a goûté. Il faut dire qu’à la perle des Alpes, tout concourt pour passer le meilleur des moments. Son cadre paradisiaque exerce à lui seul un charme irrésistible. Mais celui-ci ne serait rien sans l’esprit convivial qui anime l’événement et les rencontres qu’il permet. Un terreau parfait que l’organisation met un point d’honneur à entretenir. Car si on peut toujours craindre les dérapages lors d’événements de telle ampleur, Annecy montre une « irréprochabilité » totale où tout est géré avec une efficacité forçant le respect. Bref, c’est le meilleur des services possible pour offrir au public une sélection qui va en elle-même faire honneur au média. Peut-être encore plus que sur la précédente édition, le programme de cette année brasse large. Elle nous met une nouvelle fois face à la diversité et richesse du cinéma d’animation. On retrouve donc naturellement les grosses machines avec les avant-premières d’Hôtel Transylvanie 3 et Les Indestructibles 2 en présence de leur réalisateur respectif Genndy Tartakovsky et Brad Bird (qui recevra le Cristal d’honneur). Il y aura également la présentation des premières images de Ralph 2.0, Spider-man : Into the Spider-verse et Dragons 3. Et à côté, on trouve des œuvres plus modestes comme le chinois Have a Nice Day qui a droit à une projection événement après son retrait tardif et forcé de la sélection l’année passée. Bien évidemment, cela se retrouve dans une sélection officielle qui promet des œuvres étonnantes. Faisons en un petit tour.

Virus Tropical de Santiago Caicedo (Colombie) : Si l’animation brésilienne est à l’honneur pour cette édition, l’Amérique du Sud dans son entier se taille une belle place dans la compétition officielle. Avec son noir et blanc, ses dessins presque enfantins et son ton autobiographique, Virus Tropical évoque énormément Persepolis. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque Marjane Satrapi fait partie des influences de Power Paola, l’auteure de la bande dessinée d’origine. On ose espérer que le résultat atteindra les mêmes sphères.

La Casa Lobo de Cristobal Leon et Joaquin Cocina (Chili) : Comme nous l’avons dit plus haut, les festivals sont toujours l’occasion de voir des œuvres à la confection modeste qui peuvent difficilement trouver le chemin des salles obscures. C’est le cas de La Casa Lobo, ouvrage en stop-motion réalisé sur une durée de cinq ans avec un budget dérisoire. Les premières images traduisent le caractère artisanal de l’entreprise. Ce qui n’est pas forcément pour déplaire à la vue d’une expérience se voulant onirique et angoissante.

Wall de Cam Christiansen (Canada) : Au vue d’une sélection où les œuvres basées sur des faits réels se mélangent à la pure fiction, il n’est pas étonnant qu’un documentaire y trouve sa place. Wall se pose comme un prolongement du monologue théâtral de David Hare (connu entre autres pour les scripts de The Reader et The Hours) sur le mur séparant Israël et la Palestine. Sujet délicat à traiter en soit, il y a également une interrogation quant à l’apport de l’animation sur un projet purement verbal à la base. Dans un sens comme dans l’autre, les images de la bande annonce ne sont pas là pour rassurer mais on reste attentif à la proposition.

Mirai de Mamoru Hosoda (Japon) : Sans nul doute le mastodonte de la compétition. Il n’y a pas vraiment besoin de présenter Mamoru Hosoda. De One Piece : Le Baron Omatsuri et L’île Secrète à Les Enfants Loups, Ame & Yuki en passant par Summer Wars, il est aujourd’hui un des plus grands réalisateurs japonais actuellement en activité. Mirai n’a pas l’air de faire tache dans sa filmographie avec son histoire mêlant l’enfance, la famille et les voyages dans le temps. Bien sûr, il y a le risque de la lassitude (surtout après la relative déception de Le Garçon et La Bête) mais on espère de tout cœur que ça sera un des temps fort du festival.

Seder-Masochism de Nina Paley (Etats-Unis) : A l’instar de La Casa Lobo, notre attention aurait pu difficilement se porter sur Seder-Masochism hors du cadre d’un festival. Militante pour l’art libre, Nina Paley a conçu ce long-métrage quasiment toute seule dans son coin. Cette fabrication en isolation permettra-t-il de nous offrir une œuvre libre et innovante… ou un objet précisément hermétique ? A voir ce que donnera cette lecture personnelle de l’Exode dont l’originalité est déjà assurée.

The Breadwinner de Nora Twomey (Canada, Irlande, Luxembourg) : Nous avions été particulièrement séduit l’année dernière par la présentation du work-in-progress. En toute logique, le film de Nora Twomey constitue notre seconde grosse attente de la sélection.

Gatta Cenerentola d’Ivan Cappiello, Alessandro Rak, Marino Guarnieri et Dario Sansone (Italie) : Il a donc fallu huit mains pour concevoir cette variation autour du conte de Cendrillon. Cela pourrait expliquer le côté fourre-tout qui se dégage de sa bande annonce. On admettra craindre l’indigestion mais il ne faut jamais mettre en veille sa curiosité face à un peu d’originalité.

Funan de Denis Do (Belgique, Cambodge, France, Luxembourg) : La sélection ne pouvait être complète sans une touche française. Celle-ci nous emmène cependant loin de l’hexagone. Le film se déroule au Cambodge où une mère cherche à retrouver son fils sous le régime des khmers rouges. Avec un tel sujet, on pourrait craindre le pathos et le larmoyant. Impression que le clip de présentation du projet n’efface pas totalement. Mais il met également en avant un véritable soin de mise en scène et ce désir de faire du cinéma a tout pour nous plaire.

Tito e os Passaros de Gustavo Steinberg, Gabriel Bitar et André Catoto Dias (Brésil) : Le représentant du Brésil a lui aussi tout pour nous mettre dans la poche. Avec son sujet universel (un groupe d’enfant cherche un remède contre une épidémie de peur) servie par un style visuel original, on peut espérer un spectacle réussi avec une vraie personnalité.

Okko’s Inn de Kitaro Kosaka (Japon) : Sortie un peu de nulle part (il n’était pas référencé sur imdb avant l’annonce de la sélection), Okko’s Inn n’est pourtant pas l’œuvre d’un nouveau venu. Si son nom ne vous dit rien, Kitaro Kosaka fut animateur sur des petits films comme Akira, Le Tombeau des Lucioles, Le Voyage de Chihiro et Metropolis. Un sacré CV qui logiquement intrigue énormément pour son premier-long-métrage.

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[ENTRETIEN] Catherine Breillat

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