[ANNECY 2017] Zombillénium / Mutafukaz / Le grand méchant renard et autres contes

Si Annecy est un festival tourné vers l’international comme son intitulé l’indique, elle n’en oublie pas pour autant de donner sa place à la production hexagonale. Il faut dire que le programme nous a réservé trois films certes de qualité variable mais disposant de personnalités originales et méritant toute notre attention.

Il n’y avait probablement pas de meilleur film pour faire l’ouverture du festival que Zombillénium. Si on ne devait définir qu’en un mot le film d’Arthur de Pins et Alexis Ducord, ce serait festif. Rien de mieux en conséquence pour ouvrir le bal que cette histoire de parc d’attraction où se sont reconvertis vampires, zombies, loups-garous et autres sorcières. Plutôt que de simplement adapter sa bande dessinée, Arthur de Pins a voulu que le long-métrage soit une réinvention. Un choix assez judicieux puisque dénotant un réel désir d’adopter une structure narrative avant tout cinématographique. Le résultat est là, le film disposant d’un rythme impressionnant… ce qui malheureusement constitue la force et la faiblesse de Zombillénium. Le film est ainsi un grand-huit à la dynamique accrocheuse offrant une palanquée d’idées autour de son univers et multipliant les personnages qui ont chacun ce petit grain attachant. Les aspects réjouissants ne manquent pas et ça devient finalement une source de frustration. D’une durée courte (1H18), Zombillénium a trop tendance à confondre vitesse et précipitation. Se laissant trop emporter, il n’a jamais le temps de cultiver en profondeur son sujet. Il aurait été tellement plaisant d’avoir des moments de respiration permettant d’explorer un peu plus cet univers ou de développer les personnages. Il en va de même pour l’idée centrale opposant l’horreur à l’érotisme pour midinettes de Twilight avec l’authentique horreur viscérale. Un discours des plus appréciables mais inabouti en raison d’une horreur ne gagnant jamais sa dimension terrifique et demeurant prisonnière par l’orientation fun (la reconstruction du train fantôme en forme de montage musical). À l’image de ses graphismes (la retranscription du charmant style visuel de la BD s’assortit d’une animation rigide), Zombillénium a un goût d’inachevé. Sa générosité n’en fait pas moins un divertissement tout à fait recommandable et soutenable dans notre paysage cinématographique.

C’est encore plus le cas de Mutafukaz qui ne ressemble pas à autre chose qu’à lui-même. C’est peu dire que cette coproduction entre le studio français Ankama Animations et les japonais de Studio 4°C a mis le feu à la salle lors de sa projection unique. Il faut préciser que la projection de cette adaptation par Guillaume Renard de sa BD (coréalisé avec Shoujirou Nishimi) était un événement. Encore sans distributeur, Mutafukaz avait vu sa post-production mise longuement en suspens pour des raisons financières (l’échec commercial de Dofus avait plombé les comptes d’Ankama). Et le film désormais terminé a de quoi mettre en joie. Évidemment, Mutafukaz marque tout d’abord par son visuel ébouriffant. Character design étonnant, recherches artistiques urbaines d’une grande richesse, profusion d’idées de mise en scène pour mettre en valeur la ville, scènes d’action d’une efficacité exemplaire… On pourrait peut-être reprocher quelques effets de style un peu balourds (les cartons, certaines touches d’humour) mais celles-ci participent d’une certaine manière à la qualité de l’expérience. Tout dans la forme Mutafukaz fonctionne par l’exagération et cela est cohérent par rapport à une histoire imprévisible qui ne laisse jamais supposer la direction qu’elle va prendre. Il est alors regrettable qu’aux 2/3 du long-métrage, une longue scène d’explication statique vienne tout mettre à plat et fasse retomber le rythme. Ce qui ne fait cependant pas s’écrouler l’édifice. Portée par une extraordinaire BO (l’utilisation de la musique d’un camion de glaces lors d’une course-poursuite d’anthologie), Mutafukaz affiche son refus du conformisme et propose une œuvre sans doute inégale mais totalement grisante.

Pour finir sur cette sélection française, évoquons Le Grand Méchant Renard Et Autres Contes. De nouveau, il s’agit là du cas d’un auteur (en l’occurrence Benjamin Renner accompagné par Patrick Imbert à la réalisation) adaptant sa propre bande dessinée. On est toutefois dans un genre très différent de celui de Zombillénium ou Mutafukaz. Mais il faut aussi noter que ce film à sketch est également loin du registre attendu. Avec son esthétisme de livre pour enfant, Le Grand Méchant Renard pouvait se voir comme un prolongement d’Ernest Et Célestine co-réalisé par Renner. Peut-être est-ce dû à son format de film à sketches mais le long-métrage dévoile une identité fort différente. Loin de courir après la poésie d’Ernest Et Célestine, cette collection de trois histoires se conforte dans une narration classique et la mise en avant de moralités prévisibles. Or, par cette sorte de modestie, Le Grand Méchant Renard met en exergue ses autres qualités. Soit un humour d’une grande vivacité, des personnages extrêmement attachants et donc un visuel au charme irrésistible. Le long-métrage dépasse le caractère juste mignon sur lequel se bloquait Ernest Et Célestine pour déboucher sur un ensemble de bons moments dans lequel on sera ravi de se replonger. Un constat qui au bout du compte préside ces trois productions.

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