[ANNECY 2017] Téhéran Tabou / Animal Crackers

L’une des joies d’un festival est de voir plein de choses que l’on n’aurait pas forcément la motivation ou l’opportunité de voir dans d’autres dispositions. C’est également le plaisir de la variété et de passer d’un genre à un autre. Tous deux sélectionnés en compétition, on ne peut imaginer œuvres plus éloignées que Téhéran Tabou et Animal Crackers.

De par son recours à l’animation et son sujet ouvertement destiné au public adulte, il serait aisé de rapprocher Téhéran Tabou du formidable Valse Avec Bachir. Cependant, le film d’Ali Soozandeh avance une utilisation de l’animation fort différente de ce dernier. Chez Ari Folman, l’animation était là pour illustrer le caractère abstrait pris par les souvenirs de l’auteur. Elle cherchait à traduire le voile qui a recouvert sa mémoire. Bref, Folman nous invitait à comprendre ce qui se passait au plus profond de son esprit. Soozandeh prend une direction que l’on pourrait presque considérer opposée. L’animation de Téhéran Tabou dégage une sorte d’irréalité qui crée une certaine distance vis-à-vis de l’histoire. Ironiquement, c’est en instaurant ce recul que le cinéaste parvient à nous faire accepter sa peinture de la capitale iranienne bien loin de tous clichés. La scène d’ouverture donne d’ailleurs le ton. Une route anonyme éclairée par les phares d’une voiture avec une radio en fond sonore. Celle-ci crache différents programmes : une publicité pour des burgers, une émission religieuse, une autre politique, la météo… Cette synthèse de sujets divers inaugure parfaitement l’approche du sujet. A travers le parcours de plusieurs personnages, Soozandeh tisse un portrait complexe de la ville qui va au-delà du simple rigorisme religieux. C’est de façon très frontale et en ne se refusant aucune nuance que le réalisateur partage la trajectoire de protagonistes où les vices se mêlent avec les aspirations. Il embrasse tous leurs paradoxes et leur confère la justesse qu’ils méritent. Tout ceci fait de Téhéran Tabou une expérience de premier ordre.

Ce qui est tout l’inverse d’Animal Crackers, production familiale qui n’est pas tant médiocre qu’insignifiante. Se déroulant dans l’univers du cirque, le long-métrage propose comme argument des biscuits à l’effigie d’animaux transformant celui qui les mange en la bête correspondante. Probablement un studio comme Disney ou Pixar aurait pu faire quelque chose avec ce pitch. En l’état, on ne trouvera dans le film guère plus qu’un casting impressionnant (Emily Blunt, Danny DeVito, Ian McKellen, Sylvester Stallone) et quelques idées intéressantes (l’apparition d’une chimère lors du climax). Le traitement n’est quant à lui jamais à la hauteur que ce soit par le biais d’une animation dénuée de subtilité ou un scénario s’éparpillant péniblement dans ses sous-intrigues. On serait même à deux doigts de dégainer la carte du plagiat face à certains éléments (un personnage qui semble tout droit sorti de Tempête De Boulettes Géantes, un running-man évoquant méchamment Team America). Au-delà de la carte de la variété, la sélection d’un tel film en compétition apparaît étonnante et son inclusion a été de toute évidence décidée tardivement au vu de la qualité cocasse des sous-titres (une traduction française réalisée en précipitation par une équipe espagnole à l’aide de google translate #véridique). Rien que du très oubliable en somme.

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