[ANNECY 2016] [PREVIEW] Dans un recoin de ce monde, de Sunao Katabuchi

Et si les plus belles images qu’il nous ait été donné de voir lors de ce festival n’étaient pas celles d’un film, mais d’une bande-annonce ? Si l’on en juge l’émotion que nous ont procuré ces trois minutes dévoilées en avant-première mondiale, la réponse tend clairement vers la positive.

Dans un recoin de ce monde, c’est d’abord le nom d’un manga en deux tomes de Fumiyo Kôno, publié en 2008 au Japon et édité en 2013 en France par Kana. Mis en chantier il y a cinq ans, le film en est bien sûr l’adaptation, avec à sa tête quelques personnes de talent telles que Masao Maruyama à la production et Sunao Katabuchi à la réalisation. Si l’on ne présente plus le premier, cofondateur du studio Madhouse et à qui l’on doit des classiques tels que Paprika ou La traversée du temps (il est désormais à la tête du studio Mappa, qui produit Dans un recoin de ce monde), l’anonymat du second dans nos contrées mérite sans doute que l’on s’y attarde. Sunao Katabuchi, c’est d’abord des collaborations avec Hayao Miyazaki : il scénarise quelques épisodes de la série Sherlock Holmes avant d’être assistant-réalisateur sur Kiki, la petite sorcière, film qu’il devait initialement réaliser. L’homme est depuis devenu un réalisateur de talent, donnant naissance à l’étonnant Princesse Arete et surtout au sublime Mai Mai Miracle, succès au Japon et qui fait éclater sa sensibilité et son talent au grand jour.

Tout cela, chaque intervenant de ce Work In Progress (dont Masao « Yoda » Maruyama lui-même, présent pour l’occasion) s’est bien chargé de nous le rappeler, au gré d’une présentation trop longue pour son propre bien. Venons-en donc au projet lui-même, dont la sortie est prévue en octobre au Japon. Comme le soin extrême accordé aux décors en témoigne, chaque intervenant a insisté sur le cœur mis à l’ouvrage au cours de l’élaboration du film. Bien que respectueux du manga sur la forme, notamment en ce qui concerne le style graphique du matériau d’origine, le long-métrage bénéficie d’un soin immense quant à la retranscription du quotidien du Hiroshima des années 30 et 40. Dans un recoin de ce monde s’intéressera en effet à Suzu, une habitante de la ville, de son enfance à son mariage. L’anime tient ainsi à témoigner avec un grand respect de la vie de l’époque, poussant son sens du détail jusqu’à la résurrection symbolique de ses vrais habitants, famille d’un témoin rencontré lors des recherches documentaires nécessaires à la création du film.
Des recherches qui nous ont été racontées par l’intermédiaire de comparatifs entre des photos de l’époque et des images du film, pas toutes animées et sans le moindre son, mais déjà fascinantes à l’aune du sentiment de vie qui émane de chacune d’elles.

Nous y avons vu principalement Suzu enfant, marchant dans la ville où passant sous un pont à bord d’un bateau, mettant en lumière la beauté des décors de la ville et de détails qui auront probablement leur importance dans le cadre du film fini (les vêtements des personnages, les boutiques…). La direction artistique est sublime, jouant logiquement sur la multiplication des tons selon le contexte et l’époque, de la vie paisible et manifestement insouciant de l’avant-guerre à ce plan anxiogène d’un navire ayant sombré suite au largage de la bombe.
C’est là la note d’intention d’un film qui se veut testamentaire, plus de 70 ans après les faits. Décrire des vies, la Vie, comme nous l’expliquait également Taro Maki, lui aussi présent à Annecy.

Bien sûr, quelques minutes ont aussi mis en avant le financement du film, dont la particularité est d’avoir eu recours au crowdfunding. Entre le 9 mars et le 29 mai 2015, le film a récolté 36 millions de yens, soit 181% des 20 millions initialement visés. Un succès qui constitue encore à l’heure actuelle un record pour un film d’animation.
On ne peut qu’espérer que cet enthousiasme se confirme dans les salles. Vu la beauté de ce qui nous a été présenté, Dans un recoin de ce monde semble en tout cas avoir toutes les bonnes cartes en sa possession.

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