Annecy 2016 : Le bilan

Je l’avais imaginé en rédigeant le programme : ce festival a su se révéler très surprenant. Je pourrais parler de Psiconautas que je pensais plus romantique et qui m’a décontenancée durant le premier jour annécien. Et c’était pourtant l’une des mes principales attentes, les espagnols étant spécialistes du cinéma de genre. Je pourrais aussi évoquer Window Horses dont le pitch répondait déjà à mes aspirations mais qui s’est révélé être une jolie surprise, et si j’osais, j’irais même jusqu’à me remémorer les parties de cache-cache avec le soleil que nous n’avons finalement jamais trouvé.


Si nous avons renoncé aux projections plein air, nous n’avons pas pour autant dit adieu aux séances nocturnes. Comment oublier Belladonna qu’il ne m’avait pas encore été donné de voir et qui s’est révélé être une véritable claque cinématographique ? Comment ne pas être effaré par son degré de subversion toujours d’actualité en 2016 et qui remet en question tous nos systèmes de valeurs ? Ce ne serait pas trop s’avancer d’imaginer Jehros en faire son quatre heures pour l’émission Anima
Et Guillermo Del Toro, ah Guillermo… Ton accent à couper au couteau a malmené la festivalière fatiguée que j’étais et qui luttait pour ne pas décrocher lors de ta passionnante leçon de cinéma. Il faut avouer que cela tranchait avec le conformisme du journaliste de Variety qui t’interrogeait, vêtu d’un costume propret, te susurrant un anglais bien lisse. Souvenir de ta venue en France, une poignée de main aussi franche que chaleureuse échangée dans la boutique Culture Trock de Bonlieu. Et l’on partage chez Courte Focale, peu fiers de le dire, un point commun avec le maestro : un amour infini pour les productions japonaises. J’ai pu partager ici mes déceptions devant celles de la sélection 2016, mais rassurez-vous, elles furent vite oubliées durant le Work in Progress de Dans un recoin de ce monde. Quelques mots, un reportage, une bande-annonce et déjà les larmes aux yeux. Oui, de grands espoirs sont tournés vers le Japon, entre la sortie de ce film et le prochain Makoto Shinkai.

Work in progress de "Dans un recoin de ce monde", réalisé par Sunao Katabuchi. La bande-annonce nous a submergés.

Une photo publiée par Courte Focale (@courtefocale) le


Pour rester en Asie, on s’est exposés à une épidémie de zombies. Le pitch simple rend la portée politique du film évidente, opposant des personnages dominés (SDF, prostitués…) aux représentants des classes dominantes (police, mac). Cependant, Seoul Station se veut plus cynique qu’engagé, jouant avec les codes des films de monstre pour mieux les retourner. Parfois, la salle rit et souvent, elle se délecte des morsures fatales. Au lieu d’espérer la survie des principaux protagonistes, on s’esclaffe devant le déséquilibre du monde et religieusement, on en attend la perte. Jouissif.
Mais il fallut quitter les pays du soleil levant ; respectueuse du thème de l’année, je m’inscrivis au WiP d’une production française. Elle a su retenir mon attention même si elle est placée sous le signe d’une gestation longue et semée de tours et de détours. Il s’agit bien sûr de Croc-Blanc, écartelé entre les souhaits des producteurs d’en faire une production familiale, première adaptation de l’histoire en long-métrage animé et les inspirations de l’équipe artistique, biberonnée aux westerns et classiques du cinéma. Les premiers visuels, à mi-chemin entre réalisme et sculptures bruts, le parti-pris d’utiliser la motion-capture pour les personnages humains et plus généralement un travail dense et précis sur l’atmosphère ont achevé de me charmer. On regrettera la mauvaise gestion du temps dans ce WiP puisqu’après le passage éloquent du directeur artistique Stéphane Gallard, le réalisateur a dû abréger ses propos. Pourquoi ? Pour permettre aux producteurs de projeter une vidéo promotionnelle qui a servi à vendre le projet aux Etats-Unis. Nul doute que la salle remplie de journalistes et d’étudiants en animation aurait préféré entendre davantage de détails techniques plutôt que revoir des images déjà partagées dans une vidéo marketing. Notez bien que le réalisateur n’avait même pas connaissance de cette vidéo et ne l’avait jamais visionnée

L’intérêt est également piqué au vif par les images inédites de Trollhunters, de Guillermo Del Toro. À cette occasion, Jeffrey Katzenberg lui-même a été invité sur scène pour nous parler de sa collaboration avec Netflix. On salue le geste symbolique de Marcel Jean de lui offrir une carte d’accrédité à vie, ce qui porte un message tellement plus fort qu’une quelconque statuette honorifique. Katzenberg, cofondateur de Dreamworks, le perçoit comme tel : le festival d’Annecy est une réunion géante de geeks du cinéma d’animation, une semaine fantastique où l’on peut échanger avec nos semblables et ne parler que de cette passion qui nous unit. La salle est euphorique en entendant ses idoles partager le virus cinétique. Oui, ce virus qui nous fait tous hurler LAPIIIN et s’appliquer dix minutes pour plier un avion en papier. J’ajouterai qu’on en revient électrisés, comme polarisés par une foule d’images. Il faut rappeler qu’on accède à des films qui ne voyageront probablement pas jusqu’aux salles provinciales et dont la notoriété médiatique sera extrêmement limitée. Passionnés de cinéma d’animation, on sort donc de cette semaine avec la périlleuse mission de transmettre la diversité du medium. Ambassadeurs du festival, tous les accrédités et visiteurs portent en eux la capacité de voir un film avec un regard d’enfant mais aussi d’en appréhender les différentes lectures, ce que l’opinion publique peine à voir. De l’Asie au Moyen-Orient, aucune région du monde n’est épargnée et l’on rencontre chaque jour un nombre déconcertant de réalisateurs en devenir. Parce qu’on aime avancer comme des explorateurs, on a voulu vous parler de la projection d’Un Rêve solaire et on aimerait vous dire quelques mots encore de Nuts, le docu animé qui a séduit Sundance.

Délicieux jeu de mot que ce titre ! En effet « Nuts » raconte l’histoire d’un médecin qui greffe des glandes de bouc sur des testicules humaines. Evidemment, tous ses pairs le traitent de fou tandis qu’il prône les bienfaits d’une médecine alternative. Tous les témoignages mis en scène sont ceux de patients qui en font l’éloge et l’ordre des médecins nous est dépeint comme un cercle aigri et désuet. Stupeur dans la salle, cette méthode serait-elle efficace ? On établit déjà la comparaison avec des traitements de médecine douce auxquels ne croient pas toujours nos médecins généralistes mais on pense aussi aux médicaments soi-disant révolutionnaires vendus par des charlatans. Comment discerner le vrai du faux, comment trancher quand notre esprit titube même à la vue d’un documentaire ? Pour en savoir plus, il vous faudra plonger dans la vie du Dr. John Romulus Brinkley mais on va vous le confier de suite : le personnage a réellement existé, ceci est bien un documentaire…


Il était une fois… #AnnecyFestival

Une vidéo publiée par Guillaume Lasvigne (@jehros) le


À très bientôt Annecy !

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