Uma História de Amor e Fúria

« Le passé, c’est ce qui se produit maintenant ». En d’autres termes, nos actes quotidiens conditionnent ceux des générations futures. Tel est le propos de Uma História de Amor e Fúria, seul film sud-américain en compétition cette année. Il en est même l’un des plus ambitieux sur le papier puisqu’il entreprend de suivre le parcours de son principal protagoniste sur pas moins de 600 ans (c’est son âge) au gré de quatre périodes clés de son existence. Pour autant d’arcs narratifs et la structure la plus linéaire qui puisse en découler, chacune succédant tout simplement à la précédente. Un parti-pris simple et pertinent étant donné ce que cherche à raconter Luiz Bolognesi, mais qui se montre très vite répétitif si l’on considère que chacune des parties dépeint la même chose (ça tombe bien, c’est le sujet) et que l’on en saisit très vite la finalité. Car en dépit d’une succession d’imageries, peu originales au demeurant, liées aux multiples genres abordés (polar, SF…), le fait de lier petite et grande Histoire (celles de son héros et du Brésil) ne surprend jamais dans la forme, pas plus que dans le fond, écrit d’avance. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes, une maxime que Bolognesi s’efforce à mettre en images (dans le character design et la direction artistique notamment) à travers ce combat entre les puissants statufiés et les combattants opprimés et tombés dans l’oubli auxquels il rend hommage en adoptant leur point de vue.

S’il parvient presque à convaincre sur la durée, c’est avant tout parce que Bolognesi se pose en témoin objectif et sarcastique de l’évolution de son pays et de son potentiel futur. L’émotion fait fi du chemin balisé qu’emprunte le scénario pour nous laisser impuissants devant l’inéluctabilité de la situation, certes parfois teintée d’espoir mais toujours en défaveur de la minorité rebelle. Il n’en fallait évidemment pas plus pour faire directement écho à notre présent, fatalement jamais évoqué dans le long-métrage. À défaut d’avoir les moyens et le talent de son ambition (plus qu’impersonnel, Uma História de Amor e Fúria est surtout visuellement daté), Bolognesi signe un film inégal mais qui a au moins le mérite de laisser transparaître une sincérité à fleur de peau.

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