[ENTRETIEN] Michihiko Umezawa

Stand by me Doraemon n’est pas venu seul à cette édition 2015 du festival d’Annecy. Michihiko Umezawa, l’un de ses producteurs exécutifs, était également de la partie. Nous avons pu le rencontrer afin d’évoquer ensemble le film lui-même, bien sûr, mais aussi la franchise dans sa globalité et ce qu’elle représente, tant au Japon qu’à l’international.

Courte-Focale : Par le fait de remonter aux origines du manga, en narrant la rencontre entre Nobita et Doraemon, y avait-il la volonté de faire connaître la franchise à l’international ?

Michihiko Umezawa : L’international n’était pas dans ma vision. Au Japon, l’animation se résume encore beaucoup à l’animation en 2D, mais c’est la 3D qui fait l’actualité au niveau mondial. Du coup, nous avions naturellement plus de chances pour approcher l’international. Les films 2D étaient destinés aux enfants et à leurs parents et, si on veut cibler les adultes qui regardaient ces films 2D étant enfants, il fallait trouver un moyen pour les attirer. Imaginez que vous étiez jeune il y a 40 ans, et vous avez grandi avec Doraemon. Vous avez envie d’aller voir Stand by me Doraemon mais en 2D, vous auriez appréhendé le fait d’aller au cinéma. Par contre, la 3D est une nouveauté, c’est moderne, ce qui fait que ceux qui ont connu cet univers étant petits, ont envie de voir de quoi il en retourne. La 3D était intentionnelle dans cette optique. En fait, il y a sept histoires que l’on a combinées pour en faire un film, sept histoires fétiches pour les japonais. Beaucoup de japonais se rappellent de ces épisodes, lus dans le manga ou vus à la télévision, ils en sont nostalgiques, se souviennent de leur enfance.

Pour le prochain film en images de synthèse, pensez-vous justement continuer à adapter fidèlement le manga ou vous en éloigner pour raconter une toute nouvelle histoire ?

Nous ne l’avons pas encore décidé. Par contre, au niveau du chiffre d’affaires au Japon, Stand by me Doraemon a réalisé le double des films en 2D. En fait, le public s’est étendu. Avant, nous n’avions que les enfants et les parents, puis la 3D a fait venir des jeunes couples ou des personnes d’un âge plus mûr, ce qui a donc augmenté le chiffre d’affaires. Si on pense aux prochains films, ce qui est important sera de garder cette panoplie de spectateurs de différents âges.

Du coup, pourquoi avoir attendu 2014 pour sortir un film Doraemon en images de synthèse ? Est-ce lié à des raisons purement techniques ?

J’avais des doutes sur la qualité des CGI. Un nouveau sujet peut se traiter avec de nouvelles technologies, par contre une franchise qui dure depuis 35 ans, nous ne pouvions pas échouer, considérer les choses à la légère. C’est la raison pour laquelle nous avons attendu si longtemps.

Considérez-vous la production de films d’animation en images de synthèse comme une priorité par rapport à ceux en animation traditionnelle ?

Non, il n’y a pas de priorité. Les films 2D sont une affaire annuelle. J’aimerais renouveler l’expérience d’un film 3D mais ce n’est pas obligatoire. On essaiera si on a un bon scénario.

Stand by me Doraemon est le 36ème film de la franchise, le premier en CGI. Quels ont été les principaux défis de cette transition ?

En fait, je ne pense pas que ce soit une transition. Je pense que les films 2D continueront d’exister. Tant qu’il y a le public, nous continuerons d’en produire. Quant aux films en images de synthèse, le temps nécessaire à la production ne permet pas d’en faire tous les ans, ce qui fait que l’on envisagera d’en produire quand nous aurons un bon scénario.

Pourquoi selon vous, au contraire de multiples autres franchises, Doraemon a du mal à s’installer en France ?

Ce sont les compagnies de télévision qui ont décidé si oui ou non, il y aurait diffusion. Pour nous, peu importe le lieu, que ce soit en France, en Allemagne… Si les gens apprécient, c’est bien. On connaît un succès en Italie, ainsi qu’en Espagne, mais c’est vrai, pas encore en France.

[Un membre de Viz Media, qui se charge de la diffusion du film en Europe, intervient] C’est par l’intermédiaire de Stand by me Doraemon que l’on essaie de percer dans des pays où Doraemon n’est pas encore connu.

Compte tenu de la popularité de Doraemon depuis plus de 40 ans au Japon, quelle a été son influence sur la culture japonaise ?

Je ne pense pas que Doraemon ait influencé directement notre culture en soi. Doraemon a aussi beaucoup de côte dans les pays asiatiques, même si ça peut s’expliquer par différents biais. Plus simplement, le désir de voler ou de voyager dans le futur, d’aller voir les dinosaures… Ce sont des rêves primitifs, des curiosités, le désir naturel d’un enfant que l’on arrive à réaliser à travers Doraemon et ses gadgets. Ce sont ces choses-là auxquelles les enfants asiatiques sont sensibles, comme les enfants français ou italiens. Quelque part, la curiosité d’un enfant est universelle, ce qui fait que l’on diffuse la série à une heure décente. Un enfant français peut avoir des émotions vis-à-vis de l’amitié, la réalisation d’un rêve. Je pense que sur ce principe, les enfants ne sont pas si différents.

[Le même membre de Viz Media intervient] Je ne sais pas si ça rentre dans la culture, mais ceux qui travaillent pour l’aéronautique au Japon, qui ont dans la trentaine, disent qu’ils ont été motivés à devenir astronautes parce qu’ils ont vu Doraemon.

[Mr. Umezawa reprend] Parmi les outils magiques de Doraemon, plusieurs ont été, quelque part, réalisés depuis. Beaucoup de ce que Mr. Fujiko Fujio (le mangaka créateur de Doraemon, ndlr) a imaginé dans les années 70 a été réalisé depuis.

Beaucoup de mangas et/ou d’animés sont adaptés en films en prises de vues réelles. Est-ce que cela pourrait être le cas de Doraemon ?

Je pense qu’il peut y avoir cette possibilité. Le spot publicitaire de Toyota, fait à partir de Doraemon, a été réalisé en prises de vues réelles. Jean Réno devient Doraemon, est habillé en bleu. Je ne pense pas que ça deviendrait un film comme ça, mais il y a différentes tentatives de ce genre qui existent, par un autre créateur.

Quel est votre point de vue de producteur sur l’animation japonaise actuelle ?

(il rigole) C’est une question difficile ! (il réfléchit) Au niveau de la production, on est dans une période florissante, au sens où Doraemon a marché, de même que Conan ou Crayon Shin-chan ont connu du succès. Au niveau business, l’affaire est florissante. Je pense également que la qualité est haute, que la qualité de fabrication augmente de plus en plus.

Enfin, que diriez-vous aux Français pour leur donner envie de voir le film ?

C’est un film d’émotions où l’amitié règne. On peut en rire et en pleurer, c’est un divertissement d’une bonne qualité. Vous avez vu le film hier (mercredi 17 juin, ndlr), qu’en avez-vous pensé ?

J’ai apprécié, j’ai trouvé ça très attachant.

En fait, c’est un film qui est accessible à tous, pas seulement aux otakus mais aussi au grand public.

[Un autre responsable de Viz media intervient] En fait, Doraemon a commencé avec le manga, qui compte 45 volumes. C’est une grande saga avec près de quarante épisodes de série télévisée par an depuis 35 ans. C’est du jamais vu, même au Japon. En France, ceux qui ont la culture du manga peuvent considérer ça comme ancien. C’est vrai que le démarrage est ancien mais c’est toujours d’actualité au Japon. Si vous voyez Stand by me Doraemon, je ne prétends pas que c’est la concentration des 45 volumes, mais c’est quand même d’une densité qui fait que l’on comprend l’ensemble de l’histoire. Les gens « ordinaires », qui se disent « tiens, c’est un dessin animé japonais qui peut être intéressant », toutes ces personnes-là sont des spectateurs potentiels pour nous, donc c’est la raison pour laquelle nous sommes venus jusqu’à Annecy vanter le film.

[Mr Umezawa reprend la parole] C’est un film qui fait chaud au cœur, dont l’histoire sera acceptée par tous les enfants du Japon, de Chine ou d’ailleurs, donc pourquoi pas en France ?

Propos recueillis le 18 juin 2015, à Annecy. Un grand merci à Jérôme Chelim pour avoir rendu cette interview possible.

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