Star Trek – L’intégrale (2/2)

LIRE LA PREMIÈRE PARTIE

LE DÉBUT DE LA FIN OU LA FIN DU DÉBUT ?


Vidéo déconseillée aux âmes sensibles

Parmi les moments les plus gênants de L’Ultime Frontière, il y a cette scène où Uhura improvise une danse au clair de lune. Ce qui était initialement une blague des scénaristes devint un des passages les plus effroyables. Au moins, il fait prendre conscience de l’âge avancé des comédiens. Il est donc temps d’apporter du sang neuf à la franchise. A la télévision, c’est déjà fait puisque lorsque le film de William Shatner est projeté en salle, la série La Nouvelle Génération est diffusée depuis déjà deux ans. Toutefois plutôt que d’offrir l’accès aux plateaux de cinéma à cette équipe de remplacement, d’autres moyens sont évoqués pour maintenir l’équipe originelle en place. C’est ainsi qu’est mis en avant une idée née après la conclusion du cycle Genesis avec Retour Sur Terre. Il s’agissait purement et simplement de faire une prequel avec un casting rajeuni. D’abord nommé The First Adventure puis The Academy Years, le projet mettait en avant les années de formation à Starfleet de Kirk et Spock. Le premier aurait été incarné par Ethan Hawke et le second par John Cusack. Le projet ne fait toutefois pas l’unanimité. Gene Roddenbery est notamment contre cette idée. Selon ses dires, le projet tentant de s’inscrire dans la veine de Top Gun verserait plutôt du côté de Police Academy. Fervent défenseur du projet, Harve Bennett claque la porte et quitte la franchise. Ce sixième film devant marqué les vingt-cinq ans du show, il est décidé de procéder à une célébration plus conventionnelle. Du coup, plutôt que de conter le début d’une ère, la production raconte la fin d’une autre.

Terre Inconnue sera donc un adieu à l’équipage initial. Mais un simple au revoir ne peut suffire. Revenant au poste de réalisateur après avoir supervisé les scripts des derniers films, Nicholas Meyer va donner toute sa signification au projet en intégrant sa raison d’être à l’intrigue. Celui-ci se cale de plus parfaitement avec l’époque de la production. Nous sommes au début des années 90 et la guerre froide prend fin. Les temps changent, de nouvelles donnes apparaissent… Une époque se termine et celle-ci donne un formidable contexte pour baisser le rideau. Il s’avère d’ailleurs que ça n’est pas la première fois que Meyer veut parler de ce sujet. Dans son précédent long-métrage Company Business, Meyer avait déjà tenté de l’évoquer sous la forme d’un film d’espionnage. L’américain Gene Hackman devait ainsi faire équipe avec le russe Mikhail Baryshnikov pour éviter que des secrets bien enfouis dans les deux camps ne causent leurs pertes. Ce film qui sortira la même année que Terre Inconnue aura été une frustration pour Meyer. En effet, le studio ne se sentira pas à l’aise sur le thème et réclamera de multiples modifications. Mécontent, Meyer va faire en sorte que celui-ci imprègne Terre Inconnue dans la moindre fibre pour empêcher tout réajustement. Le résultat offre une exploration brillante de ce contexte, tout en utilisant la signification de cette évolution pour chacun des personnages.

Suite à une catastrophe écologique dont les conséquences évoquent Tchernobyl, l’empire Klingon ne peut plus se permettre son état de guerre avec la fédération des planètes unies et est contraint de la rejoindre. A Starfleet qui a souvent dû croiser le fer avec ce peuple, la situation n’est pas au goût de tout le monde et notamment de Kirk. Le capitaine de l’Enterprise n’a pas oublié que c’est justement un klingon qui a tué son fils dans A La recherche De Spock. On n’enterre pas si vite une rancune accumulée pendant des années. Si Kirk se plie bon gré mal gré aux ordres de mener les négociations de paix (parce que « seul Nixon peut aller en Chine »), ça n’est pas le cas de certains. La guerre est un statu quo profitable pour beaucoup de personne que ce soit dans un camp ou dans un autre. Kirk est ainsi victime d’un complot visant à ruiner les accords entre les espèces. S’en suit toute une série d’aventure pour empêcher l’inévitable de se produire, d’une parodie de procès jusqu’à une tentative d’attentat au siège des planètes unies en passant par l’évasion d’un goulag réfrigéré.

De l’avis général, Terre Inconnue figure parmi les meilleurs films de la franchise… et il l’est assurément par son parfait sens du spectacle. Les enjeux politiques arrivent à être amenés de manière pertinente et ludique. Meyer use ainsi de références littéraires savoureuses (le Undiscovered Country du titre original provient d’une pièce de Shakespeare et symbolise le futur) et emploie judicieusement des ingrédients comiques (le repas entre l’Enterprise et les klingons, monumental choc des cultures). Le trauma de Kirk s’intègre à bon escient dans le récit, tout comme la personnalité de Spock. Alors qu’il a enfin acquit une paix intérieure entre ses origines terriennes et vulcaines, celle-ci sera mit à rude épreuve lorsque les fantômes de la pure logique viendront l’agresser là où il ne les attend pas. Un tel travail d’orfèvre aurait mérité un écrin de luxe mais Paramount a peur que l’échec commercial de L’Ultime frontière n’ait nuit définitivement à l’image de la franchise. Le budget est donc minimisé avec notamment des décors et accessoires récupérés du tournage de La Nouvelle Génération. Cela n’empêche pas Meyer d’en tirer le meilleur mettant au point une mise en scène au style classique et ample avec quelques audaces au passage (le sang des klingons en apesanteur conçu par CGI).

Terre Inconnue est le parfait adieu aux personnages, grand spectacle à la fois divertissant, intelligent et émouvant. « Seconde étoile à droite et tout droit jusqu’au matin » seront les derniers mots de Kirk à son équipe qui a bien mérité son séjour éternel au pays imaginaire. Ils rejoindront ainsi Gene Roddenberry décédé juste quelques semaines avant la sortie du film.

PLACE AUX (VIEUX) JEUNES

Bennet dégagé et Roddenberry décédé, l’avenir de la franchise est désormais dans les mains du producteur Rick Berman qui supervisa la fabrication de La Nouvelle Génération. C’est logiquement l’équipe menée par le capitaine Picard qui mènera le septième long-métrage de la franchise. Enfin, pour la plus grande partie tout du moins. Dès la mise en place, il est décidé que ce nouveau Star Trek sous-titré Generations constituera un épisode transitoire faisant le lien entre les deux équipages. Un choix assez redondant par rapport à ce que fut conté dans Terre Inconnue et qui se heurte de plus à la chronologie de la série : La Nouvelle Génération se déroule un siècle après la série originelle. Mais qu’importe les paradoxes temporels et consorts, ceux-ci n’ont jamais fait peur aux scénaristes (et ça se confirmera dans l’avenir). Reste toutefois que la fonction de passage de relais limite quelque peu l’intérêt du projet. Les scénaristes Ronald D. Moore et Brannon Braga optent alors pour un angle d’attaque similaire à Terre Inconnue en intégrant cette raison d’être à l’intrigue du film.

Generations lorgne ainsi vers le cycle Genesis. Ses thématiques s’articulent autour de la fuite du temps et le devoir d’adapter son existence par rapport à celle-ci. L’angle d’attaque s’adapte parfaitement avec l’objectif de passation de pouvoir. La scène d’ouverture montre ainsi un capitaine Kirk participant à l’inauguration d’un nouvel Enterprise. Accompagné par Scotty et Chekov, le capitaine à la retraite ne masque pas son malaise. Alors qu’il se sent toujours prêt à partir à l’aventure, la jeunesse de l’équipage ne fait que le confronter à son âge. Quitte à enfoncer le clou, l’organisation du départ le force à rester figé dans sa légende et à n’être que la caricature de lui-même. Il ne cache pas sa joie lorsque l’incapacité de l’équipage à faire face à une catastrophe inattendue lui permet de rejouer au héros. La situation tourne toutefois mal et Kirk est aspiré par la perturbation à l’origine de l’incident. Ce phénomène s’avèrera être l’enjeu même de l’histoire. Nommé le Nexus, il s’agit d’un ruban d’énergie donnant accès à une dimension hors du temps où tous les rêves peuvent se réaliser. Pour y retourner, un scientifique campé par Malcolm McDowell est prêt à tout. Tant pis si cela implique de détruire plusieurs planètes au passage.

C’est précisément ce que le capitaine Picard doit empêcher quelques décennies plus tard. Pour ce dernier, le Nexus peut néanmoins apparaître comme une aubaine. Suite au décès brutal de son frère et de son neveu, le capitaine remet sérieusement en doute ses choix de vie. Il s’est entièrement voué à sa carrière et n’a jamais fondé de famille. N’ayant aucun autre parent, son nom de sa famille s’éteindra avec lui. Le Nexus lui offre l’opportunité de corriger ses erreurs. Comme Kirk arguant que ses peurs sont une peur de lui-même dans L’Ultime Frontière, Picard perçoit que le bonheur procuré par le Nexus n’est qu’un leurre. L’existence qu’il y mènerait demeurait factice et sans valeur. Il lui faut accepter ses actes/erreurs passés, ne pas chercher à les corriger et se tourner vers l’avenir. Retrouvant Kirk au sein de cette dimension, il usera de ces arguments pour le convaincre de l’aider afin de neutraliser McDowell. Le parcours des personnages devient ainsi une déclaration envers les fans de la série : il faut tourner la page et accepter d’aller vers de nouveaux horizons.

Le film ne convaincra toutefois que fort peu. Si la passion des thématiques est là, le déroulement du récit de Generations ne se montre pas aussi captivant. Entre l’ouverture et le final, l’intrigue prend son temps, fait preuve de choix invraisemblables et se perd même dans un dédale de personnage. Le plus dispensable restera la sous-intrigue impliquant Data. Androïde tentant de comprendre la nature humaine, ce dernier expérimente une puce électronique lui procurant des émotions. Non content d’être plus ou moins déconnecté du reste du récit, cela se résume surtout à montrer le personnage se comporter comme le dernier des demeurés la moitié du temps. En soit, ce segment fait ressortir la construction du long-métrage selon le principe d’un simple gros épisode de la série (Moore considère d’ailleurs que les films passés ne sont rien moins que ça). La réalisation appliquée mais simpliste du téléaste David Carson n’arrange pas les choses, même si le travail d’ILM (déjà revenu à l’œuvre sur Terre Inconnue) procure quelques belles visions entre la conception du Nexus ou le crash de l’Enterprise constituant le climax.

La plus grande complainte des fans concernera néanmoins la mort de Kirk. Ceux-ci imaginent une fin épique pour le capitaine. Or, après une lutte avec un McDowell quinquagénaire, le personnage périra… en tombant d’une passerelle. Triste conclusion qui est pourtant la conception d’une mort « héroïque » selon l’équipe du film. En effet, dans le premier montage, Kirk succombait à un tir de phaser dans le dos. La fin du célèbre capitaine dénote le manque d’imagination mise en œuvre dans la fabrication du film. C’est de là que provient le certain mépris entourant cet épisode contenant d’autres aspects attachants. Mais il est temps désormais de passer à autre chose, la nouvelle ère pouvant prendre ses aises.

BACK IN TIME

Les présentations sont faites, place désormais à l’action. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Premier Contact frappe fort en ce sens. A l’instar de La Colère De Khan, l’idée de ce huitième épisode est de confronter l’Enterprise à un vieil adversaire : les borgs dont la doctrine est « toute résistance est inutile ». Cette race extraterrestre est en effet pour le moins pernicieuse. Elle n’existe que dans le but d’assimiler les espèces qu’elles croisent. Les borgs s’apparentent à l’antithèse ultime de Starfleet, son reflet sombre. L’organisation a toujours été marquée par le respect entre les peuples et son refus d’influencer leur développement (il s’agit de leur directive première). Les borgs ne veulent que normaliser tous les individus selon un modèle unique. L’ennemi est donc pour le moins terrifiant, surtout qu’il adopte une esthétique biomécanique. Pour inspirer son travail de réalisateur, l’acteur Jonathan Frakes se penchera d’ailleurs particulièrement sur les deux premiers épisodes d’Alien. Pas un mauvais choix d’étude, surtout lorsque la production envisage un temps de confier la réalisation à Ridley Scott. Le cinéaste anglais refusera, tout comme John McTiernan également contacté. Une option retenue probablement pour l’aspect Piège De Cristal de l’intrigue, Picard tentant de survivre en se cachant dans les coursives et conduits d’aération du vaisseau alors que les borgs l’envahissent.

Cette partie constitue d’ailleurs la meilleure section du film. Au-delà de tout le cocktail action-suspense-horreur procuré par le contexte, cet angle du film offre l’opportunité à Patrick Stewart de faire une prestation assez enthousiasmante. Comme il est montré dans le spectaculaire plan d’ouverture (conçu par Robert Stromberg, futur production designer d’Avatar), Picard fut précédemment assimilé par les borgs. Son équipage l’a libéré de leurs influences mais le capitaine en garde des séquelles. La plus caractéristique est une profonde haine pour cette espèce qu’il veut détruire à tout prix. Comme Khan en son temps, Picard devient un capitaine Achab futuriste aveuglé par sa quête vengeresse. Bien sûr, il arrivera in fine à se raisonner et à sauver son équipage. Toute cette trajectoire vaut bien mieux que le reste du film situé sur Terre. En voyageant dans le temps, les borgs tentent de changer le cours de l’histoire afin d’assimiler sans heurt la population. Officiant toujours au scénario, Ronald D. Moore et Brannon Braga envisagèrent plusieurs époques possibles. Il y eu notamment la guerre civile américaine et l’Europe à la fin du Moyen-Age. Cette dernière option aurait notamment inclus la vision fantaisiste d’un château assiégé par les borgs. C’est toutefois une option plus modeste qui est retenue.

Le premier contact du titre correspond à la rencontre de l’humanité avec des extraterrestres. Celle-ci se réalisa lorsque les seconds découvrirent par hasard que les premiers avaient développé le voyage spatial. Le but des borgs est d’empêcher la réalisation dudit voyage afin qu’aucun contact avec les autres peuples ne soit établi et que la planète soit livrée à elle-même. En dépit d’une thématique intéressante (l’homme confronté à la grandeur de ses actes futurs et les responsabilités allant avec), toute cette partie patine. L’interprétation du pourtant excellent James Cromwell n’est pas étrangère à cela avec un numéro épuisant de pilote alcoolique rock’n’roll. Mais le contexte même pose problème. En choisissant cet événement pour l’histoire, la production situe ainsi l’action dans une base paumée en pleine forêt. Un contexte banal mais bien plus économique que n’importe quel délire de reconstitution précédemment esquissé. De celles-ci, il ne subsiste plus qu’un passage au sein d’un simulateur holographique où Picard extermine des borgs dans une ambiance de films des gangsters des années 30. Au bout du compte, ce choix ne fait que ressortir le cachet téléfilmesque de la mise en scène de Jonathan Frakes et donc la mollesse de cette intrigue.

Frakes peut néanmoins se targuer d’être bien entouré, que ce soit par le directeur de la photographie Matthew F. Leonetti, le compositeur Jerry Goldsmith ou l’équipe d’ILM. Ces derniers feront encore des merveilles avec notamment une bataille spatiale dans le premier acte, gigantesque morceau d’action dépassant tout ce qui a pu être vu jusqu’à présent dans la franchise. Malgré son inégalité, Premier Contact est bien un spectacle réjouissant et ne peut qu’inciter le studio à poursuivre dans cette voie.

REBEL WITH A CAUSE

Face au succès de Premier Contact, il est aisé de vouloir en émuler la formule. L’équipe se réforme donc pour tenter de construire à nouveau un beau grand divertissement. Seule modification majeure : Ronald D. Moore et Brannon Braga ne sont plus en charge du scénario. C’est Michael Piller, le superviseur en chef du développement scénaristique de La Nouvelle Génération, qui s’occupe de l’écriture. Ce changement peut expliquer le changement de tonalité du projet alors qu’en théorie celui-ci reste bien dans la droite lignée de son prédécesseur. L’histoire tourne cette fois-ci autour d’une planète abritant le secret de la jeunesse éternelle. L’astre est peuplé par les ba’kus, espèce composée d’à peine quelques centaines d’habitants. Starfleet entendant les déloger pacifiquement afin que d’autres peuples puissent profiter des pouvoirs de la planète. Ils sont épaulés en cela par les So’nas, espèce agonisante qui ne pourra survivre sans le pouvoir de la planète. Cette décision devant profiter au plus grand nombre n’est toutefois pas du goût des membres de l’Enterprise puisqu’en désaccord complet avec la directive première. Picard et ses hommes se rebellent donc et épousent la cause des ba’kus. On retrouve bien des ambitions similaires à Premier Contact avec un spectacle porté par l’action à travers lequel s’expriment quelques réflexions existentielles (jusqu’où la moralité peut être bafouée pour l’intérêt collectif ?).

Tel qu’il fut décrit plus haut, Premier Contact se construisait sur deux intrigues parallèles : celle dans le vaisseau (réussie) et celle sur Terre (passable). Insurrection a tendance à ne conserver à l’esprit que la seconde. Cela ressent dans la mise en scène encore plus téléfilmesque mais également évolution sournoise de la tonalité. Les scènes terrestres de Premier Contact tentaient d’apporter un humour contrebalançant la terreur prenant place dans l’Enterprise. L’humour est toujours présent dans Insurrection mais prend un air de moquerie à la limite de la parodie. Dans sa première scène, Picard croise ainsi une nouvelle race extraterrestre dont le look et les coutumes sont présentés comme ridicules et il se fait alpaguer par un quidam lui sortant un jargon technique passablement incompréhensible. C’est un peu l’essence et les mécaniques de la franchise qui sont bousculés pour tenter d’obtenir un rire. Plus loin Picard et son équipage expérimentent les pouvoirs rajeunissant de la planète ce qui se traduit par : Picard se la joue cool en dansant le mambo avant de troquer son pyjama pour un blouson en cuir, Riker se sent un regain de libido, Worf souffre d’acné et de sautes d’humeur, les membres féminins ont leurs seins qui se raffermissent… L’ambiance devient carrément décalée lorsqu’on neutralise un androïde défectueux en entonnant des chants de marin, on pilote l’Enterprise avec un joystick de jeu vidéo et on leurre l’ennemi avec l’aide de CGI. Ça n’est clairement pas la première fois que la franchise opte pour ce genre de pratique mais elle n’est jamais apparue si problématique. Jusqu’à présent, la comédie savait s’inscrire dans l’histoire et n’empiétait pas outre mesure sur l’intrigue si elle ne le nécessitait pas. Or l’humour d’Insurrection fait preuve d’une certaine condescendance vis-à-vis de son univers.

L’intrigue et les thématiques du film expriment un certain sérieux et ne méritaient pas d’être traité de la sorte. Le résultat est d’ailleurs un rejet quasi-intégral de la part des fans. Attitude pleinement compréhensible face à ce qui pouvait s’apparenter à une version prétentieuse de Galaxy Quest. Un semblant d’indulgence pourra toutefois se fait connaître le certain dynamisme de l’objet même si les corrects effets spéciaux supervisés par Santas Barbara Studios ne font pas la mesure face aux travaux d’ILM (alors trop occupé sur La Menace Fantôme). En l’état, la reprise en main est nécessaire… et celle-ci apportera le coup de grâce à la franchise.

LA PART DES TÉNÈBRES

Suite à ces problèmes de réception, il est décidé que le dixième film de la franchise sera différent. Il s’agira d’offrir la vision la plus spectaculaire, la plus impressionnante, la plus grandiose imaginable. Pour cela il va falloir embaucher un prestigieux réalisateur, un génie du grand spectacle complètement inattendu aux commandes d’un tel projet. Cette personne, ce sera bien sûr… euh Stuart Baird ?!!? Certes, il faut reconnaître la renommée du bonhomme en matière de montage. Son nom est après tout associé à Superman, 58 Minutes Pour Vivre, Le Dernier Samaritain et bien d’autres. Au poste de réalisateur, ça ne fait toutefois pas des étincelles. Sans être désastreux, Ultime Décision et U.S. Marshals n’étaient rien de plus que de l’actionner vite vu vite oublié. Ça n’est pas exactement ce qui est recherché pour Nemesis. Aux côtés de Baird, la production enrôle toutefois un collaborateur bien plus intéressant : le scénariste John Logan.

Au niveau de la chronologique de la production, Logan fut d’ailleurs embauché bien avant Baird. L’idée d’une vision flamboyante de Star Trek, elle serait donc à chercher de son côté. Si l’histoire sera signée par Rick Berman et l’acteur Brent Spiner, c’est bien Logan qui mettra sur pieds cette excitante aventure. Premier film de la saga à ne pas disposer de générique d’ouverture, le film entre sans politesse dans le vif de l’action. L’intégralité du sénat romulien est décimée. Ce coup d’état fut fomenté par un dénommé Shinzon qui prend le commandement de l’empire. Starfleet ordonne à Picard de le rencontrer afin de tirer au clair ses motivations. Picard aura une sérieuse surprise puisque Shinzon est une version plus jeune de lui-même. Il s’agit d’un clone créé pour infiltrer Starfleet mais devenu inutile lorsque la situation politique évolua. Cette confrontation concentre tout le caractère fascinant du film. D’un point de vue existentiel, il questionne le principe de notre identité. Qu’est-ce qui définit un individu ? Sa personnalité se caractérise-t-elle par son parcours ? Face à son clone, Picard se demande s’il aurait pris les mêmes décisions face aux situations rencontrées par Shinzon. Chacun étudie l’autre pour se comprendre soi-même… et ce qu’ils voient ne comble pas leurs attentes. En contrepoint de cette intrigue, Data est confronté aux mêmes interrogations lorsqu’il trouve un modèle d’androïde similaire à lui et auquel il tente de communiquer sa compréhension de l’humanité. Nemesis se crée ainsi une véritable profondeur thématique se télescopant dans un grand spectacle dont le dernier acte se constituera d’un affrontement spatial de longue haleine.

Ce scénario a de quoi séduire. C’est probablement pour cette raison que Baird se jeta dessus alors que de son propre aveu, il ne connaissait rien à l’univers Star Trek. De son côté, Rick Berman aurait bien voulu faire revenir Nicholas Meyer sur la franchise. Ce dernier sera prêt à accepter à condition de pouvoir retoucher le script pour qu’il corresponde à son style. Chose impossible puisqu’un accord fut passé avec Logan pour qu’aucune rectification ne soit apportée à son manuscrit. Contrairement à ce que l’on pourrait croire la Paramount elle-même n’est pas chaude pour confier le bébé à Baird. Le studio lui demande de superviser les montages de Mission Impossible II et Tomb Raider afin de pouvoir accéder au poste. Et lorsqu’il l’obtiendra, il se mettra radicalement à dos le casting par son incompréhension totale de l’univers et son incapacité à s’y adapter. Le plus gênant reste toutefois qu’il traite le script de Nemesis comme ceux de ses précédentes réalisations. Du formidable scénario de John Logan, il tire ainsi un film bourrin, sans grande subtilité et aux choix esthétiques douteux. La qualité du script reste présente mais est complètement détériorée par l’incapacité de Baird à en tirer parti. L’un des seuls coups de génie tiendra au casting de Shinzon. Ne trouvant pas d’acteur crédible en jeune Patrick Stewart, il embauche à la dernière minute un acteur quasi-inconnu : Tom Hardy. Un choix payant puisque le futur interprète de Bronson offre une brillante prestation le plaçant facilement aux côtés de Ricardo Montalban et Christopher Lloyd.

Mais cela ne suffit pas à attirer le spectateur qui en a juste rien à foutre préférant se tourner vers les aventures d’un sorcier binoclard (Harry Potter Et La Chambre Des Secrets), d’un espion quinquagénaire (Meurs Un Autre Jour) et d’une bande de mecs qui passent leurs temps à marcher (Le Seigneur Des Anneaux). Alors que les séries dérivées (La Nouvelle Génération, Deep Space Nine, Voyager et Enterprise) squattent le petit écran de manière quasi-ininterrompue depuis plus d’une décennie, il est temps de calmer le jeu et de se poser quelques instants.

ERASE AND REWRITE

Deux nouvelles possibilités de séries sont esquissées. La première est une série d’animation titrée Final Frontier. La seconde se nomme Federation et est supervisée par Bryan Singer (grand fan de la série qui fera d’ailleurs de la figuration sur Nemesis). Avec son comparse Christopher McQuarrie, il développe une histoire centrée autour de la chute et de la renaissance de la fédération des planètes unies. Ces deux séries qui ne verront jamais le jour ont pour caractéristique de se projeter dans le futur de l’univers. Or l’avenir de la franchise va se jouer dans le passé. Un choix pouvant résulter de la frustration que le projet First Adventure/The Academy Years ne vit pas le jour. Le premier script esquissé en ce sens s’écarte pourtant de celui-ci. Star Trek : The Beginning conte ainsi les aventures de Tiberius Kirk, le grand-père de James Kirk. Le projet est également laissé sans suite. Quitte à reproduire l’erreur de Nemesis, la Paramount décide de confier le projet aux scénaristes Roberto Orci et Alex Kurtzman.

Les duettistes responsables de Mission Impossible III reviennent alors plus spécifiquement sur la caractéristique de First Adventure/The Academy Years : voir les personnages cultes dans leur jeunesse et bâtir les relations qu’on leur connaît. Problème : tout reprendre depuis le départ est fort peu aisé par rapport à la masse d’information mise en place par la franchise. Comment raconter des évènements sans que ceux-ci n’entrent en contradiction avec les dix films et les centaines d’heures de programmes télés ? La dynamique du duo résume tout le dilemme de la situation. Orci est un trekkie convaincu alors que Kurtzman n’y connaît rien. Or, les idées du second ne peuvent pas être sempiternellement écartées par les connaissances du premier. La grande trouvaille du film tiendra ainsi à la mise en place d’un univers alternatif. Spock et une bande de romuliens sont ainsi aspirés dans un trou noir pour revenir plusieurs décennies dans le passé. Il change alors le cours de l’Histoire telle qu’elle est connue. Comme d’autres épisodes, Orci et Kurtzman veulent que cette excuse narrative rentre en ligne de compte dans le propos même du film. Ce dernier tend à se pencher sur le concept de destinée et comment des personnages qui en ont été privés doivent se battre pour se trouver eux-mêmes. Cet aspect et le principe du voyage dans le temps ne sont que quelques uns des renvois aux mécanismes de la franchise. Outre une construction voulant rendre hommage aux différents types d’épisode de la série (épisode sur une planète, épisode dans l’espace, épisode avec un monstre, etc…), le long-métrage présente par exemple un méchant inédit mais férocement inspiré par Khan. On ne s’étonne pas à cet effet de retrouver le test du Kobayashi Maru.

Des clins d’œil toutefois qui ne masquent guère une certaine refonte du spectacle. Si la thématique du destin est présente, celle-ci sert avant tout à nourrir un lien émotionnel envers les personnages et moins un discours métaphysique. C’est que le réalisateur J.J. Abrams avoue n’être pas un passionné de l’univers. Comble de l’hérésie, il souhaite injecter un peu de Star Wars (ce qui ressent à l’écoute de la musique chevaleresque de Michael Giacchino). Le long-métrage tout simplement nommé Star Trek fait ainsi la part belle à l’aventure avec moult scènes d’actions servies avec les irréprochables effets spéciaux d’ILM. N’en déplaise aux irréductibles qui imagine Roddenberry se retourner dans sa tombe, le spectacle séduit. Si on reprochera les tics vains d’Abrams à base de lens flare et de shakykam pour booster sa mise en scène, il offre un divertissement équilibrant avec soin grand spectacle et exploration de ses personnages. De Chris Pine en Kirk à Zachary Quinto en Spock en passant par Zoë Saldana en Uhura, les choix pertinents du casting pour incarner ces modèles rajeunis ne sont, en ce sens, pas dénués de fondement. Un reboot allégé donc mais qui a su conserver toute sa saveur en quelque sorte.

C’est le même chemin qu’empruntera Into Darkness, douzième et dernière long-métrage à ce jour. Mais le résultat ne se montre pas aussi réussi par ses difficultés à exploiter son univers alternatif. Une légère baisse de régime qui pourrait laisser entendre une nouvelle évolution de la franchise. Les principaux instigateurs de cet ultime film allant être occupés dans les années à venir sur une autre franchise (celle de Star Wars justement), Star Trek pourrait aujourd’hui réfléchir aux nouveaux mondes à explorer… là où nul n’est encore allé, tant qu’à faire.

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