Les Tortues Ninja – L’intégrale

PIZZA VEGETARIENNE

Il était inévitable que le succès des Tortues Ninja ne vienne engendrer très rapidement une suite. Comme souvent dans ce genre de franchise naissante, tout est alors revu à la hausse, qu’il s’agisse du budget (près de 25 millions de dollars), des enjeux, des péripéties, du nombre de personnages et, surtout, des choix de production faussement consensuels mais purement mercantiles. A savoir qu’une franchise ayant démarré très haut ne peut ensuite que viser plus haut en ciblant un nombre de spectateurs encore plus large. Il est aujourd’hui admis que, sans être particulièrement sombre, le film de Steve Barron intégrait malgré tout des éléments adultes dans son scénario tout en développant une photo obscure et très peu colorée. Le demi-tour s’impose dès la scène d’ouverture de ce second film, où nos quatre héros viennent au secours d’un jeune livreur de pizza amateur en kung-fu au sein d’un magasin de jouets. Une scène particulièrement jouissive, où le réalisateur s’en donne à cœur joie dans l’exploitation de chaque élément de décor (Donatello simule un mannequin à ressorts pour mieux surprendre son ennemi) et où la règle de base de la franchise est d’ores et déjà établie (une tortue + un ou plusieurs ennemis en face + une punchline qui fait mouche = un plan réussi). On l’aura bien compris : Les Tortues Ninja 2 sera drôle ou ne sera pas. Hélas, si les plus jeunes trouveront matière à jubiler, les fans du premier film feront (un chouïa) la grimace.

Réalisé en 1991 sous la houlette de l’illustre inconnu Michael Pressman, désormais cantonné à la réalisation d’épisodes de séries télévisées (la liste est trop longue), le film souffre hélas d’un scénario trop sommaire, dont les deux seuls éléments narratifs (le retour de Shredder et la confrontation des héros à leurs origines) sont ici traités sans réel apport dramaturgique, alors qu’il y avait sans doute de quoi faire. Ainsi donc, désormais réduites à squatter l’appartement d’April (la très mignonne Paige Turco remplace la fadasse Judith Hoag pour les opus 2 et 3), les Tortues Ninja voient le passé revenir leur toquer la carapace : le liquide radioactif à l’origine de leur mutation est entre les mains de Shredder, certes compressé au fond d’une benne à ordures à la fin du premier film, mais bel et bien vivant, de nouveau à la tête du Clan des Foot. Ce dernier force le professeur Jordan Perry (David Warner) à utiliser ce liquide pour générer de nouvelles créatures mutantes qui pourront anéantir ceux qui ont mis son ancien plan en échec. Sauf que les mutants en question, Rahzar le loup et Tokka la tortue-alligator (deux personnages mutants inventés pour le film), révèlent des caractères de bébés débiles qui contrastent avec leur force surhumaine. Si cela vous rappelle deux autres personnages de la série animée de 1987, ce n’est pas un hasard : le studio prévoyait d’introduire Bebop et Rocksteady dans le film, mais ont dû trouver une autre idée face au refus de Kevin Eastman et Peter Laird.

On peut néanmoins y voir le désir du studio de rester axé davantage vers un public très jeune, avec tout ce que cela peut comporter de mauvais côtés. C’est un peu le syndrome S.O.S Fantômes 2 : viser la surenchère et l’humour bon enfant sans rien apporter de précis à l’univers. En terme de comédie pure, le scénariste Todd Langen sort parfois une bonne idée (identifier les tortues d’emblée par les objets qu’ils laissent traîner chez April) pour enchaîner avec quatre mauvaises, reprend des éléments déjà éculés (Raphaël reprend encore ses habitudes de tête brûlée individualiste) ou ressasse le même gag à l’usure (la punition de Splinter : des pompes et des sauts arrières imposés à ces disciples pour chacune de leurs gaffes). Sans parler du pompon final : une bagarre au beau milieu d’une boîte de nuit blindée de monde, où Tokka et Rahzar rotent un bon coup avant de se battre contre les Tortues Ninja, tandis que Vanilla Ice beugle Ninja Rap dans un micro. Autre gaffe de cette scène : les Tortues ne donnent plus l’impression de vouloir cacher leur identité, au point même de s’offrir un numéro de danse ridicule face au public !

Ne restent alors que quelques éléments narratifs destinés à assurer le service après-vente auprès des fans purs et durs : la découverte tant attendue de leur planque meublée (une galerie de métro désaffectée) et l’apparition finale de Super-Shredder, hélas expédiée en moins d’une minute au vu de la bêtise insensée du personnage (il casse tout autour de lui et provoque ainsi sa propre mort !). Et en terme de mise en scène, rien de précis à noter : le rythme est assez soutenu, un surplus de dynamisme dans les combats fait ici très plaisir et la présence des animatroniques de la société de Jim Henson (qui décéda subitement quelques semaines après la sortie du premier film et à qui cette suite est dédiée) donne à quelques séquences l’allure d’un sentaï enfantin pas déplaisant. Le plaisir est donc encore là, en dépit d’un cachet tous publics qui semble avoir pris le dessus sur tout le reste.

PIZZA YAKITORI

Sans égaler les chiffres du premier film, Les Tortues Ninja 2 fut un nouveau succès pour la franchise. Du coup, la Golden Harvest, toujours épaulée par les huiles de la Fox, se lance dans la mise en chantier d’un troisième opus, en visant une fois de plus le jeune public. Sorti au printemps 1993, Les Tortues Ninja 3 est bel et bien le prototype de ce que l’on peut qualifier de « film pour enfants », destiné à un public de mioches de 5-6 ans nourris aux Minikeums et aux blagues Carambar. C’est à Stuart Gillard, à qui l’on devra en 2008 la séquelle pourrie de WarGames, que sont confiées les rênes de cet épisode qu’il a d’ailleurs lui-même scénarisé. Pour le coup, on peut déjà repérer un détail qui justifie en partie la déception des fans devant ce troisième film : adieu Shredder et sa soif de pouvoir, place à un voyage temporel à la Retour vers le futur grâce à un sceptre magique qui expédie April et nos quatre tortues dans le Japon féodal de 1603. Leur objectif ne sera pas seulement de trouver un moyen de retourner à leur époque, mais aussi d’aider une poignée de villageois à triompher d’un cruel seigneur de guerre qui menace leur territoire, épaulé par un affairiste occidental avide d’argent et de pouvoir. La rupture tranquille pour la saga ? Pas vraiment…

Le problème des scénarios basés sur le voyage temporel est toujours le même : rendre crédibles tout ce qui sous-tend le transfert d’une époque à l’autre. Sur ce point-là, le film est complètement raté : en effet, pour que le sceptre magique fonctionne, cela implique qu’il y ait un transfert entre le même nombre de personnes des deux côtés temporels, mais aussi qu’elles fassent carrément le même poids ! En plus de vous laisser déduire les probabilités qu’un tel transfert fonctionne à chaque fois, notons qu’après avoir employé les termes « intégrale », « cosinus » et « racine carrée », Donatello en déduit subitement que la durée du transfert ne peut pas excéder soixante heures. Mouais… Ajoutez à cela des Tortues Ninja qui voient leur look dériver davantage vers le cartoon (on a de plus en plus l’impression de voir Casimir multiplié par 4 et peint en vert avec un bandana coloré), quelques scènes mélodramatiques en guise de pièces ajoutées (une love-story secrète façon Roméo & Juliette, une relation filiale à la Karaté Kid entre Raphaël et un gamin, etc…) et, surtout, des scènes new-yorkaises d’une incroyable pauvreté : en effet, ces dernières ne servent juste qu’à privilégier un peu le personnage de Casey Jones (absent dans l’épisode précédent), revenu ici pour garder un œil sur Splinter et apprendre le hockey aux cinq samouraïs ayant pris la place des tortues. A noter que ce dernier a droit à son avatar du XVIIème siècle, à savoir un escroc lâche et menteur qui ne présente hélas qu’un intérêt narratif plus que limité. Très pauvre, tout ça…

On ne niera pas en revanche que certains moments de cet opus 3 ont le goût de nous filer une banane d’enfer. Mention spéciale au superbe plan inaugural en ombres chinoises sur soleil couchant, à un chouette générique qui montre l’entraînement des tortues sur fond du Can’t stop rockin’ de ZZ Top, ou encore à ce grand cinglé de Stuart Wilson (Le masque de Zorro), un acteur décidément indécrottable dès qu’il s’agit de cabotiner comme un sagouin pour jouer les vilains. Même la mise en scène de Gillard a parfois plus de gueule que celle de ses deux prédécesseurs : les scènes d’époque font preuve d’un vrai soin esthétique (bon, ne pas s’attendre à du Kurosawa non plus…), les cadres sont plus posés et le découpage est souvent très harmonieux. Quant aux Tortues Ninja en tant que telles, elles gardent la patate, profitant à fond du choc des cultures pour ne jamais laisser le taux de punchlines rigolotes descendre en-dessous de la moyenne. Rien que pour ça, Les Tortues Ninja 3 vaut franchement le détour. Mais pas sûr que le public de l’époque ait été aussi indulgent : le film fut un semi-échec au box-office qui laissa alors la franchise au repos pendant un long moment.

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3 Comments

  • Erick Says

    “L’orrible doublage Canadien” parle pour toi mon petit bonhomme! Vous devriez reflechir avant de parler ainsi, vous realiseriez peut etre que le doublage Francais est une merde total pour bien des gens aussi! Alors gardez vous une petite gene avant d’insulter les personnes qui on fait un excellent travail pour doubler le film au Québec. Ce n’est pas parce que vous ete Francais et que vous n’appreciez pas le doublage Québecois que ca en fais un “horrible doublage”…chacun ses gouts, et surtout chacun sa culture! Le doublage Québecois est excellent, il est meme superieur au doublage Francais a mon avis et de l’avis de plusieurs personnes. Donc pas besoin d’insulter les gens qui on travailler sur la version Québecoise, tant mieux pour vous si vous preferez le doublage Francais, mais ne descendez pas la version Québecoise pour autant et simplement pour venter votre version favorite, vous ne representez pas la majoriter des gens et vous ne possedez pas la verité absolue!
    Merci

  • On pourrait se poser quelques minutes pour décortiquer la cohérence absolue de ce commentaire à l’aune d’un texte daté d’il y a quatre ans et qui n’insulte personne. Mais :

    « vous realiseriez peut etre que le doublage Francais est une merde total pour bien des gens aussi!  »

    suivi de

    « Alors gardez vous une petite gene avant d’insulter les personnes qui on fait un excellent travail pour doubler le film au Québec. »

    En seulement 3 lignes. Cela ne mérite qu’un « ok vu ». Le premier du site. Bravo !

  • Beerus Says

    Bah moi, je confirme que le doublage quebecois, c’est une purge de compet. ^^

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