World war Z

REALISATION : Marc Forster
PRODUCTION : Paramount Pictures, Plan B Entertainment, Skydance Productions,
AVEC : Brad Pitt, Mireille Enos, Daniella Kertesz, David Morse
SCENARIO : J. Michael Straczynski, Damon Lindelof, Drew Goddard, Matthew Michael Carnahan
PHOTOGRAPHIE : Ben Seresin
MONTAGE : Roger Barton, Matt Chesse
BANDE ORIGINALE : Marco Beltrami
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Horreur
DATE DE SORTIE : 03 juillet 2013
DUREE : 1h56
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Un jour comme les autres, Gerry Lane et sa famille se retrouvent coincés dans un embouteillage monstre sur leur trajet quotidien. Ancien enquêteur des Nations Unies, Lane comprend immédiatement que la situation est inhabituelle. Tandis que les hélicoptères de la police sillonnent le ciel et que les motards quadrillent les rues, la ville bascule dans le chaos… 

Les gens s’en prennent violemment les uns aux autres et un virus mortel semble se propager. Les êtres les plus pacifiques deviennent de redoutables ennemis. Or, les origines du fléau demeurent inconnues et le nombre de personnes infectées s’accroît tous les jours de manière exponentielle : on parle désormais de pandémie. Lorsque des hordes d’humains contaminés écrasent les armées de la planète et renversent les gouvernements les uns après les autres, Lane n’a d’autre choix que de reprendre du service pour protéger sa famille : il s’engage alors dans une quête effrénée à travers le monde pour identifier l’origine de cette menace et trouver un moyen d’enrayer sa propagation…

World War Z est bien en passe de devenir un nouveau mètre étalon en terme de productions catastrophiques et ineptes. Depuis sa mise en chantier en 2008, l’adaptation du roman de Max Brooks (le rejeton de Mel) est passée par toutes les évolutions possibles et inimaginables. Réécrit, repensé, retourné, soumis aux impératifs les plus inappropriés… Inutile de dire qu’on se demandait sérieusement à quoi ressemblerait le résultat final. L’interrogation était d’autant plus légitime que le film s’éloigne drastiquement du livre original. Brooks construisit la peinture d’une guerre zombiesque sous forme d’un dossier compilant d’innombrables témoignages de personnes quelque soit leur statut (des hauts fonctionnaires du gouvernement au simple quidam) ou leur origine (les interviewés se trouvent aux quatre coins du globe). Cinématographiquement, il aurait été aisé d’en tirer un mockumentary mâtiné de found footage avec les images d’archive de l’épidémie. Bref, ça aurait pu donner quelque chose dans la lignée du récent The Bay de Barry Levinson. Toutefois, cette option d’adaptation n’a pas été retenue. La mécanique adoptée s’apparente plus à celle d’un From Hell. World War Z ne fait donc que reprendre un esprit et des idées au livre pour les agencer dans une intrigue entièrement remodelée.

Quitte à évacuer d’emblée les quelques qualités du long-métrage, il faut admettre que le scénario montre toute son ingéniosité sur ce point. On se demandait bien ce qu’il resterait du roman dans un film semblant si différent. Et bien, il reste pas mal de chose. Certes, les fans se plaindront à foison sur le remplacement des zombies traînant des pieds contre des infectés plus véloces mais il y a un travail de réinvention non négligeable qui est entreprit. Le principe même de l’intrigue renvoie aux fondements du livre. Si celui-ci proposait de multiples témoignages, ils étaient accumulés par une seule et même personne voyageant à travers le monde pour obtenir les informations. Il apparaîtra, au fil de sa reconstitution des événements, que l’information est justement une clé déterminante de cette guerre (c’est son absence de traitement qui conduisit la situation jusqu’au point de non-retour). Il n’est donc pas complètement illogique pour le film de choisir comme personnage principal un investigateur de l’ONU enquêtant à travers la planète pour découvrir l’origine de la pandémie. Son parcours est jalonné d’aspects repris ouvertement du roman. Lorsqu’un général oblige le héros à reprendre du service car tout le monde se doit d’être utile dans la situation actuelle, c’est une citation à un chapitre où des personnes dont le métier n’a plus de raison d’être (avocat, comptable, manager…) doivent se reconvertir. De même, la menace de débarquer la famille du héros du bateau pour une zone terrestre moins sécurisée cite la logique du plan Redecker. Ce dernier consistait à concentrer les personnes les moins nécessaires dans des zones de survie qui serviront d’appât afin d’attirer les zombies loin de points stratégiques. En lien avec cela, on note d’ailleurs que le film n’hésite pas à employer des connotations politiques similaires à celles à l’œuvre dans le roman. C’est le cas par exemple de la chute de Jérusalem qui est plutôt culottée dans le genre.

Il convient de noter que le scénario initialement signé par Michael Straczynski (et sur lequel les studios ont fondé leurs espoirs) était clairement définit comme une charge politique. Cela rend donc d’autant plus curieuses toutes les modifications apportées à celui-ci. A partir de ce premier manuscrit, World War Z va en effet partir dans tous les sens. Pourtant, dans ses prémisses, rien ne semblait aller de travers. Si Straczynski est débarqué, il est remplacé par Matthew Michael Carnahan dont le passif (Lions & Agneaux, Jeux De Pouvoir) le rend tout à fait compétent pour reprendre l’affaire. Ce qui l’était moins, c’était probablement d’engager Marc Forster à la réalisation. La promotion mettra l’accent sur le caractère profondément éclectique du personnage. On évitera consciencieusement bien sûr de communiquer sur le caractère profondément inégal de cet éclectisme. Car si l’intimiste lui réussit bien (les touchants A L’Ombre De La Haine et L’Incroyable Destin D’Harold Crick), il se cassera les dents sur des sujets réclamant une stature plus conséquente (les plombant Stay et Quantum Of Solace). Évidemment, le problème tenterait à être minimisé par un film penchant du côté des thriller 70’s. Par ailleurs, le film est conçu dès le départ comme un PG-13. Producteur avant d’en être l’acteur principal, Brad Pitt voulait en effet un film de zombies qu’il puisse voir avec ses enfants. On ne cherchera pas à comprendre la logique aussi curieuse que stupide de la chose mais celle-ci enlève l’obligation du film à jouer sur des principes horrifiques pour lesquels on pouvait sérieusement douter des capacités de Forster.

Tout va bien… sauf que rien ne goupille comme il faudrait. On pourra ainsi s’interroger à foison sur l’idée d’ouvrir le film sur la grande panique, événement du livre où la question zombie ne peut plus être ignorée ou minimisée par la communauté mondiale. Un basculement dans la terreur (trop) proche d’une Armée Des Morts auquel s’ajoute une mise en scène de l’action absolument illisible (aucune amélioration de la part de Forster sur ce point depuis son James Bond). Entre une enquête menée par des deus ex machina et une portée politique minimisée, le film ne tire pas plus partie de ses composantes premières. Le troisième acte est ainsi assez symptomatique de la problématique. Initialement, l’ultime ligne droite se situait en Russie et montrait un héros se mutant en chef de guerre menant la bataille contre les zombies. Pas forcément très raccord avec l’intention initiale. Pour autant, cette fin fut bien écrite, validée et tournée. L’erreur ne se révélera que tardivement, obligeant la production à appeler en catastrophe Drew Goddard et Damon Lindelof pour concevoir un nouvel acte plus intimiste et raccord avec le principe d’enquête.

Cette réécriture conduit à résoudre (temporairement du moins) le conflit par une révélation d’un goût pour le moins douteux. D’un point de vue métaphorique, l’idée n’est pas dénuée de fondement puisque jouant le principe d’un monde où l’humanité est mourante. Cela pourrait s’apparenter à un raccord avec la thématique du roman. Ce dernier interroge régulièrement les notions d’humanité face à l’apocalypse. Par de nombreux aspects, le film tente de renouer avec le jonglage entre les meilleurs (solidarité, courage, motivation) et les pires (résignation, exploitation de l’autre) instincts de notre espèce. Des notions explicitées de manière mathématique (un type offre des médicaments au héros avant qu’un autre n’agresse sa femme) ou intégrées à l’action (l’affrontement rangé dans l’avion). Du point de vue pratique, c’est une autre paire de manches et nul doute que l’idée passera aisément pour débile. Le souci passe finalement par le manque de soin accordé à la description des infectés. Celle-ci avait de quoi inquiéter, surtout au regard d’une bande-annonce n’avançant jamais clairement que le film parlait de zombies. Et le long-métrage final ne s’appesantit effectivement jamais sur le fonctionnement de cette menace.

Le résultat est que les créatures ne convainquent pas particulièrement en raison de leur caractère aléatoire. Au-delà de l’idée de mixer le principe du zombie lent et véloce en un seul être, il manque au film une représentation pertinente de leur constitution. Les infectés foncent sur leurs proies comme des fauves sauvages (parallèle mis en exergue dès le générique d’ouverture) et peuvent aller jusqu’à défoncer un pare-brise pour atteindre leurs victimes. Par contre, une porte de laboratoire peut les stopper et ils ne peuvent s’arracher de leur siège si ils ont une ceinture de sécurité. Le summum restera probablement le fameux raz-de-marée mis en avant par la bande annonce. Des images spectaculaires certes mais dont la physique abracadabrantesque (alimentée par la piètre qualité des CGI) ne permet pas d’y croire et d’engendrer la réaction viscérale nécessaire à la situation.

Cette absence d’une description poussée s’apparente presque à une obligation liée à la nécessité de la classification fixée dès le départ. Le film n’arrive jamais à trouver les moyens adéquats pour contourner cette contrainte. L’équipe pensa que la simple exclusion du gore résoudrait tout mais elle ne fait que mettre en exergue les mécanismes conventionnels animant World War Z. Le pire étant que l’absence dudit gore leur enlève la moindre efficacité. Le film offre d’ailleurs une belle illustration de la stupidité des propos de l’auteur Stephenie Meyer lorsqu’elle parle de sa vision d’une version censurée de Démineurs. Un exemple parfait se trouve dans le dernier acte. Le personnage principal vient de tuer un zombie en lui plantant un pied de biche dans le crâne. L’outil est bloqué dans ce dernier alors que débarque un nouveau zombie. S’en suit la construction classique d’un moment de suspense où le héros doit dégager l’objet afin de pouvoir neutraliser rapidement l’ennemi. Bien sûr, en raison de son aspect sanglant, il n’y aura aucun plan sur le pied de biche planté dans la tête. Or, l’absence de la moindre image de ce type enlève tout l’effet de la scène. On ne ressent alors aucunement la difficulté du personnage à extirper l’objet alors que la menace est de plus en plus proche, sans parler de l’atmosphère résolument grotesque de la situation.

Comme le dit Guillermo Del Toro à propos de Hitchcock : « la violence véhicule une intention précise, dosée, en accord avec ce que le réalisateur pense nécessaire de communiquer au spectateur ». Le fait est que les intentions de World War Z sont complètement brouillées par sa fabrication chaotique. Intrigue amaigrie (notamment sur ses ambitions socio-politiques), scènes d’action peu palpitantes (voire insupportables à cause de cette fichue shakycam), casting sous-exploité (Matthew Fox doit faire la gueule), post-conversion en 3D sans intérêt (le directeur de la photographie Robert Richardson refusera que son nom soit au générique suite à ce traitement)… World War Z n’est plus qu’un champ de ruines où quelques survivants errent et tentent de sauver le peu qu’il reste.

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