Transformers 3

Retrouvez notre rétrospective consacrée à Michael Bay

Dans notre dossier consacré à Michael Bay, nous revenions sur l’immense déception causée par Transformers 2. Après nous avoir échauffé avec une bande annonce supra-excitante, le cinéaste avait en effet accouché d’un film bien morne. De ce fait, était-il bien raisonnable pour lui de se lancer d’office dans la production du troisième opus ? N’aurait-il pas mieux valu qu’il se consacre à la réalisation du plus intimiste Pain & Gain ? Malheureusement, ce grand gamin prend trop à cœur de satisfaire son public. Ce dernier veut qu’il continue de lui irradier la rétine avec un nouvel affrontement entre Autobots et Decepticons. En conséquence, Bay s’attelle à la tâche. La promo bat son plein pour vendre un projet loin du très critiquable deuxième épisode. Et la bande-annonce d’impressionner encore en dévoilant un spectacle à l’envergure titanesque mettant la bave aux lèvres. Mais on ne nous la fait pas deux fois. Au vu du gouffre séparant l’enthousiasme des premières images de Transformers 2 et son résultat final, les belles promesses sont désormais prises avec les plus délicates des pincettes. Au bout du compte, on aura bien fait de mesurer cette excitation préliminaire. Sans être aussi déplorable que le deuxième épisode, Transformers 3 : La Face Cachée De La Lune est une nouvelle déception de la part du réalisateur d’Armageddon.

Tout d’abord, le problème vient du certain train-train narratif qui s’est définitivement installé dans la franchise. Tout comme les deux premiers films, Transformers 3 ne fera exploser ses affrontements robotiques que dans le dernier acte. Pour les deux tiers précédents, on devra subir le développement de personnages humains dont on se contrefout et une mythologie dénuée de puissance émotionnelle. Le script tente pourtant de se faire plus présentable que ses aînés en instaurant une certaine gravité dans l’histoire. Aux problématiques romantico-sexuelles de l’adolescence, le personnage principal se voit succéder les soucis de l’entrée dans l’âge adulte. Une optique en soit plus intéressante et parsemée d’un grain d’esprit Amblin (le sort réservé au docteur mamour) même si le scénariste Ehren Kruger se contente surtout de pomper dans les grandes largeurs le Spiderman 3 de Sam Raimi. De même, la mythologie se fait un peu plus présentable en tentant d’instaurer ne serait-ce que quelques instants un peu de dramaturgie. On saluera cela dit plus l’effort que l’écriture en elle-même qui tourne autour d’un rebondissement bas de gamme (rendu juste distrayant par l’emploi d’une private joke autour de Star Trek).

On admettra plus de sympathie pour l’introduction et toutes ses corollaires où la grande Histoire des quarante dernières années est réinventée sous l’angle de la menace extraterrestre. Un choix de réimagination fantaisiste de la réalité que seul un gosse comme Bay pouvait pondre. Toutefois, l’illustration en elle-même du concept est là encore bizarrement fort peu convaincante. La manière dont il ressuscite les véridiques personnages historiques par un truchement d’images d’archives ressemble à une mauvaise version de Robert Zemeckis. C’est à se demander si ça n’est pas le producteur Steven Spielberg qui l’a poussé dans cette direction. En tout cas, l’ombre du cinéaste plane clairement sur la séquence d’invasion de Chicago où l’émergence des robots et la vaporisation des humains renvoient à sa version de La Guerre Des Mondes. Les enjeux sont ainsi de propensions apocalyptiques, ce qui permet de donner également un peu plus de poids à l’histoire. On regrettera toutefois qu’au regard d’une telle situation, le script analyse le tout selon des angles minimalistes (l’esclavagisme et le communautarisme principalement) même si on peut toujours compter sur Bay pour les illustrer avec la finesse et la force d’un pachyderme (la statue de Lincoln à Washington se fera exploser avant qu’une bestiole se mette à baver sur le crane de l’ancien président).

Là où Transformers 3 rassure un tantinet, c’est sur la capacité de Bay à construire des images à l’impact hors norme. Si le deuxième opus le montrait complètement essoufflé, il renoue ici avec une certaine inventivité. Galvanisé par l’emploi d’une 3D qu’il maîtrise sur le bout des doigts, le réalisateur balance son lot de mouvements caméras ahurissants et de superbes compositions de cadre au sein duquel se projettent explosions et diverses autres matières embellissant la vision. La problématique de sa mutation de cinéaste soulevée par le second épisode demeure néanmoins. En calmant son découpage, Bay doit encore se chercher pour réappréhender son rythme. Au-delà de l’excessive longueur du film, il se pose surtout l’ennui d’un dynamisme mitigé dans l’action. Les idées sont brillantes (la transformation de Bumblebee au bout milieu d’une course poursuite), les séquences impressionnent (toutes les interventions de Shock Wave) mais en étirant ses plans pour accéder à une certaine lisibilité, Bay donne parfois une impression de surplace assez déstabilisante au regard des évènements contés. L’expérience reste moins douloureuse que précédemment puisque ce troisième opus se détache quelque peu de son syndrome cul entre deux chaises.

Transformers 3 se fait en effet moins outrancier au regard d’enjeux un brin plus sérieux, en tout cas en apparence. Bay avait promis un film sans humour à la con. Comme on ne se refait pas, il ne tient parole qu’à moitié. Si il nous épargne la vue de robots avec les valseuses planant au vent, il ne peut cela dit pas s’empêcher d’offrir quelques gags homophobes (la participation WTF de Ken Jeong) et de laisser ses acteurs partir en roue libre (un inutile John Malkovich qui se met à vouloir boxer Bumblebee). Bref des idées bien de son cru mais après le point de non retour atteint sur Transformers 2, on n’est plus à ce genre d’écart près. Cela n’empêche pas Transformers 3 de pencher dangereusement vers une sorte de Bad Boys 2 pour marmots. Parce qu’au delà de gags gentiment putassiers (l’introduction du personnage féminin avec contre-plongée sur sa petite culotte) se cachent quelques notions bien réacs comme on n’en fait plus (pas de pitié pour les traîtres) et surtout une violence assez inavouable pour un long-métrage estampillé PG-13. Sous le prétexte de robots merveilleusement modélisés se foutant sur la gueule dans le but de nous divertir se déroule une action carrément barbare. Disons même que ça tourne au gore lorsque Bay montre sans détour ses méchas décapiter, démembrer et shooter l’ennemi aux quatre coins de l’écran, quand ils n’arrachent pas leurs organes vitaux à mains nus. Mais bon, grâce au prisme d’une imagination fertile, ça ne dérangera probablement pas grand monde et surtout pas les gamins qui applaudiront ce spectacle lorsque les lumières se rallumeront (pas de supputation là-dedans, c’est du vécu !).

L’auteur de ses lignes arrive lui à la conclusion qu’il est désormais un peu trop âgé pour jubiler complètement d’une telle démarche aussi génialement perverse soit-elle. Au vu de ses dernières déclarations, Michael Bay doit lui également se trouver trop vieux pour ces conneries. Il n’y a plus qu’à espérer qu’il saura désormais quoi faire de son exceptionnel sens graphique.


Réalisation : Michael Bay
Scénario : Ehren Kruger
Production : Paramount Pictures
Bande originale : Steve Jablonsky
Photographie : Amir M. Mokri
Origine : USA
Titre original : Transformers : Dark of the Moon
Date de sortie : 29 juin 2011
NOTE : 3/6

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