L’île des Miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2

REALISATION : Cody Cameron, Kris Pearn
PRODUCTION : Sony Pictures Animation, Columbia Pictures
AVEC : Bill Hader, Anna Faris, James Caan, Will Forte, Andy Samberg
SCENARIO : John Francis Daley, Jonathan M. Goldstein, Erica Rivinoja
DIRECTEUR DE L’ANIMATION : Jin Kum
MONTAGE : Stan Webb
BANDE ORIGINALE : Mark Mothersbaugh
ORIGINE : Etats-Unis
TITRE ORIGINAL : Cloudy with a chance of meatballs 2
GENRE : Comédie, Animation
DATE DE SORTIE : 05 février 2014
DUREE : 1h35
BANDE-ANNONCE

Synopsis : L’île des miam-nimaux : Tempête de boulettes géantes 2 nous entraîne dans les nouvelles aventures de Flint Lockwood. Inventeur d’une machine capable de transformer l’eau en nourriture, Flint avait été obligé de la détruire parce que son invention avait déchaîné des pluies torrentielles de cheeseburgers et des tempêtes de spaghettis, menaçant toute la planète… Pourtant, la machine n’a pas disparu, et elle crée maintenant des croisements entre animaux et aliments, les « miam-nimaux » ! Flint et ses amis s’embarquent dans une périlleuse mission pour affronter des tacodiles affamés, des Cheddaraignées, des Serpent à galettes, des Hippopatates…

Comme toujours avec les suites de films ayant su marquer les esprits, c’est avec autant de hâte que d’appréhension que leur attente se crée. Une attente qu’il convenait nécessairement de relativiser dans le cas d’un Tempête de boulettes géantes 2 privé du génial duo de réalisateurs responsable du premier opus. Partis entre temps s’atteler à un autre film d’animation fatalement très attendu (La grande aventure Légo) et à la suite de l’excellent 21 jump street, Phil lord et Chris Miller avaient en effet créé la surprise en livrant un premier long-métrage surprenant, déjanté, presque fou, d’une énergie comique absolue et à la bonne humeur ultra communicative. Bref, quelque chose d’inattendu qui semblait sortir de nulle part et reposait autant sur une écriture solide (outre la jolie évolution d’un héros gentiment foldingue et immédiatement identifiable, le tout regorge de personnages loufoques aussi attachants les uns que les autres) que sur la démonstration de vraies capacités de mise en scène, accumulant les idées visuelles sur la base d’un rythme fou tenu du début à la fin sans jamais être pris à défaut. Autant dire qu’avec Cody Cameron et Kris Pearn aux manettes, néo-réalisateurs ou presque (seul le premier a déjà réalisé un long-métrage – Les rebelles de la forêt 3 en 2010), on pouvait légitimement se demander ce qu’il allait advenir de ce Tempête de boulettes géantes 2 dont on espérait au fond qu’une chose : qu’il ne singe pas bêtement son aîné.

C’est pourtant le moins que l’on puisse dire face à une œuvre bâclée à bien des niveaux mais suffisamment généreuse dans son délire pour s’en accommoder, voire en faire quelque chose de cohérent selon l’humeur dans laquelle elle est découverte. À l’image de la formation de la bande constituée des personnages-clés du précédent, exécutée en trente secondes chrono pour la seule raison qu’« on va avoir besoin d’aide », Tempête de boulettes géantes 2 joue ouvertement la carte du fan-service bête et méchant, mais par définition susceptible de ravir le plus grand nombre. Jusqu’à la caricature, incarnée par une confiance excessive envers des running-gags dont on pensait avoir suffisamment fait le tour il y a quatre ans. Autant dire que vous avez plutôt intérêt à adorer les « oh oh » de Baby Brent et les « fldsmdfr » (et ses dérivés) à tout va : vous allez en manger. En découlent des personnages vidés de leur substance en comparaison au premier opus, limités aux seuls motifs comiques qui ont contribué à leur popularité (le flic sautille dans tous les sens, le doc-caméraman parle à peine, le singe… fait le singe…) et qui n’évolueront pour ainsi dire jamais quand ils ne peinent tout simplement pas à exister, faute de conflits et d’enjeux les concernant. Il ne se passe par exemple pas plus de deux minutes entre le moment où le méchant du film fait naître dans l’esprit de Flint l’idée que Brent pourrait être un traître (chose déjà hautement improbable à la base) et celui où il finit par comprendre que franchement non, c’est impossible parce que bon, quand même oh. « Mieux vaut ne pas y penser », répondra Flint quand on lui demandera par quel miracle l’environnement dans lequel l’action prend place a pu être créé. Honnête note d’intention d’un film dont la démarche pourrait paraître cynique si celui-ci s’essayait à péter plus haut que son cul.

Heureusement il n’en est rien et il s’agirait même de l’inverse en réalité. Tempête de boulettes géantes 2 cultive ainsi l’art de faire passer ses défauts les plus évidents pour une démarche volontaire où plus aucun de ses composants n’aurait de sens au-delà du seul effet comique qu’il peut engendrer. Le caractère purement fonctionnel de l’île dans laquelle se déroule une large partie du film répond d’ailleurs totalement à cette orientation. Celle-ci n’offre ainsi guère de menaces ou d’enjeux permettant de varier le rythme de l’aventure. Le bestiaire qui la peuple ne semble là que dans le but d’aligner les vannes liées à leur seule nature de créature hybride (ou pas, « ce n’est qu’une tomate ») tenant autant de la nourriture que de l’animal, tantôt monstrueuses, tantôt kawaiiiiii. Au lieu d’inspirations visuelles pas vraiment digérées (la direction artistique évoque Avatar par instants, des plans ou idées sortent tout droit de Bob l’éponge – le film ou de Dragons…), on préférera même y trouver la gratuité d’une réappropriation littérale nourrissant un pastiche efficace ne méprisant jamais ses modèles et prêtant à sourire dans le meilleur des cas. En outre, le fait que les personnages ne soient que le reflet comique de ce qu’ils ont été par le passé n’est donc plus un problème en ce sens, puisqu’en totale cohésion avec l’univers dans lequel ils évoluent. Un univers notamment composé de croisements entre des tacos et des crocodiles (ou des cheeseburgers avec des araignées), faut-il le rappeler.

À la tête de tout ça, un duo de réalisateurs et une équipe d’animateurs qui prennent un plaisir communicatif à faire passer leur souci du détail au-dessus de toute considération thématique (en dehors d’un dernier tiers excessivement niais). Sans être hilarant, Tempête de boulettes géantes 2 marche sur les traces de son aîné dans sa capacité à déjouer les attentes (la complicité entre Flint et son modèle / maître à penser donne lieu à l’un des meilleurs gags du film) et à multiplier les trouvailles visuelles réellement drôles (le travail sur les mouvements de Chester V, les secousses visibles sur le ventre de Baby Brent, « he’s buffering »…). S’ajoute à cela un casting en pleine forme, le toujours impeccable Bill Hader en tête, sans doute le seul acteur capable de faire marrer votre serviteur en répétant trente-six fois « fldsmdfr » sur quatre-vingt dix minutes.
Vous l’aurez compris, Tempête de boulettes géantes 2 est une vaste blague. Et elle ne pouvait pas mieux faire que de s’assumer comme telle.

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