Rogue One : A Star Wars Story

REALISATION : Gareth Edwards
PRODUCTION : Lucasfilm, Walt Disney Studios Motion Pictures
AVEC : Felicity Jones, Diego Luna, Alan Tudyk, Donnie Yen, Ben Mendelsohn, Mads Mikkelsen, Forest Whitaker
SCENARIO : Chris Weitz, Tony Gilroy, John Knoll, Garry Whitta
PHOTOGRAPHIE : Greig Fraser
MONTAGE : John Gilroy, Colin Goudie, Jabez Olssen
BANDE ORIGINALE : Michael Giacchino
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Aventure, Science-fiction, Guerre
DATE DE SORTIE : 14 décembre 2016
DUREE : 2h13
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, Rogue One nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

Et si plus que Le Réveil De La Force, Rogue One nous disait tout ce qu’il faut désormais espérer de Star Wars ? Le film de J.J. Abrams était certes un premier pas fort significatif quant à l’orientation prise par la franchise sous l’égide de Disney. Cependant, avec une dose non négligeable de crédulité, on pouvait considérer que tout n’était pas perdu. Le Réveil De La Force fut un épisode n’apportant aucune nouveauté et exploitant de façon plate l’amour des fans pour cet univers. Mais ne pouvons-nous pas mettre cela sur le fait qu’il s’agit d’un opus canonique ? Que l’objectif du Réveil De La Force était effectivement de se conformer sans imagination à cette continuité pour le meilleur et surtout le pire ? En conséquence, les spin-off ne pourraient-ils pas combler la lacune auto-fixée sur la troisième trilogie ? Cela ne paraît pas totalement grotesque vis-à-vis de la manière dont aura été vendu le premier de ces spin-off. Du scepticisme au lancement du projet (le vol des plans de la Death Star n’est pas un événement particulièrement fantasmatique), Rogue One séduisit au travers de ses premiers extraits. Cela ressemblait à du Star Wars, sentait comme du Star Wars mais avait un goût différent d’un Star Wars. Rogue One s’affirmait comme un pur film de guerre. En exacerbant cette composante déjà présente dans les précédents épisodes, il semblait dégager une personnalité propre ou tout du moins un point de vue neuf sur le monde. C’était la promesse d’un renouvellement de la franchise plutôt que d’une mise sous cloche. Au sortir du film, c’est pourtant cette seconde option que le studio a entériné.

Les échos sur la production avaient de quoi mettre la puce à l’oreille. Sur tout le long de l’année 2016, Rogue One a été réécrit, retourné et remonté. Pas franchement une bonne nouvelle et on admirera encore une fois les talents du service communication de Disney. Il a parfaitement su gérer une situation qui pouvait engendrer une mauvaise publicité. Diplomate, le réalisateur Gareth Edwards n’a laissé entendre à aucun moment qu’il y avait un quelconque clash artistique. Lorsque le studio lui impose la présence de Tony Gilroy pour retoucher son film, il évoqua le processus comme une véritable collaboration visant à obtenir le meilleur compromis. Même le départ du compositeur Alexandre Desplat ne sonne pas comme un drame quand son remplaçant se nomme Michael Giacchino. Rogue One se positionne en un idéal de film de studio où chacun travaille avec bon sens. La réalité du long-métrage s’imposant à nous s’avère toute autre.

Il n’y a qu’un pas à franchir pour rapprocher Rogue One de Suicide Squad, autre production de cette année bidouillée dans tous les sens et en portant les atroces cicatrices. Passée la séquence introductive, les cafouillages commencent. En une poignée de minutes, l’intrigue nous fait valdinguer entre ses personnages situés sur diverses planètes. Le rythme est d’emblée chaotique, dispersant son attention sans susciter celle du spectateur. Le montage ne permet la place d’aucune respiration. Pas la moindre latitude n’est laissée pour s’attacher un minimum au personnage. On est bien loin d’Un Nouvel Espoir à la narration dégraissée et resserrée. Rogue One se déroule sans direction fixe, ce qui se confirme d’autant plus dès que les enjeux s’esquissent. Ceux-ci n’ont jamais l’opportunité d’être clairement définis et rendent par là peu compréhensibles les choix des personnages. On pourrait voir ici une séquelle du remontage. Pour raccorder les wagons après plusieurs modifications, il faut trouver des raisons afin que les personnages s’orientent vers un chemin prédestiné. Et les dites raisons tiennent souvent plus du collage sauvage que de l’inquiétude dramaturgique. En atteste par exemple ce détour par le laboratoire dirigé par Galen Erso, passage supposément incontournable dans l’aventure de l’héroïne mais dont la justification est pour le moins légère.

Plus encore, cette problématique de montage paraît influer sur la nature même du spectacle. Il n’est ainsi pas superflu de comparer le style de Gareth Edwards sur ses précédents travaux avec celui de Rogue One. Au premier abord, sa réalisation semble très similaire. D’ailleurs, c’est bien ce qui a pu charmer dans les bandes-annonces. Edwards est un cinéaste qui a un sens de l’ampleur. Dopé par une production design dans la droite lignée de Ralph McQuarrie, il offre des images dantesques de cet univers si connu. Cette qualité passe par des moyens qu’il a déjà employés, soit une action filmée à hauteur d’homme doublée de spectaculaires jeux d’échelle. Sauf que la capacité d’immersion que généraient de nombreuses séquences de Monsters ou Godzilla ne se réitère pas sur Rogue One. L’explication se trouverait précisément dans une gestion du timing très différente. Sur ses deux précédents long-métrages, l’ambiance des scènes les plus impressionnantes reposait sur un rythme posé. Ce côté assez relâché permettait de s’imprégner de toute l’amplitude de ces visions. Or, Rogue One a tendance à saborder cette donnée. Le montage privilégie une dynamique plus soutenue et au bout du compte plus commune. Il est vrai que la comparaison pourrait s’effondrer à cause d’un argument de poids. Les personnages de Monsters et Godzilla étaient des protagonistes relativement passifs car dominés par des forces surpuissantes. Ceux de Rogue One sont des rebelles en lutte, des personnages plus actifs qui appellent logiquement une nouvelle énergie. Toutefois, en écartant ce jeu sur un rapport de force inégalitaire, le montage prive son spectacle d’une dimension intéressante. Celle-ci aurait pu même constituer un moteur émotionnel au regard du sort sous-entendu pour la plupart des personnages.

Tout ceci n’est finalement pas étonnant par rapport à un projet qui rentre ouvertement dans le rang au lieu de tenir ses promesses. Nous l’avons mentionné plus haut, Rogue One aura été annoncé comme un film de guerre. Cela induisait une manière inédite d’envisager un divertissement Star Wars. Comment conserver le même univers mais en le présentant différemment ? Or, tel l’indique la défiance de la mise en scène, Rogue One ne joue pas de sa potentielle spécificité. Au contraire, il va se formater aux idées préconçues sur Star Wars. De la même façon que Le Réveil De La Force, Rogue One ne fait que réutiliser des modèles éprouvés. L’introduction de Cassian Andor passe par un équivalent de « Han Shot First » sans que la dangerosité du personnage sur le moment ne nourrisse sa caractérisation. On refait une seconde fois le premier (?!!!?) test de la Death Star. La grande bataille finale décalque celle du Retour Du Jedi, alternant combat de X-Wings dans l’espace et infiltration de la base ennemie par les troupes au sol.

La gangrène prend plus lorsque le fan service se clame haut et fort. Du lait bleu au duo C3PO/R2D2 en passant par les deux racailles de la cantina, le film assène ses coups de coude qui n’ont de complice que le nom. Cette agencement d’ « idées » n’est jamais là pour nourrir émotionnellement son spectateur mais simplement pour l’acheter, pour lui faire comprendre que le film est absolument ce qu’il attendait consciemment. Un point emblématique de cela tient à l’objet au centre de l’histoire : les plans de la Death Star. Depuis des années et des années, tout le monde s’offusque du fait qu’une telle installation dispose d’une faille de sécurité aussi aberrante. Rogue One met un point d’honneur à faire savoir que comme nous il est au courant de ce problème et qu’il se doit de nous le justifier. Pas parce que cela améliorera l’histoire, pas parce que cela donnera du sens aux parcours des personnages mais parce que c’est un point qui nous préoccupe et qui donc le préoccupe, aussi anecdotique soit-il.

Face à ce premier spin-off, il se dégage cette volonté de plus en plus répandue de ne pas vouloir raconter une histoire pérenne. Seul importe de procurer l’amusement le plus éphémère possible. On peut apprécier les deux scènes d’une certaine classe avec Dark Vador mais leur inutilité à l’intrigue a toutes les chances de réduire à néant leurs saveurs dès la seconde vision. Si Rogue One n’est pas détestable à regarder, il assoit un constat des plus alarmants. Malgré le travail de passionnés sachant faire preuve d’abnégation (Giacchino signe un score tout à fait honorable en juste trois mois), le long-métrage ne peut définitivement pas échapper à un moule préétabli. Disney voulait appliquer la formule Marvel à Star Wars. Rogue One en est la plus parfaite concrétisation. L’univers jadis si riche et foisonnant de Star Wars se retrouve dans une totale impasse. Une impasse bien aménagée avec des canapés molletonnés et des domestiques attentionnés mais cela n’en reste pas moins une impasse.

1 Comment

  • Cath44 Says

    Je rejoins votre analyse (mis à part pour l’opus VII : le réveil de la force) Vis à vis de Rogue One,que je n’ai pas aimé, je partage votre constat. Malgré des séquences où la mise en scène est réussie ,avec des plans splendides, certaines scènes grandioses , cela ne reste qu’un film divertissement à défaut d’être passionnant; tant il n’innove pas vraiment de la trilogie précédente, j’en attendais autre chose. Surtout une nouvelle histoire qui se détache un peu de la saga tout en s’appuyant sur son âme et sa mythologie…. Là il n’en est qu’un ersatz et où j’espérais l’émotion je ne l’ai pas ressentie. Et ce qui fait partie de mes principales déceptions, concerne les personnages qui ne sont pas « incarnés » , vis à vis desquels je n’ai pas trouvé de charisme. Il manque une « vraie » héroïne que j’aurais adoré suivre avec passion comme ce fut le cas avec Rey de l’opus 7. Enfin, Dark vador sa noirceur je ne l’ai ni vue ni ressentie.

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