Monuments men

REALISATION : George Clooney
PRODUCTION : Columbia Pictures, Fox 2000 Pictures
AVEC : George Clooney, Matt Damon, Jean Dujardin, Cate Blanchett, John Goodman, Bill Murray
SCENARIO : George Clooney, Grant Heslov
PHOTOGRAPHIE : Phedon Papamichael
MONTAGE : Stephen Mirrione
BANDE ORIGINALE : Alexandre Desplat
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Guerre
DATE DE SORTIE : 12 mars 2014
DUREE : 1h58
BANDE-ANNONCE

Synopsis : En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…

Quelle place reste-t-il à l’art en temps de guerre ? Utilisation propagandiste ou distraction afin d’échapper un instant à l’horreur de la réalité, il ne s’inscrit que dans un champ limité. Durant une période de conflit, ne serait-il pas mal avisé d’y accorder une importance supérieure ? Lutter afin de préserver sa liberté ou même juste survivre en sauvegardant le nécessaire pratique, voilà de vraies préoccupations primordiales. Beauté, contemplation, transcendance… Ces considérations doivent devenir secondaires et, sans s’en rendre compte, on perd là quelque chose de précieux. Ce lien entre art et guerre, le cinéma n’a pas attendu George Clooney et ses Monuments Men pour se pencher dessus. On peut notamment citer Le Train de John Frankenheimer où Burt Lancaster doit empêcher un convoi d’art volé d’atteindre l’Allemagne. L’un des points intéressants du film aura été d’opposer un colonel nazi sensible à l’art avec des résistants aux motivations bien plus pragmatiques. Ce renversement de valeurs troublant trouve des échos dans certaines scènes de Monuments Men. Les rapprochements sont évidemment faciles puisque les films s’inscrivent dans la même période historique et partagent certains faits (Le Train se base sur le livre écrit par Rose Valland et celle-ci inspirera le personnage incarné par Cate Blanchett dans Monuments Men). Toutefois, si on s’imagine que le film prendra à bras-le-corps son sujet pour en livrer toute la portée, la déception sera de taille.

En effet, Clooney retombe dans les travers qui plombaient déjà ses deux dernières réalisations. Toujours attaché à une certaine notion d’exigence, l’acteur-réalisateur-scénariste-producteur-beau gosse met un point d’honneur à réactiver des codes de spectacles tombés en désuétude. La screwball comedy Jeux De Dupes et le thriller politique Les Marches Du Pouvoir affichaient ainsi leurs formules « à l’ancienne ». Les expériences s’avéraient plaisantes pour leur caractère inhabituel au sein de la production contemporaine. Mais ces mécaniques tournaient rapidement à vide par leur incapacité à offrir quoique ce soit au-delà de la promesse initiale. Contre toute attente, Monuments Men nous invite à un constat similaire. Clooney aborde ainsi le film de guerre avec cette optique old school. Ce travail provoque l’enthousiasme dans l’entame. La mise en scène tout en simplicité et pertinence, la musique pimpante d’Alexandre Desplat, le casting prestigieux… l’opération de séduction est une réussite. Au fur et à mesure que le film avance, une question se fait pressante néanmoins : quand le sujet sur l’art prendra-t-il son essor ? Et là, il faut se rendre compte que c’est à nouveau l’exercice de style qui prédomine sur tout le reste. Le charme de la fabrication et de ses personnages devient le cœur du film et les considérations supérieures sont balayées du revers de la main.

Comment alors ne pas être attristé de voir cette prédominance de la forme alors que le fond offrait tant de richesse ? Comme évoqué plus haut, il arrive que quelques scènes traitent véritablement le sujet. Ce sont même parfois des scènes très réussies. Ayant fait prisonnier un officier allemand, le personnage incarné par George Clooney l’interroge. Au lieu de le faire craquer en le menaçant de torture et d’une agonie douloureuse, il le met face à une autre sentence : l’oubli. Il lui promet qu’il ne se souviendra jamais de lui, comme s’il n’avait jamais existé. D’une certaine manière, il renverse l’arme du nazi contre lui-même. Celui-ci vole l’art, le trie et le détruit. Il y a une juxtaposition du principe de disparition d’une œuvre avec celle d’un individu, appuyant par là la notion tragique d’une telle perte. On peut évidemment remettre en cause cette pensée et le film a le mérite de ne pas omettre la carte du contre-exemple. Outre le fait de dépeindre les difficultés à préserver l’art tout autant des forces ennemies qu’alliées, le récit met régulièrement les personnages face au bien-fondé de leurs missions. Par exemple, Matt Damon va rapporter un tableau à son propriétaire. Il ne trouve qu’un appartement vide, les occupants ayant été déportés et probablement exécutés. Cela ne l’empêche pas de remettre le tableau à sa place, quand bien même ce geste est dénué de sens. Plus loin, Jean Dujardin se laisse aller à la contemplation d’une prairie où galope un cheval et ne se rend pas compte que les circonstances vont faire de ce lieu un champ de bataille en quelques instants.

Lors de ces moments, Clooney semble véritablement toucher son sujet. Mais ceux-ci se noient dans un emballage trop trivial. A la manière dont l’histoire fait défiler les mois à toute vitesse, Monuments Men déroule ses saynètes sans accroc avec l’assurance que son groupe de personnage est attachant. Un attachement pourtant fort fragile puisque tenant uniquement au choix de comédiens talentueux. Sans eux, les protagonistes n’auraient pas la moindre envergure. Quant à leurs interactions et leurs saillies humoristiques, elles renvoient régulièrement aux heures les plus sombres de la franchise Ocean’s. Bref, Clooney offre là un spectacle pas déplaisant mais pour le moins anodin comme pouvait donc l’être Jeux De Dupes ou Les Marches Du Pouvoir. Mais à l’inverse de ces autres deux longs-métrages, la présence d’un sujet fort donne un tour nettement plus condamnable au résultat final.

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