Magic Mike

REALISATION : Steven Soderbergh
PRODUCTION : Nick Wechsler Productions, Extension 765, Iron horse
AVEC : Channing Tatum, Alex Pettyfer, Matthew McConaughey, Joe Manganiello
SCENARIO : Reid Carolin
PHOTOGRAPHIE : Steven Soderbergh
MONTAGE : Steven Soderbergh
BANDE ORIGINALE : Jack Rayner
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Comédie dramatique, Danse
DATE DE SORTIE : 15 août 2012
DUREE : 1h50
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Mike a trente ans et multiplie les petits boulots : maçon, fabricant de meubles, etc…
Il se rêve entrepreneur. Il est surtout strip-teaseur. Chaque soir, sur scène, dans un club de Floride, il devient Magic Mike. Lorsqu’il croise Adam, il se retrouve en lui, l’intègre au club et décide d’en faire le Kid.
Mais le Kid a une sœur, qui n’est pas prête à trouver Mike irrésistible…

Il a déclaré depuis déjà quelque temps vouloir mettre un point final à sa carrière de cinéaste avant qu’il n’atteigne la cinquantaine (en janvier prochain), mais pour l’instant, il est partout ! Les caprices de l’agenda des sorties françaises ne rendent que plus impressionnante la productivité de Steven Soderbergh : bien que distribué dans de nombreux pays et montré à la Berlinale en début d’année, Piegée n’est parvenu dans les salles françaises qu’un mois avant que n’y sorte à son tour Magic Mike. Si le premier n’était distribué par UGC et le second par ARP, on croirait à un jeu d’échos livré par un distributeur bienveillant, résolu à souligner les liens aussi amusants qu’intéressants qui unissent ces deux opus consécutifs. En effet, l’évolution frénétique et aux allures parfois franchement aléatoires de la carrière du cinéaste (avec le lot d’égarements que cela comporte) ont beau discréditer toute recherche de cohérence, toujours est-il que Piégée et Magic Mike sont les pendants l’un de l’autre sur au moins un plan. Tous deux sont des projets qui ont été initiés en partie en raison d’une aptitude physique de leur interprète principal respectif : Gina Carano est une championne d’arts martiaux mixtes, Channing Tatum a parlé au réalisateur de son expérience de strip-teaseur et ainsi inspiré un scénario finalement écrit par Reid Carolin. Dans les deux cas, le spectateur se retrouve face à une inversion renversante d’un ordonnancement des sexes dicté par des normes sociales vieilles comme le monde. Seins plaqués dans des brassières, ne cherchant pas à être sexy dès lors qu’il s’agissait de mener à bien les missions de son personnage d’espionne menacée, Carano matait un à un quelques-uns des plus célèbres représentants de la gente masculine hollywoodienne. C’est Tatum qui a tout intérêt à remuer ses pectoraux et son derrière chaque soir sur la scène de la boîte de strip-tease qui l’embauche en Floride s’il veut atteindre le but professionnel qui lui importe réellement : monter son magasin de meubles qu’il customise lui-même avec talent. Mieux : les deux opus révèlent chacun à leur manière la capacité qu’a le cinéaste quasi-quinqua à livrer quelque chose qui a rarement fait bon ménage avec un vrai bon cinéma et qui pourtant atteint chez eux un taux grisant : du détendu, du décontracté, du ‘cool’.

Les protagonistes hyper-entraînés des deux films semblent avoir atteint un stade de dextérité où l’exercice de leur métier peut s’opérer dans un climat de relative détente. Dans Piégée, les agents d’élite amenés à se retourner les uns contre les autres semblaient se connaître eux-mêmes et les uns les autres à un point où leurs affrontements, par ailleurs réalistes (en grande partie grâce à l’expérience de Carano), pouvaient être saupoudrés d’un humour mordant qui fait partie de canons hollywoodiens du genre et qui pourtant fonctionnait mieux que jamais dans cette configuration ainsi crédibilisée par son actrice. Le détachement, condition du ‘cool’, caractérisait aussi les choix de narration (raconter son histoire à partir d’un récit-cadre plutôt délirant) et, par moments, la mise en scène de Soderbergh, qui délaissait par exemple avec ironie un combat sur une plage entre Carano et McGregor pour filmer tranquillement le coucher de soleil qui l’accompagnait. Pour revenir – et cette fois-ci pour de bon – à Magic Mike, c’est le choix de ne pas chercher à tout prix la dramatisation qui permet à Soderbergh de séduire comme il le fait son public. Cette entreprise de séduction se voit dès lors, forcément, mise en abime, avec tout ce que cela peut comporter de jeux avec la limite du mauvais goût : tandis que Mike (Channing Tatum) fait acheter à sa nouvelle recrue, Kid (Alex Pettyfer), des strings aux couleurs criardes et autres déguisements à même d’être déscratchés d’un coup de main théâtral pour affoler les jeunes et les moins jeunes femmes, Soderbergh jaunit sans complexe son image et s’offre deux-trois travellings très ostentatoires dont la seule visée est de sublimer le cadre floridien comme terre promise de la débauche joyeuse et de la détente heureuse ainsi que l’insouciance de son groupe d’attachants strip-teaseurs, emmené par un Matthew McConaughey réjouissant en meneur de revue décalé.

Si cette cool-attitude ne sera malheureusement pas assumée jusqu’au bout par un réalisateur que l’on sent bien redouter les accusations d’inconsistance, elle constitue bel et bien le cœur du film. Non seulement parce qu’elle caractérise l’objet filmique global en terme de rythme, de mise en scène, de découpage ou encore d’utilisation de la musique, mais parce qu’elle en nourrit aussi le fond. Le ‘cool’, semble nous dire l’initiation du Kid aux joies du strip-tease masculin, est aussi une construction, l’apprentissage d’un rôle, la capacité à se fondre dans un moule coulé par les fantasmes des autres. Attention : surtout ne pas trop tenter d’en sortir ! Jamais trop surligné, ne cherchant pas le contrepoids parfait par rapport aux fantaisies des numéros nocturnes et la drôlerie des scènes d’entraînement (avec McConaughey en slip et débardeur jaune moulant, gourou décomplexé au maximum), le drame de Mike s’engouffre précisément dans cette limite du métier. La gageure du traitement que fait Soderbergh de ce microcosme professionnel peu évoqué au cinéma, c’est d’en montrer avec simplicité et sans lourdeur dramatisante les revers. Non seulement s’esquisse doucement pour le personnage titre une phase descendante de sa carrière (fatalement liée à l’âge, évoqué au détour d’un dialogue) mais également une forme d’emprisonnement : le marasme économique de nos sociétés occidentales n’est pas oublié comme élément de la toile de fond. En effet, comment obtenir les taux de prêt décents qui permettront une reconversion lorsque le métier que l’on exerce est fondamentalement basé sur un paiement « cash » (et en partie au noir). L’imposabilité est l’ennemi de l’entrepreneur qu’est Mike le jour, lorsqu’il n’est pas strip-teaseur la nuit.

Si sa forme de construction est donc prise en compte avec lucidité par le réalisateur, le ‘cool’ est avant tout présent dans Magic Mike par explosions ! Ce sont ces séquences qui saisissent comme elles peuvent la fureur des numéros scéniques de la troupe : Soderbergh capte pêle-mêle un regard complice des strip-teaseurs, la réaction particulièrement cocasse d’une spectatrice, les mouvements du public, la précision d’un pas de danse, etc. Jamais la possibilité d’échouer dans son show n’est évoquer, et l’apprentissage du Kid est relégué dans une ellipse improbable : ces passages ne sont que des manifestations d’une assurance totale qui permet précisément le détachement, l’humour, le jeu avec son public. La mise en scène ne révèle pas d’autre parti-pris que celui de la disponibilité et de la contagion la plus convaincante possible par le délire qui s’empare du club floridien chaque soir. Dans ces prestations se retrouve tout ce que le film a développé autour d’elles : enjeux des relations entre personnages, rapport au désir (très bonne scène de montage alternant la prestation de Mike en plan large et les réactions faciales de Brooke, refreinées tant bien que mal), élaboration et explosion du ‘cool’… Il est rare qu’à un mois d’intervalle, un même cinéaste livre deux des films les plus jubilatoires d’un cru annuel !

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