Hunger Games

A la lecture du pitch d’Hunger Games décrivant une société obligeant des adolescents à s’entretuer dans une joute barbare, il est difficile de ne pas immédiatement se dire : « Mais mais c’est un pompage de Battle Royale ce truc ! ». La controverse autour d’un potentiel plagiat n’aura pas manqué d’être relevé dans la presse. Bien sûr, l’auteur des romans Suzanne Collins s’en défend allègrement. Il en est moins sûr pour les producteurs de Lionsgate. C’est que les bons sujets trouvent toujours preneurs. Il faut rappeler que l’idée de refaire le film de Kinji Fukasaku traîne à Hollywood depuis 2006. Le producteur Roy Lee (spécialiste de l’exercice après les remakes de Ring et Ju-On) accompagné par l’inénarrable Neal H. Moritz tente depuis tout ce temps de monter ce projet. Exercice difficile naturellement en raison d’un propos on ne peut plus hargneux qui trouvait son sens dans un étalage de sauvagerie. Une problématique doublement insoluble au sein d’une culture qui serait prête à épingler la monstruosité de l’œuvre au moindre fait divers sanglant impliquant des étudiants. Le remake sera définitivement abrogé lorsque sera mis en chantier l’adaptation d’Hunger Games, la raison étant bien sûr liée à leurs similitudes. Accordons donc au film réalisé par Gary Ross de ne nous avoir épargné un affront officiel (non parce qu’avec Moritz en tête de proue…). Toutefois, Hunger Games n’en serait-il pas moins un affront ? Officieux certes mais un affront quand même. A ceux prêts à épingler le vil impérialisme yankee, il faut pourtant répondre par un non catégorique par rapport à un développement du concept bien différent. Et ça sera là une des rares qualités à attribuer à ce piètre ouvrage.

Battle Royale était tourné autour des notions d’éducation, de la lutte entre une société d’adultes incapables de transmettre le savoir et un monde d’adolescents tout aussi ineptes à le recevoir. En s’accordant aux préceptes de la société, le jeu devenait un exemple afin de forcer la jeunesse à devenir le meilleur dans une quête éperdue d’individualisme. Les romans de Suzanne Collins s’orientent plutôt sur la voie du pur récit d’anticipation façon 1984. Ainsi nous est introduit Panem, nouvelle version des Etats-Unis décomposée en districts représentant chacun une classe sociale affectée à une tache précise. Suite à une rébellion contre le puissant Capitole, les hunger games ont été instaurés. Au fil des décennies, ce qui était une punition s’est muté en un pompeux devoir de mémoire. Une célébration vidée de son sens originel et devenant une parade exhibitionniste pour des valeurs tombées en désuétude. Les thèmes sont bien raccords avec une époque où on brandit ad nauseam les pages les plus sombres de notre Histoire et promettaient une réflexion intéressante. Encore faut-il savoir développer ce contexte.

Disons que dès les premières scènes où Ross filme des enfants jouant dans la boue avec une petite caméra tremblotante pour nous faire croire qu’on est devant la vraie vie des gens vrais de la vraie réalité, ça part mal. Certes, qu’un long-métrage tiré d’un roman décrivant en longueur son univers s’attelle à ce genre de raccourci, c’est un choix et celui-ci est même louable puisqu’appelant à la portée visuelle du septième art. Il faut épurer pour obtenir un film allant à l’essentiel et les fans des livres ne manqueront pas de signaler que le boulot a été fait au vu de la quantité de détails omis. Néanmoins, il convient surtout de croire en ce que l’on fait et ce que l’on raconte. Or Hunger Games ressemble à un produit tellement orienté et calculé que cette croyance primordiale semble purement absente. La preuve en est les choix esthétiques du film allant du dépouillement le plus pauvre à des outrances bonnes à faire saigner les yeux. Sur le principe, c’est pourtant là encore une approche honnête. Le dépouillement de certains décors met l’accent sur la vacuité de ce monde entre le misérabilisme des classes sociales les moins aisés et l’artificialité d’une société méprisant l’individu. Les élites jouent quant à elles la carte du kitsch démontrant par là leur stupidité et leur ridicule. La multiplication des décors grandiloquents, des costumes risibles et des coiffures over-the-top avance des méthodes abjectes de séduction de la population. Mais le résultat est tellement forcené et donne tellement des coups de coudes au spectateur que celui-ci rejettera une démarche limite insultante à son intelligence. Ne reste plus alors que la laideur de la chose. En ce sens, Hunger Games échoue là où des prédécesseurs ont brillamment réussis. On pense moins à Battle Royale manipulant les codes vidéoludiques et télévisuels pour transcender un système de sous-intrigues sitcomesques qu’à John McTiernan et son Rollerball où les codes MTV-esque étaient judicieusement intégrés à l’histoire.

C’est d’ailleurs du côté du remake du film de Norman Jewison qu’il faut se tourner par rapport au développement des personnages au sein d’un univers de spectacle. Lorsque l’héroïne se retrouve obligée de participer à un talk show pour séduire le public, son jeu autour de l’apparence est à peine dissociable de sa personnalité hors de la scène. L’image superficielle qu’elle renvoie se superpose à une psychologie au rabais. Ça ne serait pas grave si à l’instar de McTiernan, les auteurs choisissaient de se centrer sur ce que représente l’individu et non ce qu’il est. Mais en bon produit des années 2000, Hunger Games ne veut pas que son personnage principal soit un symbole de rébellion et se revendique comme une œuvre humaniste. Ross affirme ainsi sa volonté de mettre au point une mise en scène traduisant le point de vue de son héroïne et notamment dans les scènes d’action. Le résultat atterrera dès la première scène du jeu qui, comme toutes celles qui suivront, sera intégralement tourné en gros plans à la shaky cam. L’astuce permettait de lier ce désir émotionnel au besoin d’évincer la violence de l’écran. Cela ne pouvait fonctionner que si Ross n’avait pas cru que sa mise en scène elliptique et hors-champ devait au passage devenir incompréhensible. Incapable de jouer sur l’ambiguïté du spectacle soumis (Ross avait montré ce qu’il pouvait faire avec Pleasantville mais il fallait quelque chose de bien plus viscéral ici) et de provoquer un attachement envers ses personnages (aucun second couteau n’arrive à exister), le film ne devient qu’un enchaînement d’artifices trop grossiers pour toucher le cœur ou flatter le cerveau.

Voilà ce qui est le plus ennuyeux avec Hunger Games, cette incapacité à porter avec conviction son sujet au profit d’une accumulation de facilités jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de la saveur d’origine. Avec ses rebondissements lâchés sans la moindre considération pour son spectateur (le triple changement de règles !), Hunger Games est un film bien sage et inoffensif par rapport à ses valeurs appelant à remettre en cause l’ordre établit. C’est ce qu’on appelle de l’ironie.

Réalisation : Gary Ross
Scénario : Suzanne Collins, Billy Ray et Gary Ross
Production : Lionsgate
Bande originale : James Newton Howard
Photographie : Tom Stern
Origine : USA
Titre original : The Hunger Games
Date de sortie : 21 mars 2012

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