Eyjafjallajökull

REALISATION : Alexandre Coffre
PRODUCTION : Quad Productions, Mars Films, TF1 Films Production, Scope Pictures
AVEC : Valérie Bonneton, Dany Boon, Denis Ménochet, Albert Delpy
SCENARIO : Laurent Zeitoun, Yoann Gromb, Alexandre Coffre
PHOTOGRAPHIE : Pierre Cottereau
MONTAGE : Sophie Fourdrinoy
BANDE ORIGINALE : Thomas Roussel
ORIGINE : France
GENRE : Comédie
DATE DE SORTIE : 02 octobre 2013
DUREE : 1h30
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Pour les voyageurs du monde entier, l’éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull est un coup dur. Pour Alain et Valérie, c’est une catastrophe. Car pour arriver à temps dans le petit village de Grèce où se marie leur fille, ce couple de divorcés, qui se voue l’un l’autre une détestation sans borne, va être amené par la force des choses à prendre la route ensemble…

Chaque année, c’est toujours pareil : dès que la rentrée de septembre pointe son pif au terme de vacances idylliques, le retour à la normale devient pour tout le monde synonyme de galère, de fatigue et de mélancolie. Même le critique de cinéma n’y échappe pas non plus. La preuve : au terme d’une longue période de break au soleil où il prenait plaisir à enfiler les mojitos et à se dorer la pilule en compagnie d’une actrice hollywoodienne (ben quoi, on peut rêver, non ?), il avait même réussi à oublier la joie des projections, des rencontres avec les cinéastes et des séances de drague avec Scarlett Johansson (mais quoi, laissez-moi rêver, merde !). Et là, patatras, bad news : il démarre la rentrée avec une comédie française. Vous savez, cette catégorie malheureuse qui donne régulièrement envie de s’arracher les trois poils qui restent sur le caillou, produite vite (et mal) par la télé sur le simple énoncé de deux ou trois acteurs bankable, écrite à plus de quatorze mains par des scénaristes qui n’y connaissent souvent rien, bâclée vite (et mal) pour satisfaire la ménagère qui investit les multiplexes au détriment de quelques œuvres fortes et audacieuses. Il y a deux ans, on déversait déjà notre haine de ce système à propos du minable RTT, et force est de constater que la situation n’a pas évolué pour une caouette. Reste l’argument principal de vente : le titre du film. Certes, on connaissait l’histoire de ce volcan islandais qui avait fichu un beau bordel dans le trafic aérien du continent européen en 2010 (l’intrigue du film part d’ailleurs de là). Certes, on peut se réjouir d’avoir trouvé une autre astuce pour gagner au Scrabble. Mais au vu des quelques micros-trottoirs utilisés pour les teasers du film, on s’interroge : aurait-on pêché la nouvelle astuce marketing, consistant à user de l’imprononçabilité d’un titre comme seul argument de vente pour attirer le public dans les salles ? Oui ou non, on s’en fiche très vite, à vrai dire.

Chaque année, en matière de comédie française, on peut se réjouir de tomber sur deux ou trois bonnes surprises au beau milieu d’un océan de purges télévisuelles et sans humour. Dire qu’Eyjafjallajökull en fait partie ne serait toutefois pas rendre justice à un film qui, à notre plus grande surprise, se sera entièrement basé sur une alchimie quasi parfaite entre trois partis pris, en général largement suffisants pour faire le sel d’une comédie réussie. Primo : choisir une situation de départ malheureuse (celle que l’on citait plus haut), prétexte à une juxtaposition de situations comiques qui s’enchaînent à la vitesse d’une Porsche. Secundo : opter pour des acteurs à la fois très drôles et enclins à jouer à fond le premier degré, dont l’abattage comique et l’intensité des rapports maintiennent l’intérêt et l’hilarité jusqu’au bout. Tertio : ne pas hésiter à abuser de l’humour grinçant et de la méchanceté la plus totale si l’heure est à la chamaillerie entre ces derniers (et dans le cas présent, c’est un euphémisme). Une triple règle dans laquelle nos amis d’outre-Atlantique sont passés champions planétaires, de Blake Edwards à Judd Apatow, et qui n’avait franchement pas trouvé charentaise à son pied sur notre sol hexagonal.

Déjà remarqué en 2010 avec Une pure affaire, Alexandre Coffre ne développe certes pas une virtuosité quasi identique (faut quand même pas pousser), mais sa capacité à pousser une situation au maximum de ses possibilités comiques sans jamais laisser son intrigue sur le bord de l’autoroute a largement de quoi pulser à plein régime cet hilarant road-movie jusqu’en Grèce, où le patron benêt d’une petite auto-école (Dany Boon) et une vétérinaire caractérielle (Valérie Bonneton), en proie à une haine réciproque depuis leur divorce il y a plusieurs années, doivent se rendre pour assister au mariage de leur fille. Et comme ils se détestent à un point inimaginable (et pour une raison dont on n’a strictement rien à faire), autant dire que ça ne va pas être de la tarte. Situation antiromantique qui évoluera donc en crescendo dans une enfilade permanente de vacheries et de mesquineries, tout au long d’une route où les galères démesurées s’ajoutent aux rencontres mémorables (dont une, d’ores et déjà culte, avec le génial Denis Ménochet). D’autant qu’en plus d’esquiver adroitement les clichés et les stéréotypes sur les multiples coins de l’Europe visités (ouf, pas de dérapage franchouillard ici), il se paie même le luxe de redoubler de méchanceté lorsque la situation tend à s’adoucir (en général, chez nous, c’est plutôt l’inverse) et de nous émouvoir sans crier gare lors d’un final réconciliateur (quoique…). La raison est simple : tout fonctionne parce que tout sonne juste, les actions comme les attitudes, avec une mise en scène fluide et précise. Et puis, franchement, pour réussir à rendre hilarante une simple partie de barbichette entre deux adultes, faut en avoir dans le citron.

Il serait inutile d’en dire plus ou d’en révéler plus sur le contenu comique du film (mieux vaut laisser la surprise au public). On se permettra toutefois de revenir un instant sur le choix judicieux des deux acteurs principaux. Injustement auréolé du statut malheureux de « tête de turc nationale » depuis que son film sur les Ch’tis a explosé les records de fréquentation en salles (sans parler de la polémique autour du salaire des acteurs français), ce cher Dany Boon aura visiblement pris son temps pour revenir aussi frontalement sur grand écran. Il n’empêche que son jeu benêt et lunatique à la Bourvil trouve ici un excellent terrain d’action, que l’on imagine propice à l’improvisation et le délire le plus total. Et c’est là que son tandem avec Valérie Bonneton se révèle être une idée de génie : en le confrontant à l’actrice comique française la plus dingue et la plus irrésistible du moment, laquelle tire énergiquement derrière elle une pleine valise de mimiques élastiques et de répliques grinçantes (déjà bien exploitées dans l’excellente série Fais pas ci, fais pas ça), la méchanceté de leurs échanges frise à plus d’un titre la cruauté d’un cartoon de Tex Avery, allant même jusqu’à déborder vers l’affrontement physique, et tant mieux si ça fait très mal. Ce que l’on retiendra réellement de cette chouette comédie, ce ne sera que ça : le plaisir de voir deux cinglés se foutre sur la gueule, même lorsque l’on sent un rapprochement possible entre eux. Le calme avant de nouvelles éruptions, en somme, pour ces deux cratères d’un même volcan.

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