Dreamscape

REALISATION : Joseph Ruben
PRODUCTION : Bella Productions
AVEC : Dennis Quaid, Max von Sydow, Christopher Plummer, Kate Capshaw, Eddie Albert, David Patrick Kelly
SCENARIO : David Loughery, Chuck Russell, Joseph Ruben
PHOTOGRAPHIE : Brian Tufano
MONTAGE : Lorenzo DeStefano, Richard Halsey
BANDE ORIGINALE : Maurice Jarre
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Aventure, Science-fiction, Thriller
DATE DE SORTIE : 14 juin 1985
DUREE : 1h36
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Un projet scientifique top secret est mis en place par le gouvernement américain : des personnes douées de télépathie sont projetées dans les rêves d’individus victimes de violents cauchemars afin de les aider à combattre leurs angoisses. Le docteur Paul Novotny, responsable du programme, décide de faire appel à son ancien protégé, Alex Gardner, véritable génie de la télépathie ayant brusquement disparu du circuit cinq ans auparavant. Le jeune homme accepte de participer au projet et découvre bientôt l’existence d’un complot visant le Président des États-Unis, lui aussi victime de terribles cauchemars…

Curieuse idée de la part de l’éditeur Carlotta d’exhumer des tiroirs poussiéreux de la série B le fameux Dreamscape, dont le parfum de culte ne touche désormais plus qu’une poignée de cinéphages encore coincés dans les années 80. Aujourd’hui, à l’heure où Christopher Nolan a changé la donne sur le thème de l’infiltration dans les rêves d’autrui avec Inception, le film de Joseph Ruben apparait des plus dépassés, le fond n’ayant pas mieux traversé la barrière du temps que la forme. Avec le recul, on peut même dire que le film ne présentait déjà pas de sérieux attributs à l’époque de sa sortie. En effet, nombreux étaient les films à avoir tenté d’explorer les recoins de l’esprit humain (Brainstorm de Douglas Trumbull ou Au-delà du réel de Ken Russell, pour citer deux prototypes corrects), et l’expérience proposée par Dreamscape, à savoir mixer un tel concept avec une intrigue mêlant espionnage et aventures, ne brassait alors que du prévisible en terme d’enjeux. Par ailleurs, le choix de Joseph Ruben à la réalisation n’avait rien de très judicieux, dans la mesure où son seul « titre de gloire » (l’inégal Coupable ressemblance avec James Woods) surnageait au beau milieu d’une poignée de thrilles poussifs (Le beau-père, Les nuits avec mon ennemi) ou de comédies adolescentes sans saveur (Lâche-moi les baskets), déployant à chaque fois des qualités de mise en scène très sommaires. Quant à l’affiche du film, reproduite pour le coup telle quelle sur la jaquette du Blu-Ray, elle est tout bonnement mensongère : ceux qui s’attendent à une sorte d’Indiana Jones onirique auront vite fait de déchanter, tant le film en est l’exact opposé.

L’intrigue s’oriente autour d’un petit génie de la télépathie (Dennis Quaid), sollicité par deux hommes désireux d’utiliser ses pouvoirs à des fins très opposées : d’un côté un scientifique bienveillant (Max von Sydow) qui souhaite aider des patients dérangés par des rêves menaçants, de l’autre un technocrate vicieux (Christopher Plummer) qui organise un complot visant un Président américain victime de terribles cauchemars. Si l’on ajoute à cela les prémices d’une love-story avec une jolie doctoresse (Kate Capshaw) et un parti pris de scénario qui lorgne ouvertement du côté des Griffes de la nuit (notons que l’un des scénaristes, Chuck Russell, sera le futur réalisateur du troisième film sur Freddy Krueger), on se rend vite compte que le film brasse trop d’éléments disparates pour privilégier l’approche onirique de son sujet. Pour le coup, s’immerger au cœur des rêves promis par le synopsis et l’affiche ne représentera ici qu’un petit quart d’heure sur tout le métrage, le tout débordant d’une audace graphique plus que limitée.

Par exemple, si l’on peut sauver un cauchemar enfantin qui évoque parfois un sous-Poltergeist et un rêve final qui multiplie à loisir les ambiances colorimétriques, le reste pue le standard vieillot du psychédélisme en terme de mise en scène, cette dernière se limitant à enchaîner les transparences hideuses, à donner au synthétiseur de Maurice Jarre le statut de terroriste de la bande-son et à abuser des courtes focales mal fichues (avec effet de floutage sur les bords de l’image, excusez du peu !). Le summum sera atteint avec la très célèbre scène de rêve érotique dans le compartiment d’un train, qui plus est shootée comme du David Hamilton avec un petit solo de saxophone pour faire joli. Face à un univers aussi kitsch qui a pris un vilain coup de vieux, même le simple fait d’entendre Dennis Quaid sortir d’un rêve en hurlant « C’était si réel ! » ne réussit désormais plus qu’à nous dérider les zygomatiques. Le reste du film, entre un Christopher Plummer qui surjoue le salaud de service (regard perçant, posture robotisée, voix menaçante et petit sourire narquois), une poursuite à moto complètement hors sujet et des références pompières pré-glasnost, se mange le mur à chaque nouvelle tentative barrée par manque de maîtrise et de cohérence.

Aussi improbable qu’inévitablement vieillot, Dreamscape se revisionne aujourd’hui comme un film pop-corn atrocement ban(c)al, surchargé d’acteurs cabotins et de promesses non tenues. Toutefois, on pourra lui reconnaître une aura de plaisir coupable chez les ados geeks de l’époque, ne serait-ce que pour voir un Dennis Quaid encore jeunot derrière son sourire Colgate (il venait tout juste de finir Les dents de la mer 3 !) et une sublime Kate Capshaw qui dévoilait ses charmes peu avant de dragouiller Indiana Jones et d’occuper le poste permanent d’épouse de Steven Spielberg. Sans parler d’une version française assez hilarante au regard d’un doublage VF d’époque complètement à la ramasse. Encore un effet de nostalgie qui peut suffire à déterminer l’utilité de redécouvrir un film pareil. Faites votre choix…

Test Blu-Ray

On ne peut pas dire que le film de Joseph Ruben avait été gâté jusqu’ici pour sa distribution en DVD Zone 2 : une édition techniquement très faible, sans aucun bonus et surtout sans sous-titres pour la version originale ! Carlotta répare un peu cet affront en offrant ici un très beau master numérique, très propre et à la compression très correcte, et deux versions audio en DTS-HD (le 5.1 est privilégié pour la VO). C’est sur le contenu éditorial que les choses se gâtent. A part l’inévitable bande-annonce d’époque, il n’y aura qu’un seul bonus au programme, et autant dire qu’il s’agit d’un énorme foutage de gueule : un entretien d’époque de quinze minutes avec Dennis Quaid qui débute par une maladresse certes assez amusante (un authentique « phénomène paranormal », selon l’intéressé !) et se poursuit sur des réponses mollassonnes, à peine dignes d’un vulgaire junket press. L’idéal avec un film comme Dreamscape aurait été de proposer un documentaire rétrospectif sur l’impact du film (si tant est que celui-ci existe vraiment), voire de conserver l’excellent commentaire audio présent sur le DVD Zone 1. Rien de tout cela ici, et c’est franchement dommage.

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