Cocoon

REALISATION : Ron Howard
PRODUCTION : Twentieth Century Fox, Zanuck/Brown Productions, Carlotta Films
AVEC : Don Ameche, Wilford Brimley, Hume Cronyn, Brian Dennehy, Jack Gilford, Steve Guttenberg, Maureen Stapleton, Jessica Tandy, Gwen Verdon, Herta Ware, Tahnee Welch, Barret Oliver, Linda Harrison, Clint Howard
SCENARIO : Tom Benedek
PHOTOGRAPHIE : Donald Peterman
MONTAGE : Daniel P. Hanley, Mike Hill
BANDE ORIGINALE : James Horner
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Comédie, Drame, Science-fiction
DATE DE SORTIE : 27 novembre 1985
DUREE : 1h57
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Un groupe d’aliens déguisés en humains reviennent sur Terre pour reprendre des cocons de leur espèce – issue de la planète Antarea – qu’ils avaient laissés lors d’un précédent voyage. Une fois qu’ils ont récupéré les cocons, ils les conservent dans la piscine d’une maison qu’ils ont louée dans une petite ville de Floride. Ils sont gênés dans leur entreprise par quelques personnes âgées, pensionnaires d’une maison de retraite située non loin de la maison. Ces dernières se sont secrètement baignées dans la piscine et ont découvert les pouvoirs extraordinaires des cocons…

Il y a une règle qui ne disparaîtra jamais de la tête des créatures trépanées qui tiennent fermement les rênes d’Hollywood : quand une vague surgit tout à coup et provoque un raz-de-marée, mieux vaut continuer à surfer sur elle que d’essayer d’en trouver une autre. Il est donc assez surprenant de constater que l’un des plus gros cartons des années 80, à savoir E.T. de Steven Spielberg (sorti en 1982), aura un peu fait figure d’exception : si l’on met de côté l’inégal Starman de John Carpenter (sorti deux ans plus tard), peu nombreux sont les films à avoir tenté d’inviter nos amis les extraterrestres dans un canevas de fable sentimentale. Il aura fallu qu’un film au succès estival totalement inattendu débarque en 1985 pour que ça s’agite à nouveau de ce côté-là. Et ce n’est pas à Spielberg que l’on devra ce regain d’intérêt, mais au débrouillard Ron Howard, passé depuis du statut d’ado naïf de la série Happy Days à celui de réalisateur chevronné, dont la capacité à œuvrer dignement dans tous les genres populaires n’est plus à démontrer. Mais jamais le réalisateur n’aura réussi à égaler la formule magique de Cocoon, tourné entre la sirène sexy de Splash et le singulier Gung Ho, et destiné au départ à Robert Zemeckis (on remercie Michael Douglas d’avoir invité ce dernier à privilégier le tournage d’A la poursuite du Diamant Vert). Le projet idéal, en définitive, et c’est dire si les arguments ne manquent pas.

Sorte de conte fantastique où le mythe revisité de la fontaine de jouvence s’entremêle à une émouvante réflexion sur la vieillesse et la mort, Cocoon semble de prime abord embrasser la pure comédie de mœurs en prenant racine au sein du décor le moins enchanteur du monde, à savoir une maison de retraite. Voici donc trois pensionnaires du lieu, Art (Don Ameche), Ben (Wilford Brimley) et Joe (Hume Cronyn), dont le hobbie consiste à entrer par effraction dans une maison voisine afin de profiter d’une grande piscine. Mais un jour, quelques minutes de baignade suffisent à leur offrir soudain une complète rémission, et la raison est très simple : le fond de la piscine était alors rempli d’imposants cocons extraterrestres, placés ici par leurs semblables (une poignée de « faux humains » menés par un leader joué par Brian Dennehy) dans l’attente de pouvoir les ramener sur leur planète. Studio hollywoodien oblige, on pourrait facilement prédire ce qui devrait nous attendre par la suite. Sauf que Ron Howard esquive à peu près tous les pièges que l’on pouvait craindre, à commencer par l’abus d’effets spéciaux – ici limités au strict nécessaire – et le sentimentalisme hollywoodien – en général bien plus collant qu’une guimauve. De même que dérouler une telle intrigue dans un hospice de personnes âgées n’implique pas forcément d’aboutir à un rythme et à un découpage dignes d’un épisode de La Clinique de la Forêt Noire. C’est même tout le contraire qui se produit.

Extrêmement subtil, le script de Cocoon se contente d’adopter une ligne claire : ne jamais marquer un point de bascule précis entre la comédie de mœurs et la fable fantastique, mais chercher au contraire à faire en sorte que les deux genres équilibrent leurs forces et dressent de subtiles passerelles entre leurs enjeux respectifs. Aborder le retour miraculeux d’une « nouvelle jeunesse » n’est pas ici un moyen d’abuser des gags décalés (même s’il y en a ici une dose assez conséquente !), mais une façon tout à fait adaptée de magnifier la lucidité et la légèreté qui arrivent à supplanter une sénilité soi-disant programmée. Montrer des extraterrestres sans intention nuisible qui incarnent à la fois l’espoir et le savoir ne se limite pas à exploiter cette obsession de l’Amérique reaganienne à courir après une éternelle jeunesse, mais participe au contraire à métaphoriser le « grand voyage » que ces retraités – par ailleurs marqués par une sévère divergence d’opinion sur la jeunesse à retrouver et la vieillesse à assumer – sont sur le point d’entamer. Au vu de ces quelques considérations, ce n’est pas tellement à la portée imaginaire d’un Spielberg que l’on aurait envie de songer, mais davantage à l’esprit humaniste des meilleurs films de Frank Capra, dont Cocoon contribue modestement à prolonger le glorieux tracé par le biais du fantastique. Le défi lancé à chacun des personnages du film est moins d’aboutir à une rencontre du troisième type que d’utiliser cette dernière pour défier la mort ou faire l’effort de l’accepter. On ne doute pas qu’avec un récit fermement arrimé au plancher des vaches et dépourvu de tout appel à l’imaginaire, la portée du propos n’aurait pas été aussi forte.

Il ne faut pas se mentir, une large partie du charme de Cocoon provient bien évidemment des gags naissant de la jeunesse soudain retrouvée chez ces vieux retraités, tous extrêmement attachants et incarnés par de vraies légendes hollywoodiennes – notons que Don Ameche n’a pas volé son Oscar. Certaines pointes d’humour tombent cependant un peu à plat pour cause d’excès de zèle, à l’image de cette tentative de break-dance dans une boîte de nuit, de ce montage musical sur les plongeons répétés dans la piscine, ou encore de l’inévitable running-gag sur la capacité de chaque vieillard à retrouver la trique ! Toutefois, afin de contrebalancer ces petites lourdeurs difficiles à contrer, Howard se permet de glisser d’autres enjeux par le biais de deux autres personnages. D’abord un jeune gar_on joué par Barret Oliver (héros de D.A.R.Y.L. et de L’Histoire sans fin) qui cherche la sagesse en côtoyant de vieilles personnes – ses discussions avec Wilford Brimley sont parmi les plus beaux moments du film. Ensuite un capitaine de bateau (Steve Greenberg, tout juste repêché du succès de Police Academy), aussi empoté que rouleur de mécaniques, qui se transcende au contact d’une sublime extraterrestre (Tahnee Welch, encore plus sexy que sa mère Raquel !). Dans les deux cas se dessine un même objectif : aider son prochain et sauver ses proches. L’humanisme du récit, ainsi dépourvu de toute forme de menace ou de manichéisme (quelle joie de voir un film sans méchant !), est ici bien réel par souci de savoir tutoyer la bienveillance sans dériver sur le sentimentalisme pompeux. Loin de chercher à délivrer un quelconque message, Ron Howard se contente d’explorer des thèmes, laissant son spectateur libre de raccorder les points selon son propre vécu.

Pour autant, l’appel à se laisser glisser sur les vagues du merveilleux, censé réveiller en chacun de nous ce besoin d’écarquiller les yeux comme un enfant qui redécouvre le monde qui l’entoure, est bel et bien au rendez-vous. De son amusante réappropriation du mythe de l’Atlantide jusqu’aux illuminations de cocons sous-marins en passant par une envolée finale marquée par l’inoubliable thème musical de James Horner, la magie de Cocoon transpire de chaque photogramme et suscite encore aujourd’hui une profonde émotion, surtout au regard de mauvaises pellicules sentimentalo-SF qui auront pullulé par la suite (Mac & Moi, pour ne citer que le pire exemple…). En plus de signer sans doute là son meilleur film, Ron Howard avait bel et bien trouvé une vraie formule magique où le « pas si grave » peut s’imposer avec brio pour traiter de thèmes sérieux et peu optimistes à la base. Et des fois, la magie nécessite moins d’être analysée que d’être vécue, surtout quand elle a su résister à ce point-là aux affres du temps. En somme, voici un grand et beau film qui a fini par rejoindre son propre sujet : il a conservé toute sa jeunesse. Profitez-en, sa suite – sortie trois ans plus tard et réalisée par Donald Petrie – ne vaut pas tripette.

Test Blu-Ray

On ne peut décidément pas dire que Cocoon ait été jusqu’ici gâté pour ses différentes éditions sur galettes numériques. Si l’on se réfère à la précédente édition DVD commise par Fox Pathé Europa, la déception était de rigueur : zéro bonus au programme, et un pressage tout juste correct dont le point noir concernait des séquences nocturnes à la lisière de l’illisible. Même en ayant cru qu’un miracle pouvait avoir lieu, force est de constater avec douleur que le Blu-Ray concocté par nos amis de chez Carlotta prolonge la déception. C’est même à croire que Cocoon serait destiné à demeurer au fond des abysses des curiosités 90’s plus ou moins oubliées, et ainsi, à ne jamais bénéficier d’un travail éditorial et commémoratif digne de ce nom. Ici, en effet, il n’y a rien de consistant à se mettre sous la dent : cinq petites featurettes d’époque aussi anodines que promotionnelles (dont la plus longue n’excède pas sept minutes !), les bandes-annonces de rigueur, et c’est tout. Le film méritait infiniment mieux que cela, c’est certain. Doit-on pour autant considérer que le plaisir de voir enfin ce film culte dans des conditions de visionnage idylliques serait un lot de consolation suffisant ? Eh bien… oui ! Nettoyé de fond en comble, parfaitement équilibré en matière de contrastes, dépourvu du moindre grain handicapant (y compris dans les scènes d’ouverture et de clôture du film) et soutenu par trois pistes sonores de très belle tenue (attention : seule la VO aura droit à du 5.1 !), le master HD de Cocoon est tout à fait resplendissant. Les fans du film n’hésiteront pas à se jeter dessus de toute façon, et rien que cette nouvelle jeunesse sur support HD, on aurait du mal à leur donner tort.

Photos : © Twentieth Century Fox Film Corporation. Tous droits réservés

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