Avengers

REALISATION : Joss Whedon
PRODUCTION : Marvel Films, Marvel studios
AVEC : Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Tom Hiddleston, Stellan Skarsgard, Samuel L. Jackson
SCENARIO : Joss Whedon, Zak Penn
PHOTOGRAPHIE : Seamus McGarvey
MONTAGE : Jeffrey Buckner Ford, Lisa Lassek
BANDE ORIGINALE : Alan Silvestri
TITRE ORIGINAL : The avengers
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Action, Adaptation, Super-héros
DATE DE SORTIE : 25 avril 2012
DUREE : 2h22
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l’organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents. Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d’autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité…

Cinq longs-métrages constituant une dizaine d’heures de pellicule, des millions de dollars déboursés, des milliards de dollars récoltés et le voici enfin : Avengers, le film collégial qui doit se poser comme le fleuron ultime du genre. Enfin, ça c’est la théorie que Marvel nous mijote depuis déjà quatre ans. Une longue préparation avec la mise en boite d’aventures individuelles marquant leur appartenance à un même univers et annonçant une inéluctable réunion dantesque. Sur le papier, c’est absolument excitant. A l’écran, c’est une autre paire de manches. Car l’uniformisation de l’univers Marvel est passée par sa banalisation et son absence de prise de risques. Elle est apparemment révolue l’époque où on embauchait des Bryan Singer, Sam Raimi ou Ang Lee pour leurs productions. D’une certaine manière, c’est la faute de ce dernier se permettant de remodeler la genèse archi-connue de Hulk pour en tirer sa propre tragédie et tentant une (trop) ambitieuse jonction entre les deux arts concernés. Trop de libertés et de réflexions inhérentes aux possibilités d’adaptation qui conduiront à une œuvre divisant allègrement encore aujourd’hui. Si le tableau n’est pas si noir comme l’atteste l’embauche de Shane Black pour Iron Man III, Edgar Wright pour Ant-Man ou le duo Guillermo Del Toro/David Eick pour la série télé Hulk, il est difficile de nier que Marvel cherche à se prémunir du risque de voir se reproduire une telle expérience. La cohérence de l’univers est devenue la garantie à ce qu’aucun film ne fasse trop de vagues par rapport à son voisin. Logique alors que s’installe l’impression de production à la chaîne supervisée par des réalisateurs de moins en moins aptes à investir de fond en comble la machinerie à disposition. Si certains comme Louis Leterrier acceptent les règles du jeu pour réussir à y insérer ce qu’ils veulent, c’est l’art de la copie carbone qui prédomine. Résultat de quatre ans d’une logique efficace dans ses prémisses et barbante sur la longueur, Avengers n’est pas l’apothéose du genre mais une apothéose de lieux communs.

Cet article partait-il avec des a priori fortement négatifs ? Probablement un peu mais rien n’empêche le film de prouver la monstrueuse méprise dans laquelle s’est fourvoyé son rédacteur. Le bénéfice du doute est toujours permis et on l’accorde volontiers à Joss Whedon. Sur le papier toujours, le créateur de Buffy Contre Les Vampires et Firefly semble avoir les capacités pour gérer le projet. Ses séries télés se sont construites sur la gestion de groupe de personnages et le monsieur a déjà touché du genre en scénarisant plusieurs comics. Seule ombre au tableau : des capacités de metteur en scène laissant dubitatif puisque son seul long-métrage Serinity présentait de graves carences en la matière avec notamment un découpage parfois digne d’un mauvais court-métrage amateur. Mais bon, bien entouré cela ne pouvait-il pas être résolu ? Ça aurait pu, ça aurait dû, mais non. En dépit de techniciens compétents assurant leur travail, Avengers jouit d’une mise en scène quasi-téléfilmesque. Voilà qui est des plus problématique. Malgré sa projection en 3D, tout apparaît désespérément plat. Le choix des focales ne préoccupe guère Whedon et les constructions de ses images sont plus basiques les unes que les autres. Ça n’est bien sûr pas un souci puisque comme chacun sait, l’icônisation et l’utilisation de perspectives forcenées n’est aucunement une composante émotionnelle des comic books. Le plus embarrassant étant que cet aspect n’est pas purement et simplement omis mais juste raté avec des tentatives se ramassant lamentablement. Citons un passage à la fin du climax. Le masque d’Iron Man est arraché et jeté au loin. Un plan montre le casque au premier plan avec les personnages dans le fond. On sent là une envie de jouer sur une composition de case de BD mais l’absence de jeu sur la profondeur n’en fait qu’un plan quelconque ne véhiculant aucunement la portée de ce que peut revêtir la situation par rapport au personnage.

Beaucoup l’ont rétorqué et le rétorqueront : Whedon n’est pas intéressé par ces subtilités de mise en scène et, en bon scénariste de formation, il est avant tout passionné par les personnages. Autant affirmer que cet amour rend inconcevable la moindre tentative d’utiliser un langage purement cinématographique pour traduire l’état d’âme d’un personnage. C’est là où on peut dire que Whedon n’était pas indiqué pour assurer la réalisation du « film de super-héros ultime sur le papier ». Que faut-il attendre d’Avengers au regard de son concept de rassemblement de personnages exceptionnels ? Naturellement, ça serait une collection de saveurs différentes et leurs combinaisons pour en créer de nouvelles. Chaque personnage doit avoir une portée différente et véhiculer différents thèmes donnant ainsi une richesse qui cumulerait lorsque que l’un s’assemblerait avec l’autre. Bref, il s’agirait juste d’exploiter le principe d’un film à personnalités multiples. C’est là où la logique d’uniformisation de l’univers aboutit au certain échec d’Avengers. Les films se ressemblent tellement dans leurs mécaniques que les spécificités se diluent.

Dans un débat radiophonique, Arnaud Bordas se plaint de l’absence d’exploitation du modus operandi des personnages comme les capacités d’espionnage et d’infiltration de la veuve noire. Cinématographiquement, Avengers aurait dû devenir une combinaison de genre ou tout du moins de séquences jouant sur différents registres. Par exemple, Hulk devrait présenter une part horrifique en raison de son caractère incontrôlable et particulièrement menaçant. A peine un léger frisson lors de sa première apparition et il se lance dans une simple série de destruction. Ici, tout semble tourner autour d’un cocktail de comédie d’action auquel se conformait déjà les précédentes productions. S’enchaînent ainsi les combats mano a mano et autres poursuites les plus convenues du cinéma d’action des vingt dernières années jusqu’à un final qui esquisse enfin des possibilités de spectaculaire. S’il y a une réelle générosité dans la quantité de scène d’action, leur absence complète d’originalité les rend assez déplorables. Les affrontements entre les différents super-héros reposent ainsi moins sur l’exploitation de leur capacités propres que sur la plus bête force physique. De véritables combats de cour de récré qui permettront sans nul doute d’alimenter les discussions de la dite cour de récré lorsque les gosses seront lassés de se demander qui est le plus fort entre l’éléphant et l’hippopotame.

Là encore, le pire est que chaque combat tente parfois d’insérer une connotation émotionnelle mais qui ne sera jamais exploitée. Captain America s’engueulant avec Iron Man, c’est les nobles valeurs d’une génération face aux désillusions de la suivante. Iron man contre Thor, c’est l’arsenal high tech de l’homme se rêvant dieu contre un dieu. Thor contre Hulk, c’est dieu contre l’homme se révélant dieu. Des préceptes ne transparaissant à aucun moment dans des scènes d’action trappées dans leur classicisme ronflant et saupoudré d’un humour discutable. Aspect faisant débat (le déjà polémique combat entre Loki et Hulk), le plus embarrassant apparaît moins sa présence que le fait qu’il tombe à plat à 90%. Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, il y a ce passage dans le combat entre Thor et Hulk. Comme il le fait régulièrement, Thor lève le bras afin que son marteau le retrouve. Acte généralement quasi-immédiat, le marteau semble avoir des problèmes à l’allumage et n’arrive pas. Thor apparaît alors juste comme un idiot avec le bras en l’air. Un moment qui pourrait être drôle si le timing avait été parfaitement dosé. Ça ne l’est pas et pire, on a tout le temps de considérer que plutôt que de donner lieu à un gag raté, cette idée pouvait servir les rapports de force entre un Thor dépourvu d’une partie de son pouvoir et un Hulk au sommet de sa forme. Mais non, ça sera juste un gag au milieu du plus traditionnel des combats.

Alors certes, malgré ce manque d’originalité plus qu’agaçant, le fait est là : Avengers est gavé d’action et d’effets spéciaux rutilants en faisant donc un objet loin d’être ennuyeux et même tout à fait regardable pour sa solidité technique. Un honnête divertissement du samedi soir en somme. Mais est-ce là ce qu’on était en droit d’attendre de la réunion de figures si emblématiques qu’elles ont imprégné les fibres de l’inconscient collectif ? On se passera d’enfiler sa panoplie de Captain Obvious pour répondre…

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