Avengers : L’ère d’Ultron

REALISATION : Joss Whedon
PRODUCTION : Marvel studios
AVEC : Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, James Spader, Aaron Taylor-Johnson , Elizabeth Olsen 
SCENARIO : Joss Whedon
PHOTOGRAPHIE : Ben Davis
MONTAGE : Jeffrey Buckner Ford, Lisa Lassek
BANDE ORIGINALE : Brian Tyler, Danny Elfman
ORIGINE : Etats-Unis
GENRE : Action, Adaptation, Super-héros
DATE DE SORTIE : 22 avril 2015
DUREE : 2h21
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine. Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps…

Que dire sur L’Ere D’Ultron qui n’aurait pas déjà été dit avec le premier Avengers ? Difficile en effet de ne pas se contenter de réitérer une nouvelle fois les (nombreux) défauts et les (maigres) qualités de la franchise. Après tout, ce constat est logique par la fabrication à la chaîne des produits Marvel. Enivré par son succès, le studio cache cela dit de moins en moins sa méthode extrême de formatage. Or, tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. À force d’accumuler des produits méprisant à ce niveau toutes les attentes du public, la machine risquerait bien d’exploser. La question revient souvent et surtout du côté de ses détracteurs : combien de temps encore la mode des super-héros règnera-t-elle sur le box-office ? L’opinion générale voudrait qu’on soit loin d’en être sorti. Mais est-ce si sûr ? Fer de lance de cette mode, le Marvel Cinematic Universe (ou MCU pour les intimes) va devoir pourtant faire à certaines interrogations dans les années à venir. On pourrait même ramener le délai à des mois. À la sortie des Gardiens De La Galaxie, nous avions déjà évoqué le cas de Ant-Man dont l’échec ou le succès risque de conditionner l’avenir du genre. Si le public se rue sur les aventures d’un héros aussi méconnu qu’improbable alors les super-héros auront effectivement de beaux jours devant eux. Dans le cas contraire, il sera nécessaire de penser à la nouvelle étape sous peine de voir le genre péricliter. Qu’elle soit radicale ou non, l’évolution est toutefois une obligation au regard de faits inévitables.

Lorsqu’il s’embarque dans Iron Man, Robert Downey Jr a conscience de son avenir dans le genre. Il a quarante-deux ans et estime pouvoir s’octroyer une dizaine d’années à jouer les super-héros avant de ne plus se juger apte physiquement pour de tels exercices. L’acteur tirera donc sa révérence dans quatre ans avec le diptyque Infinity War. Ce qui s’applique à Robert Downey Jr. est tout aussi valable pour le reste du casting qui ne rajeunit pas. Certes, la pratique du changement d’acteur a déjà été effectuée et acceptée par le public (pas grand monde ne s’est offusqué de voir Mark Ruffalo succéder à Edward Norton en Hulk). Avec Le Commencement et Days Of Future Past, la franchise X-men aura elle montré qu’il était possible de parfaitement négocier le renouvellement de son cheptel. La fin de L’Ere D’Ultron tendrait d’ailleurs vers cette solution en présentant une toute nouvelle composition du groupe. Reste à savoir si le spectateur sera prêt à dire au revoir aux personnages et leurs interprètes pour accepter les nouveaux. Car contrairement à une série comme Spiderman qui va atteindre son deuxième reboot en quinze ans, le MCU affirme sa cohérence et rend pratiquement impraticable le principe de remise à zéro. Au fil des ans, il aura allègrement exploité ce lien de familiarité entre le public et ces protagonistes qui vont et viennent d’un film à l’autre. Cette fidélisation poussée à l’extrême pourrait devenir problématique à l’heure de la transition et marquer le divorce entre le studio et son audience. Comme dans tout mariage, le piège de la lassitude n’est jamais très loin et la moindre excuse devient bonne pour tout faire voler en éclat.

D’ailleurs si le public est en droit de se lasser d’intrigues et d’enjeux répétés à l’excès, les acteurs eux ne masquent plus leur ennui. C’est probablement ce qui stupéfait le plus devant L’Ere D’Ultron. Les comédiens vétérans semblent livrer leur prestation sans la moindre motivation. Ils se morfondent dans les mêmes personnages incarnés depuis plusieurs films auxquels on ne propose rien de neuf à faire. S’ils ont pu incarner avec enthousiasme leur personnage par le passé, ils apparaissent surtout ici prisonnier de leurs liens contractuels. Tenus de reprendre leur rôle, ils n’ont pas l’opportunité de jauger la qualité du script soumis avant de s’embarquer dans l’aventure. Au côté des nouveaux venus qui apportent une fraîcheur plaisante (James Spader se fait plaisir en robot psychopathe, Andy Serkis illumine le long-métrage pendant cinq minutes), ils semblent perdus et résignés. Chacun livre le minimum sans se fouler. Comment leur en vouloir par rapport à un scénario leur resservant des situations identiques ? En dépit d’un méchant tout neuf qui aurait pu justement questionner la nature du groupe, l’intrigue ressort le coup du groupe manipulé pour se détruire de l’intérieur. À croire que les Avengers ne peuvent faire face à aucune autre menace ! Rabâchant des mécanismes déjà si péniblement traités (c’était pas censé être bouclé cette histoire de sceptre ?), le script aggrave son cas par sa totale absence des priorités.

Le premier acte est édifiant en ce sens. Partant pour une petite fête célébrant le succès de leur dernière mission, Tony Stark laisse Jarvis procéder à des essais afin de créer une intelligence artificielle apte à remplacer les Avengers pour l’avenir. La procédure s’avère rapidement un succès et Ultron est né. Mais sa personnalité se développe trop vite. Il élabore une définition subjective de sa mission qui, selon lui, doit passer par l’extermination de la majorité de l’humanité. Et pour se faire, il commence par liquider Jarvis. En tout et pour tout, cette scène introduisant l’antagoniste durera approximativement trente secondes. Qu’on apprécie ou non son illustration, cette scène est pour le moins expéditive vis-à-vis de ce qu’elle est censée raconter. Cette approche synthétique serait pardonnable par rapport à une histoire qui a peu de temps pour dire beaucoup de choses. Or, sur quoi le film se concentre-t-il dans la séquence suivante ? Et bien sur la fameuse fête… et il le fera sur pratiquement dix minutes ! Dix minutes de pur sitcom où chacun balance sa petite anecdote du jour ou se lance dans un débat renversant pour savoir qui a la meilleure petite amie. Autant de temps consacré à des choses futiles et insignifiantes narrativement plutôt qu’à un des éléments centraux de l’intrigue. Aux défauts habituels du MCU (cette façon d’infliger à son méchant des réprimandes bouffonnes) se rajoute donc une fainéantise qui ne se cache plus. C’est peut-être ce que L’Ere D’Ultron a de plus affligeant.

Dès que l’entreprise laisse filtrer la possibilité d’une remise en question, celle-ci sera immédiatement mise à mort. Lorsqu’il se révèle au groupe, Ultron leur reproche d’être inefficace car leurs différences finissent par les affaiblir. Lui n’a pas ce problème. Son esprit est relié à des centaines de robots tous issus d’un moule unique. Et on se demande en quoi justement les personnages du MCU sont si différents de ces pantins superficiels et formatés ? Dans Avengers, les spécificités des personnages étaient chacunes sacrifiées pour les circonscrire à une fonction de gros bourrin qui tapent fort. Joss Whedon avouera d’ailleurs à demi-mot ce constat et c’est précisément dans un souci de diversité qu’il a voulu inclure Quicksilver et Scarlet Witch dans L’Ere D’Ultron. Comme le montrera l’utilisation de ces deux personnages, rien ne change cependant. Là où confronter chacun des personnages à des vagues d’ennemis génériques et répétitifs devait permettre de mettre l’accent sur leur technique de combat, c’est toujours l’étalage de la plus banale force brute qui dicte les scènes d’action. Dès l’ouverture, Whedon promettra pourtant du grandiose en refaisant le coup du plan-séquence avec une meilleure maîtrise du concept de synergie. Pour autant, il ne changera rien par la suite à sa mise en scène téléfilmesque.

Le film aura beau voyager à travers le monde et visiter des lieux surprenants comme un cimetière de paquebot, il tue leurs exotisme en les illustrant tous par d’identiques plans circulaires aériens. Il aura beau proposer par moments des idées visuelles (la naissance de Vision où celui-ci contemple tout à la fois le monde s’ouvrant à lui et sa propre image), la fadeur de l’exécution ruine l’émotion qui pouvait s’en dégager. La séquence où Scarlet Witch provoque des hallucinations chez les Avengers pour les confronter à leurs failles est emblématique sur ce point. Plongeant au sein de l’univers de chaque super-héros, la scène est censée en épouser les codes visuels et les pervertir. Que ce soit la photographie, la production design ou le découpage, tout est si uniformisé que le processus perd tout son intérêt. Seul le travail de l’équipe des effets spéciaux permet la conception de quelques images absolument dignes des comics books (le cauchemar de Tony Stark clôturant la scène d’ouverture, par exemple).

Ces quelques détails ajoutés à d’autres (un dialogue comparant les super-héros à des dieux, le générique de fin les figeant justement comme des statues de dieux grecs) apparaissent définitivement pour ce qu’ils sont : des miettes jetées dans un bouillon sans saveur et à peine consommable pour faire croire que nous sommes bien devant le grand film de super-héros promis. La suspension d’incrédulité est une force puissante mais il est du devoir de chacun à ne pas accepter à ce qu’un si précieux mécanisme soit pillé sans vergogne.

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