[Annecy 2019] White Snake & The Relative Worlds

White Snake : déséquilibre entre la direction artistique et le traitement scénaristique

Fondé en 2013, le studio chinois Light Chaser Animation est devenu tranquillement un habitué du festival d’Annecy. En effet, ses deux précédentes productions Tea Pets et Oscar et Le Monde des Chats avaient été projetées en sélection hors compétition lors des dernières éditions. Aujourd’hui, le studio accède à la compétition officielle avec White Snake. L’ascension n’a rien d’incohérent tant ce nouvel effort abandonne enfin de l’émulation paresseuse des recettes Pixar. Certes, le studio demeure ici motivé par l’envie de concevoir une œuvre commerciale qui puisse se vendre à l’international (Warner Bros a placé ses billes dans le projet). Mais White Snake est loin de l’indigence artistique de ses prédécesseurs. L’amélioration vient probablement du fait que le fondateur du studio Gary Wang cède pour la première fois la réalisation à ses collaborateurs et se contente d’un poste de producteur. Bien lui en a pris puisque les réalisateurs Amp Wong et Ji Zhao se montrent un peu plus attentifs à ce que doit être un divertissement grand public.

Du premier long-métrage d’animation japonais en couleurs au Green Snake de Tsui Hark, la légende du serpent blanc a déjà inspiré nombre de film. Se rapprochant de la mentalité de Disney qui n’hésite pas à prendre ses aises avec les matériaux d’origine, White Snake se réapproprie le conte avec l’ambition d’en faire un spectacle total. On s’éloigne donc des codes connus (le film se clôturant sur le début traditionnel du conte) pour inventer une aventure qui plaira à tout le monde. Pendant plus d’une heure et demie, le film se lâche avec un récit fait de romance, d’humour, de poésie et d’action. Une opulence qui a malheureusement son coût ; White Snake veut ouvertement rassembler tout le monde, or ce caractère consensuel ouvre habituellement la porte aux compromis et raccourcis malheureux. Si certains aspects peuvent s’intégrer correctement (l’introduction d’un animal parlant), ça ne peut pas être le cas de tous (la dramatique rupture entre deux personnages envoyée littéralement dix secondes après leur scène d’amour). La nature même de l’histoire fait les frais de cet emballement à créer une envergure épique. Le scénario se construit ainsi autour d’une guerre entre l’armée de l’empereur et les forces surnaturelles. Afin de dramatiser le tout, on a ajouté deux antagonistes excessivement vils en quête du pouvoir suprême. Cela permet effectivement au long-métrage de déployer des séquences d’une belle ampleur comme un climax aux rebondissements multiples. Mais finalement, il ne s’agit jamais que de gonfler artificiellement les enjeux de l’histoire. Car ses apports ne constituent jamais une véritable plus-value au cœur de l’histoire, à savoir un amour impossible entre un humain et une démone. Celle-ci finit par être noyée dans ce trop-plein d’éléments disparates.

Cependant, à défaut d’assurer son spectacle par sa richesse thématique, White Snake a au moins pour lui une richesse visuelle. Le film se repose sur une animation 3D aucunement innovante mais arrive à l’enjoliver avec habileté pour en mettre plein la vue. L’utilisation soigneuse de la lumière et l’harmonie des couleurs offrent un authentique enchantement. De quoi faire de White Snake une expérience plaisante.

The Relative Worlds : un pitch intéressant mais un traitement indigent

On aurait bien aimé connaître au moins cela sur The Relative Worlds qui se rapproche dangereusement des productions Polygon Pictures (dont le dernier méfait Human Lost nous a laissé en état de mort cérébral). Le film de Yuhei Sakuragi invoque lui cette plaie dominant une trop grande part de la production hollywoodienne. Pendant une quinzaine de minutes, le film introduit classiquement ses personnages. Il n’y a rien de bouleversant dans cette exposition mais rien de choquant non plus. C’est compréhensible, digeste et, sans être passionnant, on accepte volontiers de voir où ça veut nous emmener. C’est alors que le film s’interrompt brutalement pour carrément balancer un diaporama accompagné d’une voix-off dissertant sur les tenants et aboutissants de l’univers. Difficile de ne pas se sentir insulté, surtout que la pratique est reproduite encore quinze minutes plus tard (avec un schéma cette fois parce qu’on doit vraiment être trop idiot). L’essentiel du film ne sera plus que cela, d’infernales palabres où des gens enfermés dans des pièces vides expliquent le concept du film. Comme toujours, cela n’est jamais qu’un mince artifice pour faire croire que celui-ci est développé. En réalité, il ne reste qu’à l’état d’une vague proposition.

 

Sans être original, l’idée de deux mondes parallèles connectés offrait pourtant une bonne base pour convoquer un minimum de vertige existentiel. ça ne sera jamais le cas, le film désirant principalement imiter Terminator. Avec ses personnages voyageant à travers les dimensions pour altérer leur monde par un meurtre et ses robots protecteurs se découvrant des émotions, l’ombre de James Cameron plane sur The Relative Worlds. Sauf que la copie n’a rien de réussi et tient de la relecture pour adolescent décérébré. Terminator était une longue et éprouvante course poursuite où les personnages cherchaient à échapper à une implacable machine à tuer mais également à l’inéluctabilité de leur destin. Action et émotion se confondaient pour donner lieu à une œuvre intense et poignante. Rien de comparable en somme avec les tunnels de dialogues végétatifs dominant le long-métrage de Yuhei Sakuragi et sa dimension dramatique tenant avant tout de la bluette. Il n’y a qu’à relever en ce sens que la seule motivation du personnage féminin principal et qui dictera l’ensemble de ses actions est de se taper le héros.

Au milieu de tout cela, on trouvera à peine un léger amusement dans les scènes d’action. Si l’animation 3D souffre d’une certaine rigidité, il faut admettre les efforts de mise en scène pour susciter un sentiment d’immersion : jeu avec les arrière-plans par la mise au point, emploi de la vue subjective, travelling véloce… Autant de techniques réveillant ponctuellement devant ce spectacle sacrifiant toutes ambitions sur l’autel des conventions.

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