3615 Code Père Noël

REALISATION : René Manzor
PRODUCTION : L.M. Productions, Deal, Garance, Le Chat Qui Fume
AVEC : Alain Musy, Louis Ducreux, Patrick Floersheim, Brigitte Fossey, François-Eric Gendron, Stéphane Legros, Franck Capillery, René Manzor
SCENARIO : René Manzor
PHOTOGRAPHIE : Michel Gaffier, Pal Gyulay
MONTAGE : Christine Pansu
BANDE ORIGINALE : Jean-Félix Lalanne
ORIGINE : France
GENRE : Horreur, Thriller
DATE DE SORTIE : 17 janvier 1990
DUREE : 1h32
BANDE-ANNONCE

Synopsis : Il a 9 ans. Il s’appelle Thomas. Il croit au Père Noël. Il a 2 passions : l’informatique et les super-héros. Le 24 décembre, caché sous la table de la salle à manger, Thomas attend l’arrivée du Père Noël, bien décidé à le capturer. Mais, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est sur le point de vivre la nuit la plus terrifiante de toute sa vie. Un duel sans merci va l’opposer à un psychopathe…

Même encore aujourd’hui, on se souvient des problèmes rencontrés par Jean-Marie Poiré pour la promotion du Père Noël est une ordure en août 1982. Entre un titre qui aura fait polémique et un ton subversif prompt à envoyer un grand coup dans les valseuses de l’imagerie des fêtes populaires, oser saborder l’image du gros barbu couleur Coca-Cola (visiblement capable de rentrer dans une cheminée avec un tel embonpoint !) a très souvent été une mission à haut risque. On pourrait aussi citer la colère d’une flopée d’associations familiales américaines vis-à-vis du méconnu Douce nuit, Sanglante nuit sorti en 1984, dans lequel un dangereux aliéné se grimait en Père Noël pour commettre un massacre dans une petite ville. Trente ans après, les mœurs ont changé, et la ressortie assez inespérée du second long-métrage de René Manzor en plein milieu des fêtes de Noël n’aura fait de bruit que sur certains réseaux sociaux, soudain réchauffés à l’idée de voir un film-OVNI sortir de trois décennies d’invisibilité. Il n’en reste pas moins que redécouvrir aujourd’hui cette « pépite » risque d’être pour certains une expérience assez douloureuse, surtout si l’on en avait conservé le souvenir d’un petit objet culte, prompt à galvaniser un cercle de cinéphiles élevés à ce genre de curiosité.

La personnalité de son réalisateur a déjà un poids certain dans les quelques aprioris que l’on peut poser sur 3615 Code Père Noël. Encore aujourd’hui, la carrière française de René Manzor serait plutôt du genre à nous donner envie de faire la grimace : après un inénarrable nanar où Alain Delon mettait une raclée à la Grande Faucheuse (Le Passage) et un univers de poupée Barbie très mal déguisé en love-story onirico-fantastique (Un amour de sorcière), on avait cru à un vrai miracle en savourant l’excellent Dédales, petit bijou de manipulation narrative autour du thème de la personnalité multiple. Mais on doit également au bonhomme un passage très remarqué par la télévision (surtout aux Etats-Unis, où son travail impressionna Steven Spielberg et George Lucas), le tournage de clips (notamment ceux de son frère Francis Lalanne) ou l’écriture de romans (on lui doit à ce jour trois thrillers impeccablement structurés). 3615 Code Père Noël est à ce titre un film de transition, permettant à Manzor de quitter sa traversée du désert suite au succès commercial du Passage et de délaisser le montage de bandes-annonces pour ses confrères afin de revenir sur le devant de la scène. Et dans cette idée de concevoir un film ambitieux avec un budget relativement faible, il choisit pour le coup de s’intéresser à la psychanalyse de l’enfance (le film s’ouvre par une citation tirée de La Psychanalyse des Contes de fées de Bruno Bettelheim) en la traitant par un mélange hybride de conte et de terreur. D’où cette histoire d’un enfant surdoué de neuf ans, fan d’informatique et de culture geek, dont la croyance pourtant enracinée dans la magie et le merveilleux va être mise à très rude épreuve lorsqu’un psychopathe déguisé en Père Noël s’introduit chez lui le soir du réveillon.

On visualise déjà le trajet parfaitement limpide que va devoir emprunter l’enfant : entre l’instant où sa mère lui balance un avertissement (« Il ne faut pas chercher à voir le Père Noël, sinon il se met en colère et se transforme en ogre ») et un final où une ultime phrase boucle la boucle sur le plus cruel des échos, le jeune héros passe alors moins par un parcours du combattant que par une destruction ironique et impitoyable de ses croyances enfantines. Ce que Manzor avait déjà illustré de façon très claire dans un remarquable plan d’ouverture : le symbole d’une bulle idéalisée dans le monde réel (Paris dans une boule à neige), soudainement réduit en bouillie par la roue d’un camion-poubelle que la caméra cadre alors à gauche d’une affiche publicitaire pour le Minitel (déjà cette idée d’un imaginaire de Noël réduit à l’état de produit). De ce fait, toute la synergie du récit et de la mise en scène ne sera dès lors pensée qu’au travers d’un vaste système d’oppositions, à l’image d’un film qui tente le mélange kamikaze entre deux genres déjà abordés dans l’Hexagone : d’un côté le home invasion sadique façon Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni ; de l’autre le conte débordant d’une naïveté embarrassante que n’aurait pas renié l’Arnaud Sélignac de Nemo et de Gawin. Cette hybridité devrait élever l’impact du film, mais c’est hélas elle qui contribue au contraire à l’affaiblir. Il faut dire que, pour ce qui est de jouer sur le thème de l’enfance mise en danger, les spectres de Shining et de La Nuit du Chasseur ne sont ici clairement pas conviés à la soirée. Et dans l’idée d’infiltrer une bonne dose d’esprit punk dans une nuit de Noël où l’on bouffe de la bûche comme des dindes (ou l’inverse), René Manzor n’a pas le mojo de Joe Dante.

La faiblesse du film tient majoritairement sur une intrigue à la lisière de l’invraisemblable, que le mélange des genres et des tonalités contribue hélas à rendre sèche et peu stimulante, tant sur le rire que sur l’effroi. C’est là qu’il convient de retisser ce lien – désormais très célèbre – avec le célèbre Maman j’ai raté l’avion de Chris Columbus, que beaucoup de cinéphiles continuent de considérer – à tort ou à raison – comme un plagiat inavoué de 3615 Code Père Noël. Chacun jugera en fonction des dates de production (très espacées) et de sortie (quasi simultanées) des deux films, tout en repérant ici et là d’évidents points de divergence dans le concept et la mise en scène. Mais là où le comparatif vaut le détour (et clairement en faveur du film de Columbus), c’est sur l’élaboration d’une vraie dynamique de récit et d’une ligne émotionnelle qui sache contourner aussi bien l’incohérence que la baisse de régime. Concrètement, ce qui manque à 3615 Code Père Noël tient hélas dans ces deux points, en l’état des éléments implacables dont l’absence se révèle encore plus perceptible aujourd’hui qu’il y a une dizaine d’années.

Faisons un peu le tour. Déjà le jeune héros capable de recourir à sa ruse et à sa malice pour se défendre contre un intrus : sur ce point précis, Macaulay Culkin faisait des ravages là où Alain Musy peine à imposer un arc psychologique très clair (il faut le voir basculer brutalement du calme posé à la trouille chialeuse d’une scène à l’autre !). Ensuite ce concept d’un enfant qui utilise sa maison comme un terrain de jeu : on peine ici sérieusement à croire à une bâtisse pareille, remplie de caméras et de trappes en tous genres, shootée de l’extérieur par le biais d’une maquette pseudo-gothique à la lisière du hors-sujet, et blindée d’une topographie très borderline (où se situe réellement cette vaste pièce remplie de jouets ?). Enfin cette idée d’une menace charismatique qui saurait faire autant rire que frémir : tandis que Joe Pesci et Daniel Stern roulaient joyeusement des mécaniques pour mieux finir par se prendre les pieds dans la mécanique, le regretté Patrick Floersheim rame sérieusement à incarner une menace dans la mesure où Manzor a choisi de l’humaniser dès le départ. En effet, loin d’un proto-Michael Myers dont la simple posture suffirait à glacer le sang, ce boogeyman est visualisé dès la première scène du film comme un banal SDF à la lisière de l’autisme, sans doute triste de n’avoir jamais su quitter le monde de l’enfance, et dont la solitude devient signe d’empathie chez le spectateur jusqu’à la fin. Grave erreur que voilà : il est évident que la peur et la rigolade sont ici vouées à s’évaporer.

Plus généralement, on sent surtout que Manzor hésite à s’aventurer frontalement dans les codes des deux genres qu’il souhaite entremêler. A force de ne pas assumer son côté sadique (on aura juste un plan où l’enfant se fait très légèrement entailler la jambe !) et de viser une ambiance grand public qui s’accommode mal avec le ton sombre du film, le cinéaste en vient à saborder l’hybridité et l’homogénéité de son film. Il faut voir à quel point la plupart des péripéties ne créent aucun suspense quand elles ne sont pas carrément désamorcées par le récit lui-même : à ce titre, le coup de l’enfermement du Père Noël dans la chambre froide est une fausse promesse de premier choix. Même lorsque le gamin se rebelle soudain en mettant à contribution les pièges de sa maison, la dynamique est alors guidée par la musique (envahissante) et non par les actions (lesquelles ne font ni rire ni frémir). Tout devient alors d’une mollesse à peine croyable, presque à même de faire passer la dernière demi-heure de Maman j’ai raté l’avion pour du John McTiernan. Manzor tente bien quelques perspectives de décadrages obliques et d’éclairages bleutés outranciers, pour le coup assez inhabituelles à défaut d’être réellement novatrices (Dario Argento faisait la même chose dans son exploration du giallo), mais la sauce ne prend jamais, quitte à nous faire croire que la construction d’une vraie atmosphère sensitive n’était même pas l’objectif principal.

En guise de coup de grâce, il faudra même carrément se farcir une chanson rock de Bonnie Tyler (Merry Christmas) comme accompagnement de la scène où l’enfant enterre son chien massacré. Découpée et éclairée comme un clip à destination du Top 50, la scène flatte une émotion on ne peut plus grossière et calculée, appuyant son intention de façon lourde et pédante, au risque de laisser croire à un public rodé au cinéma de genre que le degré de suspense tant espéré devait aller de pair avec un ton plus proche d’un étalage de guimauve pour Disney Channel. A ce stade, comprendre pourquoi le film n’a pas trouvé de grâce vis-à-vis de la critique à sa sortie devient un jeu d’enfant. Sans que l’on sache réellement à quel public il était sensé s’adresser, 3615 Code Père Noël est une vraie bizarrerie que l’on ne peut regarder autrement qu’à distance, frustré face à d’excellentes idées mal concrétisées et des seconds couteaux qui se croient dans Joséphine Ange Gardien (Brigitte Fossey qui téléphone non-stop au volant en pleine nuit sur une route enneigée et qui se mange une barrière lors d’un accident : rien de mieux pour un bon fou rire !), le tout sans cette patte décalée et ludique qui faisait le sel et la richesse des productions Amblin.

Ce qui pousse malgré tout à l’indulgence vis-à-vis du film tient finalement sur les impressionnantes aptitudes techniques de René Manzor pour scénographier une action, tenter des perspectives qui flattent la rétine et élaborer sa mise en scène comme une sorte de puzzle sophistiqué où la valeur symbolique des plans trouve racine. On retiendra ce plan des boules de billard – cadrées en courte focale – que le psychopathe fait violemment s’entrechoquer, ce train miniature piégé à la grenade qui charpente en solo le seul vrai moment de tension du film, ou encore ce plan astral où l’enfant cherche à fuir son dangereux intrus dans un dédale labyrinthique où de gros yeux abstraits jonchent le lino (illustration optimale d’un état d’esprit où la peur se mêle au doute). Sans oublier cette autre idée – extrêmement payante – de placer systématiquement la caméra à hauteur d’enfant, ce qui permet ainsi de justifier les choix d’angle (le Père Noël est souvent cadré au niveau des pieds) et les quelques incongruités en matière d’échelle (dans un plan précis, l’enfant semble tout à coup à la même échelle que les figurines d’un jeu de rôle). Toujours cette idée d’une mise en scène qui fonctionne par choc des forces opposées, qui donne à une image positive son contrepoint maléfique, et qui sert in fine une douloureuse transition psychologique de l’enfance vers l’âge adulte. Il aurait juste fallu un ton réellement énervé et traumatique pour qu’une telle maîtrise théorique répercute ses effets secondaires de l’autre côté de l’écran. Faute de cela, 3615 Code Père Noël reste un curieux objet, inabouti et maladroit, mais tout de même méritant par sa façon d’explorer un thème sensible par sa seule mise en scène.

Test Blu-Ray

C’était indiscutablement l’un des événements DVD/Blu-Ray les plus attendus de cette fin d’année, tant et si bien que l’éditeur Le Chat Qui Fume avait pris soin de relayer l’événement très en amont, notamment au travers d’une petite présentation de René Manzor lui-même en mars 2017. Sans surprise, et quel que soit le ressenti que l’on puisse avoir sur le film en lui-même, le travail éditorial effectué par l’éditeur est pleinement à la hauteur de nos grandes espérances. Toujours acquis à une sortie flamboyante pour des films méconnus qui n’ont pas eu l’honneur d’une sortie en salles digne de ce nom (on en avait récemment enfoncé le clou là-dessus à propos de la très riche édition Blu-Ray d’Opéra de Dario Argento), Le Chat Qui Fume bichonne 3615 Code Père Noël sur tous les points. D’abord pour une flamboyante restauration 2K, effectuée à partir du négatif original, grâce à laquelle les trente ans d’âge du film semblent tout à coup difficiles à admettre. Master à la netteté absolue (y compris dans ses plans d’ouverture et de clôture), gestion fabuleuse des échelles de plans, respect pointilleux des multiples variations colorimétriques, contrastes maîtrisés sans excès : le sans-faute est encore au rendez-vous, y compris au niveau sonore (on vous recommandera surtout le mixage en DTS-HD 2.0, bien plus efficace pour les scènes de tension). Un verdict qui s’applique aussi bien au Blu-Ray qu’au DVD, les deux galettes étant là encore incluses dans le même packaging – particulièrement beau vu qu’il reproduit la superbe affiche du film.

Sur le terrain des bonus, en revanche, il convient d’abord de faire une petite précision : comme toujours chez l’éditeur, la quantité et la qualité sont toutes les deux très élevées et très équilibrées, même si la moitié du menu des suppléments tient de ce qui est généralement assimilé à du remplissage destiné aux fans hardcore du film. On pourra donc ranger dans cette catégorie deux réalisations de René Manzor (un court-métrage animé et un clip de la chanson de Bonnie Tyler), sans oublier une featurette d’époque et les bandes-annonces d’usage. Du très bon en tant que tel, mais qui ne vaut rien par rapport à ce qui nous attend à côté. La très belle initiative de l’éditeur et du réalisateur à vouloir enfin offrir au film la sortie qu’il n’a jamais eue s’étoffe ici de vrais et grands cadeaux en matière de bonus, permettant d’appréhender la fabrication du film dans sa globalité. D’abord grâce à un René Manzor loquace et intarissable, tant dans un long entretien (dont la durée égale celle du film !) que dans un commentaire audio riche en explications techniques qui raviront les apprentis cinéastes. A noter que Manzor fait d’emblée en sorte que son commentaire audio ne fasse pas doublon avec l’entretien, ce qui fait sacrément plaisir.

A côté de cela, un solide et récent entretien avec Alain Musy (interprète de l’enfant) permet d’appréhender ce que peut être une vie d’acteur à un âge encore précoce et d’utiliser ici cette expérience à la manière d’un coffre à souvenirs où l’on revient sur les moments les plus marquants d’un tournage et – surtout – de l’après-tournage. On vous conseille de suivre l’entretien jusqu’au bout, histoire de savourer in fine une très émouvante confession d’Alain Musy concernant sa rencontre avec l’immense acteur Christopher Lee. Enfin, un dernier bonus intitulé 3615 Code Manzor offre à deux journalistes (Alain Schlockoff de L’Ecran Fantastique et Jérôme Pham Van Bouvier de Podsac) l’occasion de réévaluer le travail de René Manzor sur ce film et la place qu’il occupe dans l’histoire du cinéma de genre hexagonal. Hélas, là, autant les informations délivrées par le premier sont très intéressantes (même si on a toujours un peu de mal avec le ton assez mollasson du bonhomme), autant celles délivrées par le deuxième sont franchement hilarantes. Les qualités du film existent, on peut en recenser pas mal, mais de là à vouloir le rattacher mordicus au gothisme de la Hammer (mouais…), à y voir une date dans l’Histoire du cinéma français parce qu’il s’agirait d’un film « à l’américaine » (ah bon ?), ou à prétendre que Manzor serait un pionnier qui aurait influencé toute la génération Starfix (Gans, Boukhrief, Headline) et la Nouvelle Vague du gore français (Aja, Gens, Valette), là, on ne frise pas l’hyperbole, on lui fait carrément l’amour !

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