[EN BREF] Stoker

Toujours se méfier des oncles étranges, surtout quand ils s’appellent Charlie. Ici, ce n’est toutefois pas Charlie Sheen que l’on récolte, mais Matthew Goode, un bellâtre vu chez Woody Allen (Match Point) et Zach Snyder (Watchmen), tellement beau, suave et machiavélique qu’il ferait presque passer le Terence Stamp de Théorème pour un clochard. C’est autour de lui que se concentre l’intrigue de Stoker, dont la mise en chantier provoquait déjà trois surprises avant même le visionnage : une première incursion outre-Atlantique pour le génie sud-coréen Park Chan-wook (donc, ça promet !), un premier scénario écrit par l’acteur Wentworth Miller (donc, ça surprend !) et les promesses d’un thriller hitchcockien dans la droite lignée de L’ombre d’un doute, mêlant terreur contenue, psychanalyse tordue et tension érotique (donc, ça allèche !). A l’arrivée, il serait pourtant bien difficile de qualifier clairement cette histoire d’une jeune fille intriguée par l’arrivée d’un oncle mystérieux dans sa famille suite au décès de son père. Durant les deux premiers tiers du film, à force de voir Park jouer à plein régime sur l’ambiguïté de son casting et susciter la perte de repères par un montage déstructuré dans tous les sens, on se laisse tout d’abord embarquer dans un grand-huit sensitif et mystérieux, au gré des hypothèses toutes plus perverses qui font toc-toc à notre cortex. Jusqu’à un dernier acte laborieux qui achève de tout détruire comme un vulgaire château de cartes. Et à ce moment-là, Stoker révèle clairement la limite de tout cinéaste ayant axé sa filmographie sur l’alliage minutieux entre le fond et la forme : parfois, il arrive que l’un soit littéralement noyé par l’autre. Du coup, être balancé d’un plan formaliste à un autre, d’un effet de style à un autre, pour que cette montagne de promesses accouche au final d’une petite souris est à deux doigts de ressembler à une arnaque, tenant le spectateur par une laisse méprisante jusqu’à lui donner un os avarié à ronger. Pas sûr non plus que le propos réel du film (un oncle aux intentions troubles qui sert de catalyseur pour réveiller la nature de prédatrice chez une jeune adolescente) soit assez fort et évocateur pour justifier les trous béants du scénario et les égarements stylistiques du métrage. Tout cela n’enlève certes rien au talent magistral de Park ainsi qu’à sa capacité d’utiliser l’image et le montage pour raconter une histoire, mais là, trop d’effets ont fini par tuer l’effet. C’est triste, mais il s’en remettra.

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