[EN BREF] Pas très normales activités

Il faut bien être honnête : dès l’annonce de la sortie d’un tel film, on avait déjà sorti le bazooka, prompt à user nos dernières cartouches devant ce qui s’apparentait à un énième tremplin marketing pour star branchouille. Car au même titre que les troupes de théâtre amateur et les miss Météo de Canal+, le cinéma français n’en finit plus d’ouvrir ses portes à n’importe qui du moment qu’un certain buzz s’installe sur la toile. Et c’est donc au tour de Norman Thavaud, idole comique des ados et jeune zinzin mal coiffé qui s’est retrouvé catapulté star après avoir diffusé ses sketchs sur YouTube, de faire l’expérience du grand écran sous la houlette d’un ex-Robin des Bois reconverti en réalisateur depuis quelques années. Le résultat en valait-il la chandelle ? Contre toute attente, c’est plus compliqué que prévu. Au bout de dix minutes de film, on sait déjà que l’intrigue est inexistante, que pas la moindre exigence de mise en scène ne sera révélée, que les acteurs vont tous rester mauvais jusqu’au bout à force d’être lâchés en roue libre, et que l’ennui intégral sera sans doute un euphémisme pour décrire la projection. Sauf que derrière un banal concept parodique de film d’horreur à la sauce found-footage (d’où le titre) se cache une proposition filmique qui laisse très perplexe, tant on reste persuadé de ne jamais y voir du cinéma tout en y trouvant malgré tout une certaine singularité. C’est qu’à force de jouer le jeu de l’improvisation non contrôlée jusqu’au point de non-retour, au risque de filmer du néant ou de ne jamais créer de tempo comique, Maurice Barthélémy finit par générer (volontairement ou pas, on n’en sait rien) un sacré délire collectif où tous les éléments les plus improbables se confrontent façon pêle-mêle. Du coup, que l’on trouve débile cette intrigue de cochons fantômes qui hantent une vieille bâtisse (ici paumée au fin fond de la Creuse et habitée par un jeune couple adepte de vidéos amateurs) finit par ne plus constituer un argument valable, l’absence d’humour réel se voit contrebalancée par le débit frénétique d’un Norman Thavaud visiblement impossible à canaliser, les expressions portnawak se mêlent à des situations nonsensiques inattendues, et même le concept de caméra amateur suscite de sérieux rires lorsque se pointe un vidéaste pervers (joué par Barthélémy lui-même) qui en fait une utilisation des plus stupides. On pourra y voir une sorte de mise en abyme du film lui-même (faut-il y voir le making-of d’un navet ?) ou alors quitter la salle au bout d’un quart d’heure sous peine de s’endormir, mais on admettra que réussir à meubler du néant avec une telle persistance finit par provoquer quelque chose de… pas très normal, en effet…

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