[EN BREF] G.I Joe : Conspiration / Jack le chasseur de géants

Avec sa sortie décalée de neuf mois, son retournage, son remontage et sa conversion 3D, G.I. Joe : Conspiration s’est fait attendre. A juste titre ? Pas forcément, au vu d’une « ambition » déjà clairement dépeinte dans le premier film signé par Stephen Sommers. Mais une bande-annonce excitante et la présence du monumental Dwayne Johnson en remplacement du fade Channing Tatum suffisait à attendre impatiemment le projet. Pourtant, à la sortie de la projection, on se demande sur quel aspect cette finition rallongée à pu jouer. Si le film est bel et bien gonflé à bloc niveau action, on a un peu du mal à croire qu’il s’agit d’un nouveau blockbuster à cent millions de dollars et non d’une production de luxe Millennium façon La Chute De La Maison Blanche. Vu la différence de budget sacrément significative, ça laisse songeur quant aux fuites impromptues de billets verts. Bien sûr à la base, il y a une raison : essayer de faire un film moins fantastique que l’opus initial, ne serait-ce que pour éviter de renouveler l’impression de voir un Team America au premier degré. Résultat, ce nouveau G.I. Joe affiche une formidable mine de DTV. La misère visuelle du film est assez affolante entre une production design à la limite de l’inexistant et des effets spéciaux souvent affreux. Pour autant, on tient là un sérieux candidat à de réjouissantes soirées bière-pizza-grattage de couilles.

C’est qu’en dépit de ses incommensurables défauts de fabrication, G.I. Joe : Conspiration offre sa bonne grosse dose de testostérone bas du front. Le seul lien avec l’opus initial tient à cette même volonté enfantine d’empiler les scènes d’action et de destruction sans se soucier d’une logique pragmatique. Mieux, on en revendique l’inexistence. Ainsi la mise en scène de Jon Chu peut se voir sans mal comme un gentil désastre, incapable d’assurer la lisibilité de l’action. Tel le Justin Lin des Fast And Furious, il préfère juste montrer des actions complètement invraisemblables sans se soucier de la pertinence de l’assemblage des plans. Insupportable pour l’œil cinéphilique (et pour l’esprit, vu la kyrielle de répliques débiles et d’invraisemblances éhontées) mais le caractère ahurissant des évènements montrés (mention au combat des ninjas à flanc de montagne) suffit à faire naître cet impérial plaisir primaire. Un sentiment certes puéril, éphémère mais inévitable.



Lorsqu’Edward Small produit en 1962 Jack Le Tueur De Géants, ça n’est pas vraiment la passion de l’art qui l’anime. Echaudé par le succès du Septième Voyage De Sinbad sur lequel il refusa de s’impliquer, Small commande une adaptation du célèbre conte anglais dans le seul but de ramasser les miettes. Mais en l’absence du grand Ray Harryhausen, les efforts se concentreront plus sur le service marketing (forçant une illusoire filiation avec les œuvres de Harryhausen) que sur la facture technique (l’armada d’animateurs embauchés ne disposait pas forcément des connaissances du maître). Bien sûr, ce ne sont pas les mêmes dictats qui motivent cette nouvelle version renommée Jack Le Chasseur De Géants dans nos contrées. Le nouveau film de Bryan Singer est une coûteuse production qui aura pris son temps pour voir le jour (la sortie initiale prévue en juin 2012 fut repoussée pour assurer la finition des effets spéciaux) et portée par l’investissement de son maître d’œuvre (Singer la privilégiera en se désistant de la réalisation de X-Men : Le Commencement). Soit, mais est-ce suffisant pour se détourner de l’impression d’un film de réaction plus que de création ?

En interview, tous les membres de l’équipe tentent de définir Jack Le Chasseur De Géants comme un grand spectacle bon enfant avec une grosse part d’humour mais avec suffisamment de respect de son matériau pour ne pas tomber dans la parodie. Cette ambition renvoie assez à celle de Stardust. Or, on est ici très loin du formidable film de Matthew Vaughn. Car sur ses penchants humoristiques, le long-métrage de Singer est un désastre complet où approximativement tous ses gags tombent à plat. Singer ne trouve jamais le tempo comique adéquat et déleste ainsi chaque gag de leur impact. Une inadaptation qui se retrouve d’autant plus lorsque Singer essaie de s’incruster sur le terrain de jeu de Guillermo Del Toro. En contant la légende des géants au travers d’un spectacle de marionnettes en CGI, la scène d’ouverture nous renvoie d’office à l’univers du créateur d’Hellboy II. On pourrait être sensible à l’utilisation d’un montage parallèle démontrant comment l’influence des légendes s’étend par delà les conditions sociales. La thématique principale de Jack Le Chasseur De Géants tourne alors autour d’une réflexion sur la place de la mythologie dans notre monde. Un propos que Singer n’arrive à tenir que de manière superficielle et en se ramassant au passage sur une fin fort discutable. Pour autant, le divertissement n’est pas non plus complètement désagréable à suivre. Assurant le cahier des charges en matière de décors et d’effets spéciaux classieux, le long-métrage rappelle par moments que Singer peut toujours se montrer un réalisateur brillant. Un talent s’exprimant au travers de l’exploitation du contraste entre humain et géants, notamment lors de l’arrivée dans Gantua. Singer pioche allègrement du côté de Steven Spielberg et de son Monde Perdu pour faire ressentir le caractère démuni d’humains perdus dans une contrée peuplée de créatures bien plus puissantes qu’eux. Une qualité de réalisation qui s’avère l’une des rares idées agréables d’un spectacle fort riquiqui.

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