[EN BREF] Evil Dead

On n’est jamais mieux servi que par soit même. Sam Raimi le sait. Quitte à ce que l’inéluctable marche des événements aille à l’encontre de ses intentions, autant qu’il accepte d’en suivre le cours pour sauver les meubles. Lorsque les responsables du studio réclament une nouvelle fin à son Armée Des Ténèbres, il accepte, ne serait-ce que pour concevoir une conclusion qui ne dénote pas avec la tonalité du long-métrage. Alors que la vague des remakes ne faiblit toujours pas (malheureusement), il préfère donc produire lui-même celui de son phénoménal Evil Dead. Pour un résultat respectueux et compréhensif ? On oublie toutefois que Raimi est loin d’être aussi génial au poste de producteur qu’il l’est à celui de réalisateur. Et cet Evil Dead revu et corrigé en est une énième preuve. Pourtant, on peut se montrer réceptif au film dans sa mise en place. Avec un budget minime (moins de vingt millions de dollars) mais nettement plus conséquent que l’original (trois crottes de nez et un bout de ficelle), ce remake s’octroie une production design travaillée et assez savoureuse. Les décors crados sont extrêmement soignés, la photographie est d’une très grande classe et le sens du cadrage offre une imagerie iconique du plus bel effet. La nouvelle excuse au déclenchement de l’horreur est même assez intelligente. Au lieu de refaire le coup du week-end peinard entre amis, le récit se structure autour d’un isolement forcé afin d’aider un personnage à décrocher de la drogue. Une séance de désintox brutal qui conduit l’infortunée à tenir des discours incohérents et à se comporter comme une hystérique foldingue. L’aspect est donc intéressant puisque permettant de créer des interactions inédites et percutantes entre les personnages lorsque les cas de possession se déclencheront. Oui, mais il y a un mais…

A la vue de la bande-annonce, on pouvait espérer un remake à la Massacre A La Tronçonneuse. Autrement dit, un film présentant un refus catégorique de s’aventurer dans le même registre que l’œuvre originale pour se concentrer sur la construction d’un spectacle simple mais solidement charpenté. Le film de Marcus Nispel n’avait ainsi aucune prétention à reproduire l’aspect malsain et dérangeant du film de Tobe Hooper. Le premier acte d’Evil Dead semble bien procéder à la même approche en s’éloignant de l’aspect train fantôme déchaîné initial. Pourtant, le cinéaste Fede Alvarez en reproduit bien malgré lui les effets. Le film aligne ainsi un festival d’effets gores (brillamment conçus) dans un même esprit de jubilation festif. Vomi de sang, plantes s’immisçant dans les parties intimes, automutilation, membres pourrissants à vue d’œil, long baiser nauséeux… Autant d’éléments tellement exagérés qu’ils semblent déplacés par rapport aux choix visuels et narratifs entrepris. Ces scènes d’horreur amenées comme de grands moments de réjouissance s’accordent en effet difficilement avec un esthétisme affichant un tel souci du détail et une histoire aux composantes d’un sérieux pontifiant. On pourrait dire que ce sont des aspects se retrouvant dans l’œuvre de Sam Raimi, sauf qu’ils agissent ici comme un révélateur d’un film au ton mal géré. Car si la bêtise et la lâcheté des personnages du film original fonctionnaient dans une intrigue à la simplicité béate, c’est moins le cas lorsqu’on tente de les plonger dans un récit proposant un semblant de travail dramaturgique (inexploité parce que sinon ça serait trop beau). Il est ainsi difficile de tenir face à la galerie de personnages les plus cons vus depuis Paranormal Activity. Leur stupidité tient toutefois surtout au caractère ultra-répétitif de l’intrigue, alignant ad nauseam les mêmes motifs jusqu’à atteindre les fatidiques quatre-vingts dix minutes. On saluera d’ailleurs ce concept formidable de glisser des références à son aîné… en les dupliquant par deux fois ! Une fainéantise qui arrivera bien à passer pour de la générosité chez les moins regardant…

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